Jeudi 15 décembre – Le verdict

L’arrêt de la Cour d’Assises sera mis en ligne dès réception

L’audience reprend à 23 h. Après quatre heures de délibéré, le Président égrène les 140 questions de l’arrêt de mise en accusation puis prononce le verdict.

Verdict

Illich RAMIREZ SANCHEZ dit Carlos est condamné pour les quatre attentats (11 morts, 155 blessés) à la réclusion criminelle perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 18 ans, en raison, selon le Ministère public, de son « extrême dangerosité actuelle, absolue et constante ». Par la voix de son avocate, SANCHEZ a immédiatement faitsavoir qu’il ferait appel de cette condamnation. Il est détenu en France depuis le 15 août 1994 suite à l’assassinat de trois personnes rue Toullier, à Paris en 1975.

Johannes WEINRICH, détenu en Allemagne pour d’autres faits est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour l’attentat du « Capitole » le 29 mars 1982.

 Ali AL ISSAWI, actuellement en fuite est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour les attentats de la rue Marbeuf le 22 avril 1982, de la gare Saint-Charles et de Tain l’Hermitage le 31 décembre 1982.

Christa FRÖHLICH, jugée par défaut pour l’attentat de la rue Marbeuf, est acquittée. 15 ans de réclusion avaient été requis contre elle.

 

Jeudi 15 décembre – 27ème journée

L’audience reprend à 9 h 55.

 Suite des plaidoiries de la défense, peu audibles.

Me COUTANT-PEYRE présente trois confrères du Barreau d’Istanbul. Le Président de la Cour a décidé que les plaidoiries se tiendraient en français, sans interprète. Me COUTANT-PEYRE lit leurs déclarations.

M. le Président, Mesdames et Messieurs de la Cour,

Tout d’abord, nous tenons à souligner que nous avons beaucoup de respect pour les victimes. Mais, ce procès est un procès politique avant tout. Les procès dont l’issue est décidée à l’avance sont des pièces de théâtre. Nous serions déçus si la France, pays de la Révolution et des droits de l’Homme procédait de la sorte. Nous pensons qu’il y a un « nouvel ordre mondial dans lequel CARLOS a une place prépondérante à jouer ».

Elle lit les déclarations de M. Helmut VOIGT, membre des services de renseignement de la RDA, lors d’une audition effectuée le 14 juillet 2003.

« Le MFS est un service de renseignement et notre responsabilité n’est pas de collecter des éléments de preuve, mais d’obéir aux ordres de notre hiérarchie. À cet égard, nous avons collecté des informations par le biais d’enregistrements téléphoniques ou de sonorisations. Le placement d’indics autour de ces personnes ainsi que toute rumeur et conversation concernant des services alliés sont erronées. Ces informations ont été mises ensemble sous forme de rapports retrouvés dans le dossier « Separat ». La difficulté est de faire la part des choses entre les éléments de synthèse et les faits. Il est impossible d’identifier la source dans la plupart des cas ou leur provenance. C’est pourquoi aujourd’hui, je ne peux pas vous en confier davantage ».

 

Me SLIMAN, Avocat au Barreau de Beyrouth

M. le Président, Mesdames et Messieurs de la Cour,

devant votre respectable tribune, quelques observations s’imposent. Le dossier contient des papiers des services jordaniens qui ne valent rien devant un juge d’instruction, un procureur de la République ou devant votre respectable audience. La recevabilité de ces documents ou même leur lecture constitue une erreur judiciaire. Nous demandons la nullité absolue de ces pièces. L’article 70 du Code de procédure pénale confère le droit de confronter les témoins, si l’instruction l’exige. Par conséquent, je pense que le témoignage d’Ali AL ISSAWI est entaché d’un vice de procédure.

La loi française est très claire : tout document et toute procédure qui contredit la loi doivent être annulés. Donc, ces papiers ne peuvent pas constituer un document officiel car il ne comporte ni date, ni signature. Il ne s’agit pas non plus d’une copie certifiée. Par ailleurs, dans ce procès, il n’y a ni témoin, ni crime flagrant, ni aveux de l’accusé. Où est Ali AL ISSAWI ?

Nous n’avons pas entendu une accusation logique et documentée qui incrimine, de manière intransigeante, mon client. Les plaidoiries ne nous ont menés nulle part.

Je parle au nom de toutes les victimes d’actions terroristes : le fait d’avoir enlevé CARLOS au Soudan constitue un acte de terrorisme d’Etat.

M. le Président, ARISTOTE et MACHIAVEL n’ont pas la même approche de la morale. Pour le premier, il y a une distance entre le but et les moyens pour y parvenir. Pour le second, tous les moyens sont acceptables pour atteindre le but.

CARLOS a été enlevé de manière illégale pour être jugé légalement devant les mêmes autorités. Comment coupler la légalité d’un procès avec l’illégalité de son arrestation ? C’est une des contradictions du dossier.

M. le Président, c’est à l’accusé de dire le dernier mot. J’ai l’espoir que cette audience se terminera par un verdict juste et judiciaire, par un verdict juste judiciaire.

 

Me COUTANT-PEYRE

Après ces mots très justes, je peux vous assurer que la vision de M. SANCHEZ n’est pas la même au Liban qu’en France. La population subit un blocus illégal décidé par les autorités israéliennes, Me SLIMAN a d’ailleurs été la cible des forces israéliennes.

Les débats durent depuis six semaines. Les questions tournent en rond jusqu’à l’indigestion. Ces États ne respectent pas leurs propres lois. Je ne serai pas longue. La capacité d’écoute est limitée, je le sais bien. Les États trichent par le biais des ragots des services de renseignement agissant sur ordre politique. Combien de fois s’est-on aperçu que les services de renseignement avaient commis des actes illégaux sur ordre politique ? Mes confrères ont fait globalement le tour de la question.

Ces 82 tomes ne sont qu’un artifice : tout a été photocopié quatre fois. Au début, il y a quatre procédures. M. Jean-Louis BRUGUIERE arrive en 1990 dans la procédure, un an après la chute du Mur de Berlin. Il va pouvoir inventer de toutes pièces un dossier contre CARLOS. Six semaines artificielles fixées par le Parquet.

J’ai soulevé des problèmes de droit depuis le début, je trouvais courtois que l’on justifiât à la défense la composition de la Cour. J’ai eu l’ordonnance de désignation du Président et des assesseurs. J’ai soulevé, par principe, l’illégalité d’une Cour d’assises spéciale, le nombre de voix étant inférieur à celui d’une Cour d’assises. En 1997, CARLOS été jugé par un jury populaire, c’était le premier scandale judiciaire. Dans cette affaire, il n’y avait pas de preuve, les scellés ayant été détruits. Elle repose uniquement sur la rumeur, la réputation, les médias et les préjugés. Le lendemain du 27 juin 1975, le journal « Libération » titrait : « CARLOS 3 buts, la DST 0 ». Je connais l’affaire depuis 1982 puisque j’étais l’avocate de Magdalena KOPP aux côtés de Jacques VERGES.

La « chasse à CARLOS » : d’une part, l’État français a procédé à un enlèvement, véritable crime d’État. J’ai fait toutes sortes de procédures pour le contester auprès de Philippe RONDOT et Charles PASQUA. M. MARSAUD, grand ami de BRUGUIERE a déclaré : « il a été arrêté au Soudan, nous avons été avisé par la CIA, il avait un palais à disposition, la CIA était désireuse de s’en débarrasser, nous étions désireux de le faire juger ». Nous pouvons dire qu’il a été enlevé, séquestré.

On ne m’a opposé que des refus. Le secret de la défense est un leurre. J’ai demandé la communication du dossier au Ministère de l’Intérieur afin de le faire déclasser, je ne l’ai jamais obtenu.

M. BRUGUIERE est un juge d’instruction un peu spécial, je crois qu’il a toujours privilégié des considérations politiques à son serment de magistrat. J’ai vu que vous étiez des magistrats qui écoutez, qui n’avez apparemment aucun préjugé et qui avez certainement à l’esprit le serment du magistrat : « Je jure de bien et fidèlement remplir mes fonctions, de garder religieusement le secret des délibérations et de me conduire en tout comme un digne et loyal magistrat ».

Je vous rappelle que l’accusé est présumé innocent. Vous devez juger selon votre intime conviction avec l’impartialité et la fermeté d’un homme probe et libre. Quant aux avocats, ils ont une obligation supplémentaire par rapport aux magistrats : « je jure, comme avocat, d’exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité ». (Elle insiste sur le terme indépendance).

Il y a 14 ans, CARLOS a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Je crois que dans ma vie professionnelle, c’est la première fois que j’ai constaté une telle violation des droits de la défense. Le rapport d’audition d’Ali AL ISSAWI constitue la dernière invention du juge BRUGUIERE.

CARLOS a été placé à l’isolement pendant 10 ans, il était réveillé toutes les deux heures. La réponse de l’État français a été de le placer dans une centrale à 350 km d’ici.

Concernant l’enlèvement du citoyen vénézuélien par la France, Carlos ESCARRA déclarait que toutes les décisions judiciaires le concernant étaient des décisions illégales.

En 2004, Johannes WEINRICH a été acquitté. Après 17 ans passés dans les geôles françaises, qu’attend la France pour acquitter CARLOS ? La France sera condamnée par la Cour européenne des Droits de l’Homme.

Le dossier se fonde uniquement sur les rapports des services secrets dont mes confrères ont beaucoup parlé hier. Je vais vous rappeler ce que M. VOIGT a déclaré oralement devant la Cour de Berlin : nous ne pouvons pas « identifier l’origine des informations émanent des rapports des services secrets ». La défense est bien plus libre que l’accusation.

Concernant la notion de « salle guerre », quand M. MEHLIS est venu, il a prêté serment, il mentionnait un rapport de l’époque sur une conversation entre lui et Johannes WEINRICH. Cela vient de ce corpus de documents invérifiables dont ne connaît pas l’origine de la compilation.

Il s’agit bien d’un procès politique puisque l’on est allé chercher des informations dans les poubelles des services de renseignement ou services de sécurité selon M. JOINET. Ces services de renseignements étaient proches du pouvoir et travaillaient à la demande des États.

Je vais lire une lettre du 23 avril 1998 échangée entre M. BRUGUIERE et M. MEHLIS, ce couple infernal : « quoi qu’il en soit, nous devons nous revoir prochainement pour boire une bouteille de champagne, la condamnation de CARLOS est une première victoire ».

L’accusation nous avance comme élément que tout a été analysé, y compris le message au peuple français. Cette arrivée à l’aéroport de Villacoublay est suivie de la réouverture des procédures afin qu’il soit jugé. À partir de ce moment, on va faire du blanchiment judiciaire.

C’est un dossier politique parce que, au-delà du contexte en 1990, le juge d’instruction se fonde uniquement sur des données politiques. Comment peut-on dire que l’on a à faire à une procédure judiciaire ?

Que Messieurs les Avocats généraux aient décidé de parler neuf heures d’affilée, c’est déjà un signe de faiblesse. Ils ont prêté serment, mais sont sous les ordres de la Chancellerie.

Qui nous dit que des faux ne se sont pas glissés dans cette procédure ? Et quid ducarnet de Bruno BREGUET ? Il a disparu, c’est incroyable. Pourtant, Jean-Louis BRUGUIERE l’a eu entre les mains et a demandé à ce qu’on lui remette ce scellé. Quand M. GUERIN résume que ce scellé avait été demandé par M. BRUGUIERE, nous nous retrouvons, au final, avec une photocopie qui ne porte aucun cachet. Donc soit Jean-Louis BRUGUIERE a reçu le document et l’a fait disparaître, soit il ne l’a pas eu. En tout état de cause, il n’y a aucun document des services judiciaires qui indique que nous ne pourrions pas le retrouver.

Beaucoup de choses sont reprochées au juge BRUGUIERE et ce n’est pas nouveau. Il lui est reproché dans l’affaire KARACHI de ne pas avoir versé aux débats un rapport d’autopsie défavorable, ou encore, cette phrase figurant dans une lettre du 7 avril 1997, « j’espère que Mme KOPP restera dans ces mêmes dispositions ce qui est dans son intérêt ».

J’ai dû déposer une nouvelle plainte pour faux et usage de faux à son encontre. Quand vous me dites que l’arrêt de renvoi purge les nullités de la procédure, les services de police verront que, dans certains cas, la Chambre de l’instruction n’est pas indépendante.

Me COUTANT-PEYRE pense qu’il est plus facile de copier une lettre quand on a un modèle. Mais cette lettre n’a jamais existé, nous ne l’avons pas. Je vous rappelle que la presse en 1982 avait vaguement parlé de l’arrestation du couple BREGUET/KOPP. Il me paraît inconcevable que l’accusation en fasse le seul mobile du groupe.

Ilich RAMIREZ SANCHEZ est un révolutionnaire, personne ne le conteste. Il est militant politique depuis ses 14 ans. D’ailleurs, la série télévisée sur CARLOS d’Olivier ASSAYAS n’est qu’un film de propagande.

L’État français tue tous les jours, en Afghanistan. On ne se préoccupe pas des victimes. Ce sont des affaires de représailles politiques, doit-on le juger ?

Vous êtes honnêtes, je pense que c’est véritablement votre devoir de montrer que l’autorité judiciaire est indépendante. L’Histoire dit que vous l’avez déjà condamné sans preuve. Cette responsabilité particulière vous la tenez, vous êtes obligés de l’acquitter. Je ne veux pas dire une fois de plus les magistrats se sont couchés devant le politique.

L’audience est suspendue à 11 h 40.

 

L’audience reprend à 13 h 30.

Le Président donne la parole en dernier à l’accusé Ilich RAMIREZ SANCHEZ.

Il s’adresse à M. RAMIREZ SANCHEZ : avez quelque chose à ajouter pour votre défense ?

Déclaration de SANCHEZ 

« Ce n’est pas pour ma défense, mais pour la vôtre ».

Je voudrais parler de plusieurs choses. Je suis plus que satisfait de ma défense.  Je vais parler pour l’après procès.

M. Pascal  VION sous-directeur de la maison d’arrêt de la Santé m’a contrôlé 16 fois. M. VION était chargé au sein de la prison de distribuer du haschich aux indicateurs de la Police. Il a essayé de m’en donner donc vous êtes responsable de ce qu’il fait. Les surveillants étaient mes potes.

M. VION a participé à une émission sur M6 présentée par M. DELAHOUSSE, dans laquelle il émet des propos mensongers.

Tous les portables dont on m’a fait cadeau je les ai refusés, car ce sont des mouchards.

CARLOS s’en prend au garde des Sceaux de l’époque, M. PERBEN, qui a des mœurs spéciales selon lui.

Puis, il parle de sa vie en prison. J’arrive à la Santé et on me frappe. J’aimerais savoir pourquoi on me frappe à mon âge ! Il dénonce les conditions auxquelles il est soumis : menottes dans le dos.

Je n’ai honte de rien ! Je n’ai jamais trahi, je n’ai jamais dénoncé les miens et je ne le ferai jamais. Je dénonce l’ignominie,  la trahison, la lâcheté et la cruauté.

Les gens qui donnent leurs ordres au juge BRUGUIERE et aux avocats généraux doivent répondre devant la justice, la vraie justice humaine.

Ce procès, c’est une propagande contre CARLOS et la cause palestinienne.

Il fait état d’un document écrit par BRUGUIERE où il est dit que CARLOS a refusé toutes expertises psychiatriques. J’ai vu un faux psychiatre à  la Santé, M. DUBEC. Je connais les gens et rarement je me trompe sur ce qu’ils sont. Là, j’ai vu un vrai taré. M. DUBEC a écrit un livre en disant des conneries sur mon compte et j’ai porté plainte contre ce dernier devant le Conseil de l’Ordre des médecins.

Puis il parle de son père qui a fait comme lui une grève de la faim et qui avait réussi à faire sortir plusieurs prisonniers. Il regrette de l’avoir arrêtée à cause de son diabète.

S’appuyant sur ces notes prises au cours du procès, il s’adresse à chaque intervenant.

Je vais commencer par reprendre les paroles, les propos tenus par les avocats des parties civiles lors de leurs plaidoiries. On y trouve de tout, le meilleur comme le pire.

Le premier avocat qui est venu à la barre, c’est mon cher ami SZPINER, je l’aime bien, il est courageux, un vrai militant sioniste.

Me SZPINER c’est l’avocat de la mosquée de Paris.

ME SPZINER parle de pacte entre mon organisation et les services de l’Est, c’est faux !

BADINTER, grand humaniste hypocrite et héritier par mariage des fondateurs du Drugstore, de la première agence d’information en France et des renseignements sionistes, a fait supprimer la peine de mort mais le système est devenu encore plus répressif. Il n’y a plus de quartier de haute sécurité mais les nouveaux quartiers d’isolement c’est encore pire.

L’amnistie de M. ROUILLAN, c’est une stratégie sioniste.

Me SZPINER est un type d’expérience, il n’est pas l’avocat de CHIRAC exclusivement, mais est l’avocat de l’Élysée.

M. CHIRAC est un bon français, qui aime bien son pays. Son gouvernement a connu plus de succès que d’échecs.

Puis il parle de l’association « SOS Attentats » créée par Mme RUDETZKI.

Il interpelle les parties civiles et précise que ces dernières veulent savoir la vérité. Pourquoi ces attentats ?

Me SZPINER n’a pas confiance dans les magistrats qui ont condamné BREGUET et KOPP à 4 ans et 5 ans de prison.

Il parle de  Jean – Louis DEBRE et reconnaît que ce dernier avait le sens de l’État. « Moi je respecte tous les gens qui sont prêts à tout pour leurs pays, mais au sens noble ».

Concernant l’attentat de la rue Marbeuf et la participation des Syriens, il dit que c’est eux mais ne balance pas. Pourquoi les Syriens ne sont pas poursuivis si je suis un pantin des Syriens. Les patrons syriens pourquoi ne sont-ils pas là ?

Puis il commente les propos tenus par  Me KERAMIDAS et revient sur le terme « assumer ». « Assumer, c’est très important ».

Il demande au Président la permission de commenter les plaidoiries des avocats des parties civiles.

Je regrette le fait de n’avoir pu questionner KLEIN et M. GOIBURU MENDIZABAL lors de leurs auditions, « témoins que j’étais le seul à connaître ».

Me ALESSI est sincère et ne me semble pas manipulée. Elle a dit : « le terrorisme,  c’est la guerre des lâches ». Or les inventeurs du terrorisme ce sont les révolutionnaires français.

J’assume la responsabilité politique et militaire de toutes les actions commises par l’Organisation des révolutionnaires internationalistes (ORI) et le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Il réaffirme, cependant n’avoir aucun lien avec les quatre attentats pour lesquels il est jugé. Il dénonce un procès bâclé.

La chronologie parle d’elle-même, on a lu la liste d’attentats perpétrés entre 1980 et 1984 presque un par jour à cette époque. Certains ont été payés par les États pour arrêter ces attentats.

Dans notre culture, on ne tue pas ses frères sauf pour laver l’honneur de la famille.

Au Venezuela, on a condamné à mort des traitres de la guérilla, des types qui étaient passés de l’autre côté.

Me TIXIER a dit que nous ne voulions pas que l’arrêt de la Cour d’assises soit motivé, mais c’est le contraire, on a demandé que tout soit motivé tant sur la forme que sur le fond.

C‘est les gens qui ont monté ce dossier qui doivent être poursuivis.

J’ai du respect pour les parties civiles car elles sont exploitées. Je reconnais que ce sont des victimes innocentes, officiellement ce sont des dégâts collatéraux pour reprendre les termes utilisés par les USA.

Vous les magistrats vous avez été nommés donc on ne peut rien vous reprocher mais ce procès est un complot de l’anti France.

Me TIXIER  a dit : « M. RAMIREZ vous parlez trop ».

Mais tout politique est bavard ! C’est caractéristique, il faut baratiner.

Je n’ai jamais contesté l’attentat de la rue Marbeuf. Je ne me déclare ni innocent ni coupable, je n’ai rien à dire. Il ne faut pas détourner ce que j’ai dit.

Me HAZAN n’a pas l’expérience de Me IWEINS et de Me SZPINER. Il a parlé de moi comme étant une starlette, ma vie mon combat il en parle comme une série B américaine. Il ajoute que je suis narcissique et paranoïaque.

J’ai été vendu par l’État soudanais pour des pétrodollars saoudiens comme WEINRICH par l’État yéménite, donc il faut un peu de paranoïa.

Je n’ai jamais dit que « l’ami de mon ennemi est mon ami » ; les gens qui ont tué le « Rabin » d’Israël sont les ennemis de rabbin et ce ne sont évidemment pas mes amis.

Quand vous avez été affamé et entouré de camarades qui buvaient de l’urine, vous êtes amenés à kidnapper des femmes pour boire de l’eau d’un puits. La plupart de mes camarades sont morts et moi je suis là ! ça me touche encore quand je pense à ça. Évidemment que je suis très humain mais je ne veux pas le montrer. J’ai vu des horreurs dans ma vie et personne dans cette salle n’en a vu autant.  J’ai le droit d’avoir des opinions et de les exprimer.

J’ai dit que j’étais toujours pour CHIRAC mais quand SADDAM est mort je savais que la politique de CHIRAC aurait moins de succès.

Les déclarations de KOPP, il ne faut pas les prendre au sérieux, car on ne peut pas témoigner de ce qu’on n’a pas vu. Ses déclarations sont du bidon. Pourquoi n’est-elle pas poursuivie ? Moi je suis poursuivi alors que j’étais à des milliers de kilomètres.

S’agissant du carnet de BREGUET, on n’en a vu que de mauvaises photocopies. J’ai demandé l’orignal à maintes reprises et je ne l’ai jamais obtenu. On aurait pu voir que graphologiquement les mentions rue Lubeck et  rue Marbeuf ne sont pas écrites par la même personne.

En France, on ne trouve rien, aucune preuve matérielle, on ne trouve rien de rien. Tout est bidonné.

On dit que je ne reconnais rien mais j’ai reconnu des choses sur Berlin, j’ai répondu bien des choses et en détail.

Me HAZAN n’était pas content que j’aie parlé de l’argent des victimes exploitées.

On dit que je nie les faits mais je ne les nie pas, je me réfère aux faits réels. Je m’en tiens aux faits !

Je n’ai pas fait un pas en avant depuis mon arrestation.

On en arrive à quelque chose de bien.

M. IWEINS a parlé pendant 12 min et m’a qualifié de guignol rocambolesque et de romantique gauchiste, son discours est ridicule aujourd’hui. C’est le procès des archives des pays de l’Est.

Vous avez dit que j’étais un lion vaniteux d’un côté et une autruche de l’autre. Une espèce de schizophrène en somme.

On n’arrêtait pas les mères des révolutionnaires mais Bruguière et précisément un de ses subordonnés de l’époque, M. RICARD, a signé un mandat contre ma mère.

On paye un prix dans sa vie personnelle, je porte la poisse aux gens que j’aime car j’ai à mes trousses tous les services de renseignements secrets de tous les pays. Mais si je devais le refaire, je le referais comme ça. Je n’ai honte de rien, je n’ai jamais trahi, je n’ai jamais dénoncé.

Oui je regrette pour ma famille, mes enfants, mes épouses. Si vous n’aimez pas la famille, vous n’aimez personne !

Après on arrive aux propos tenus par Me MIQUEL.

Il a dit que j’étais un tueur professionnel, un mercenaire.

Je suis un cadre militaire du FPLP. CARLOS tout le monde le connaît.

Quand je dis que je ne suis pas le chef, ce n’est pas pour diminuer ma responsabilité. Je le redis : « je ne suis pas le chef, je suis un des chefs ».

Les opposants libyens ce sont des Bédouins, ils rendent la justice par des tribunaux révolutionnaires.

Vous avez perdu le fil de votre pensée M. RAMIREZ SANCHEZ, ironise le Président.

Le bâtonnier IWEINS  a commis une faute grave, il a couvert une grave falsification alors qu’il avait l’obligation de contrôler l’audition d’ISSAWI avant le procès. J’attends des explications. Je suis très déçu, je ne m’attendais pas à cela de la part d’un bâtonnier de Paris de couvrir une telle énormité. C’est une affaire d’Etat mais ce n’est pas l’Etat français.

La plus méchante des avocats ici,  c’est Me DEBRE.

Les terroristes sont d’abord des criminels. Tuer n’importe qui, c’est plus que criminel c’est une maladie mentale :  la psychopathie.

Je pense que Me DEBRE ne peut comprendre ces affaires politiques internationales.

Sur le plan moral, j’ai des leçons à donner. Je pourrais avoir une maison à Washington. Mais voyez-vous, je n’ai pas accepté de recevoir de l’argent de l’Algérie ni d’autres pays.

Je suis trop tolérant. Mon père était séminariste donc on a le sens de la parole donnée, de l’engagement. J’ai des regrets permanents pour la souffrance de FROHLICH car c’est à cause de mon erreur qu’elle a fait 5 ans de prison. Elle n’était pas membre de l’organisation. On voulait absolument la libérer. On aurait pu l‘aider à s’évader. Mais elle n’a pas voulu.

Me COUTANT PEYRE est une femme exceptionnellement bien.

Me LENDRES dit que je ne suis pas capable d’accepter la réalité. Mais j’affronte la réalité tous les jours.

Je ne vais pas rentrer dans les explications,  c’est le travail de mes avocats mais je vais répondre aux interrogations des avocats des parties civiles.

Me BERTIN est déçu car il estime que je n’ai pas de considération pour les victimes.

CARLOS  compare MITTERRAND à MACHIAVEL et dit qu’il est prêt à tout pour garder le pouvoir.

L’argent c’est pour la lutte. On a des camarades en France et la police les connaît.

Le juge BRUGUIERE a officieusement fait garder des armes par la DST dans le Quartier Latin.

On est dans un procès historique et il n’y a pas de scellés, au moins dans le procès de la rue Toullier, il y avait un scellé ! Posez-vous des questions, il n’y a rien ici ! Je suis en prison depuis 17 ans et demi pour une affaire prescrite.

Je ne me sens pas comme une victime mais je suis un martyr vivant et j’ai survécu grâce à Dieu ; j’ai eu une révélation coranique. Dieu est avec nous ! Un communiste peut être chrétien ou même musulman.

Je n’ai pas besoin de me réinsérer socialement. On me dit parler avec la presse, ce n’est pas bon pour ta réinsertion. C’est honteux de ne pas me laisser parler avec les journalistes.

On dit qu’il y a des passeports mais où sont-ils ?

Il y a eu un sabotage grossier de la part des hauts fonctionnaires vénézuéliens car mon  avocat vénézuélien qui me suit depuis le début et qui était déjà venu en 1994 n’a pas pu venir à ce procès.

CARLOS s’en prend à l’Avocat général : « il n’y a rien, M. BRAY ! Rien ! » Vous n’arrivez pas aux chevilles de BREGUET c’est un  « bon homme » pas un terroriste ni un mercenaire.

Il regrette des amalgames de mauvais étages établis par les avocats généraux entre les courriers adressés aux Ministres Jungersen, Defferre et Zimmerman.

KOPP n’était pas intelligente, elle a juste déposé une lettre.

JOINET et KESSOUS étaient honnêtes, je suis convaincu qu’ils ont dit la vérité. Mais pourquoi le préfet GRIMAUD n’a-t-il pas été appelé à témoigner ? M. RICARD, cette lettre était un rappel. Bien sûr que c’est GOTTING qui a loué la voiture, ce n’est pas Christa FROHLICH la police française le sait.

Concernant la libération des policiers espagnols quinze jours avant les attentats du 31 décembre 1983, c’est intéressant. Ce sont des êtres humains, moi-même je suis basque. Mais le peuple basque persécuté, fragmenté, interdit même pendant des années de parler leur langue. Par contre, les Basques français, on les libère !

M. RICARD, si elle est responsable, c’est perpétuité pas quinze ans ! Mais il y a des circonstances aggravantes, Christa FROHLICH a quelque chose à voir avec l’attentat de la rue Marbeuf. Je serai complice comme étant le donneur d’ordre. « Dangerosité absolue », « CARLOS, leader absolu » selon l’Avocat général. Ce sont des exagérations pour donner de la consistance à l’accusation.

Sur le dossier lui-même, il faut que vous assumiez Me RIPERT. Me VUILLEMIN, vous avez défendu PAPON alors qu’il était contre tout le monde et, maintenant, vous défendez CARLOS.

Il a disséqué tout le dossier, c’était très bien, chacun a fait son travail. Et après, Me BOZONET, avec son accent impeccable, a parlé quinze minutes du volet suisse de l’affaire et de la manière dont Jean-Louis BRUGUIERE a essayé de manipuler Marina Berta KOHNER. Il a fait un bon travail. Je le connais depuis 1995. Et ce matin c’était une question politique avec les avocats turcs que je connais depuis 8 ans. Me SLIMAN c’est un proche je le connais depuis 1994.

J’ai essayé de traiter avec respect vos interventions mais c’était un peu dur avec les Avocats généraux.

Je vais maintenant parler des États socialistes. La guerre n’est pas finie, elle continue. C’est évident que les services de renseignements de ces pays avaient peur de nous. Ils donnaient des ordres aux ambassadeurs, ils n’aimaient pas les gens comme nous. Mais nous sommes des mercenaires, des tueurs à gages. Mais, on était leurs héros, leurs sous-fifres, c’était paradoxal. Ils voulaient se débarrasser de nous car ils ne pouvaient pas nous contrôler. Nous avions l’habitude d’avoir des informations de la part des indics. La plupart n’étaient pas des agents doubles.

Toutes les archives de la « Stasi » c’est du « bidon », c’est pour les Américains.

Concernant la Tchécoslovaquie, on ne se mélangeait pas beaucoup, les officiers nous « cassaient les pieds » mais on pouvait acheter du matériel.

Les Bulgares sont des gens sympas.

La Roumanie, Ceausescu m’avait donné un million de dollars. Nous avions de bons rapports avec les Roumains, nous avions préparé la guerre de 1973. La délégation roumaine venait nous voir quand nous étions sur leur sol. Nous gardions de bonnes relations avec eux. Ils ne nous ont jamais demandé des attentats contre des opposants. Ils nous ont proposé de l’argent mais nous avions refusé. Ils ont personnellement demandé la tête d’un Général, un traitre. Ceausescu voulait sa tête, c’est la seule chose qu’ils nous ont demandée. C’était un coup magnifique, nous avions été reçus au Kremlin.

CARLOS en Roumanie n’existe pas. Nous étions les invités du Président de la République. J’ai dit à BRUGUIERE qu’il n’y avait pas de dossier CARLOS à Bucarest mais, par contre, il y a un dossier RONDOT.

En tout cas, on veut nous considérer comme des « sous-merde » mais, au moins, accusez-nous avec de vraies preuves, du vrai matériel. Mais depuis que je suis à la « Santé », on s’est acharné sur moi, je suis arrivé ici comme une merde !

Nous avons passé six semaines un peu inutiles, pourquoi rien n’a été fait pour trouver un petit peu de la vérité. Dix-sept ans et demi que je suis là. Je crois que ni M. RICARD, ni M. BRAY n’ont fait leur travail, O. BRAY c’est une « petite opérette espagnole ». Personne n’a été poursuivi pour les attentats en France. Il faut les poursuivre « in abstensia ». (NDLR, par contumace).

Mon intervention était assez claire quand j’ai commencé. Vous avez parlé de responsabilité personnelle mais votre motivation est limitée. Ce qui vous reste c’est l’intime conviction, je sais ce que vous pensez. Il n’y a rien. L’affaire du « Capitole » n’est pas signée. Et vous pensez que j’en suis responsable.

L’honneur de la magistrature est de reconnaître qu’il n’y a pas de scellés, pas de documents français.

Je vais vous dire quelque chose et je pense que tous les combattants du monde pensent comme moi.

Il lit alors le testament de Kadhafi rédigé trois jours avant sa mort en étouffant un sanglot. Cet homme a fait plus que beaucoup de révolutionnaires pour son peuple. Il a donné tout au peuple. C’était un « homme bon ».

« Vive la révolution, Allah Akbar » clame CARLOS après cinq heures de discours.

Les soutiens de CARLOS, membres du groupe «  New black panther party » se manifestent dans la salle.

CARLOS finit de parler à 18h50. Le Président clôt les débats après avoir rappelé les obligations incombant à la Cour. La Cour composée de 7 magistrats professionnels se retire pour délibérer et rendre son verdict.

 


 


Mercredi 14 décembre – 26ème journée

Plaidoiries de la défense (1ère journée) 

L’audience commence à 10 h.

Plaidoirie de Me RIPERT, avocat de Christa FRÖHLICH poursuivie dans l’attentat de la rue Marbeuf.

Ai-je le droit de commencer ma plaidoirie par une boutade qui fera bondir les Avocats généraux ? Je me risque à cette boutade. Je m’adresse aux Avocats généraux pour leur dire qu’ils ont eu beaucoup de chance. Votre beau réquisitoire mériterait un zéro pointé tant il était loin du fait, de la vérité et du droit.

Pendant des heures et des heures, vous nous avez raconté de belles histoires, comme « celles du Père Noël ». Requérez dans le respect de la vérité, du dossier, du droit  et la Cour pourra vous écouter et vous entendre mais si vous ne faites que raconter des histoires, la Cour pourra vous écouter par politesse, mais elle ne pourra pas vous entendre.

Que recherche l’État français dans ce procès ? La vérité ?

Mais pourquoi ce dossier est saturé de mensonges présentés comme des vérités.

Pourquoi acceptez-vous, M. le Président, les rapports et les dépositions des agents des services secrets de l’Est à titre de preuve ?

Les Avocats généraux ont dit que ces rapports n’étaient pas la colonne vertébrale de leur accusation alors qu’ils constituent le corps entier de l’accusation.

On sait que ces rapports sont des tissus d’âneries de ces officines. Ce n’est pas « la Vérité ni la Justice » qu’on attend dans cette enceinte.

Cette affaire ne devrait pas être jugée car tous les faits de ce dossier sont prescrits, l’article 7 du CPP prévoit une prescription de 10 ans pour les affaires criminelles et nous sommes 28 et 29 ans après les faits.

Votre Cour a réfuté cet argument dès le mois de novembre car elle reconnaissait l’existence d’actes interruptifs de prescription mais  ces actes sont fictifs et inutiles à la manifestation de la vérité, ils  ne pouvaient légalement être recevables. Ils ne pouvaient interrompre la prescription. Notre Justice a ce pouvoir de contourner, de jouer, de tricher avec la loi. Mais elle ne devrait avoir que le devoir de la respecter et de l’appliquer.

Le procès ne devrait pas avoir lieu non plus, car  il y a violation de l’article 6 de la CEDH et précisément du respect du délai raisonnable exigé pour juger des faits criminels.

Si vous, juridiction, vous n’êtes pas là pour vérifier si les principes généraux du droit ont été respectés ou les délais sont respectés qui peut le faire ? Une Cour martiale que CARLOS a déclaré, avec fierté, avoir présidée ? Ironise-t-il

Le non-respect de ce délai raisonnable est une question importante.

Juger une affaire 29 ans après les faits ne respecte pas les  principes qui prédominent dans le domaine criminel : le principe de l’oralité des débats et le principe du contradictoire car la moitié des témoins et des victimes sont défaillants, âgés, malades ou décédés.

Si vous acceptez de condamner dans ce dossier, ce sera aussi la France que vous condamnerez car elle sera sanctionnée pour ce non-respect du délai raisonnable par une autre Cour plus indépendante que la vôtre qui prononcera une condamnation sans hésitation.

Ce procès ne devrait pas avoir lieu aussi parce que « le commandant CARLOS » a été illégalement arrêté, séquestré drogué et expédié en France, pas pour y être jugé mais pour y être piétiné. Les Avocats généraux ne se sont pas privés de le faire hier tout au long de leurs réquisitions.

MM. les Avocats généraux, nous n’avons pas le même sens de la dictature. Pour vous les dictateurs sont ceux qui meurent sous les bombes de l’OTAN, des impérialistes, pour vous PINOCHET était un grand démocrate que les américains ont placé au pouvoir.

Tout le monde ferme les yeux sur l’illégalité de son extradition, de ce qui s’est passé de Khartoum à Villacoublay alors que vous savez que c’est profondément illégal. La France ne se souciait pas de ce qui se passait dans les camps nazis où l’on déportait les juifs arrêtés par la Police française. Le droit devrait vous conduire à refuser de juger un homme illégalement déporté dans notre pays.

Ce procès ne devrait pas avoir lieu mais il a lieu, pourquoi ?  Que cherchez-vous à travers ce procès illégal et  illégitime ?

À discréditer à tout jamais les glorieuses luttes révolutionnaires anti-impérialistes des années 80 ou ce procès est fait pour le pouvoir et ses forces de propagande médiatique. C’est la victoire des forces capitalistes sur les forces révolutionnaires mais il s’agit là d’une victoire militaire et non judiciaire. Savourez votre victoire, mais vite, car au-delà des arrestations, de la prison et de la mort, les révolutionnaires ne sont jamais vaincus car leurs idées sont éternelles et universelles. Ce mot capitalisme qui sème partout la misère ne sera toujours qu’en sursis car la lutte révolutionnaire reprendra un jour et sera victorieuse !

Je sais que mon discours ne plaît pas à la justice et je suis régulièrement condamné pour ce discours.

Si mon discours ne plaît pas, c’est parce que ce discours est la vérité !

C’est la vérité qui ne plait pas à la justice et pas mon discours ! La vérité est interdite aux pays des droits de l’Homme.

Ce discours ne plaira pas non plus à tous les accusés de ce procès. L’impérialisme victorieux plante son drapeau ensanglanté sur tous les peuples du monde excepté la Corée du Nord.

La Libye, où l’Occident judéo-chrétien s’entête à mener une croisade illégale et sanguinaire contre un régime légitime a fait des milliers de victimes tout aussi innocentes que celles de ce dossier et n’a pas hésité à massacrer et à lyncher le Chef d’État. Alors que quelques années auparavant on avait reçu ce dictateur en ami et en grande pompe. La Libye n’est pas la seule victime de cette barbarie occidentale, il y a aussi l’Irak, l’Afghanistan.

Sans vouloir heurter les parties civiles, n’ai-je pas le droit de dire que le nombre de victimes dans ces affaires est dérisoire par rapport au nombre de victimes dû aux bombardements de l’OTAN.

Voilà une vérité qu’on me reprochera d’avoir proférée, mais cette vérité n’est pas extérieure à notre dossier.

Dans ce dossier, on observe une  guerre entre les forces révolutionnaires et les forces de réaction.

Il faut se replacer en 1982, l’Est était encore à l’Est et les pays communistes aussi. Les forces révolutionnaires étaient glorieuses et actives et les forces impérialistes sur la défensive. CARLOS était un valeureux combattant de la cause palestinienne, de la cause révolutionnaire. L’OPEP était une organisation « mafieuse » et il a pris en otage ceux qui ont pris en otage le monde entier.

Voilà la suite qui plaira moins à l’accusé.

CARLOS  et son groupe ont été à la fin des années 80 vaincus, anéantis, décimés. Même le plus grand révolutionnaire du monde CARLOS ne domine pas le monde ce sont les masses, les peuples qui font l’histoire.

Parmi les militants anti-impérialistes faisant partie de son groupe, il y a ma cliente Christa FRÖHLICH qui n’est pas là aujourd’hui et qui n’assiste pas à son propre procès.

Dans cette affaire vous avez l’ambition de faire le procès de l’Histoire et des mouvements révolutionnaires des années 80. Vous faites un procès politique donc permettez-moi de parler de politique.

Pourquoi n’est-elle  pas là ?

Comme elle l’a écrit au Président, elle n’est ni personnellement ni politiquement impliquée dans le fait reproché et  elle a déjà fait 62 mois de prison dans ce dossier et refuse de faire un jour de plus.

C’était une jeune militante d’extrême gauche, elle est aujourd’hui une femme âgée de 69 ans plutôt tranquille, elle est institutrice en Allemagne à Hanovre.

Le directeur de la Police judiciaire l’a écrit dans son rapport de 1992 transmis au juge d’instruction : elle réside à Hanovre, est enseignante. Elle a cessé tout militantisme, ne combat plus, mais ne renie rien de son passé, elle ne renie pas ses idées ni son engagement. Elle ne renie pas ses combats, elle n’est ni dissociée ni repentie. Elle est réaliste ; elle sait qu’elle est vaincue et elle l’accepte.

Dans le cadre de son combat, FRÖHLICH a rencontré CARLOS  et a effectué du travail politique avec lui, elle ne le nie pas, mais c’est tout ce que j’ai à vous en dire sur le plan juridique.

Dois-je rappeler que FRÖHLICH fait l’objet d’une mise en examen pour complicité de destruction par explosifs actes commis le 22 avril 1982 et non pour le délit d’association de malfaiteurs. Par conséquent d’un point de vue juridique son combat politique ne vous regarde pas.

Quant à sa condamnation de 6 ans de prison à Rome, vous n’avez pas à revenir sur ces faits, cette condamnation a autorité de la chose jugée.

Si vous voulez voir dans ces faits, dans l’engagement de ma cliente, la preuve qu’elle aurait pu être capable de commettre les faits reprochés dans ce dossier, je vous répondrai que je ne fuis pas la vérité. Oui, elle aurait pu être être coupable mais prouvez le fait qu’elle l’a fait et pas seulement qu’elle aurait pu le faire.

Je vais vous démontrer aisément qu’elle n’est pas coupable.

Je vous rappellerai qu’aux termes de l’arrêt de mise en accusation, ma cliente est poursuivie pour s’être rendue à Paris sciemment coupable de destructions de biens appartenant à  autrui concernant l’immeuble de la rue Marbeuf et ce, en ayant facilité la commission de cette infraction en acheminemant le courrier du 25 février 1982.

Selon le dispositif de l’arrêt de mise en accusation, l’implication de FRÖHLICH serait multiple. En qualité de complice il lui est reproché deux choses :

Politiquement, il lui est reproché sa complicité politique en ayant des contacts avec CARLOS et factuellement, d’avoir loué le véhicule Opel Kadett en ex-Yougoslavie utilisé pour commettre l’attentat de la rue Marbeuf.

On s’est aperçu que ce n’était pas elle qui avait loué le véhicule.

L’élément factuel étant difficile à prouver reste la complicité politique.

Je vais à mon tour reprendre ces éléments d’accusation pour les étudier avec vous.

Tout au long des réquisitions, les Avocats généraux ont fait référence à  la notion de responsabilité collective et  de culpabilité collective.

Les contacts de FRÖHLICH avec CARLOS : un rôle opérationnel dans l’attentat du 22 avril 1982, dans l’envoi du courrier du 25 février 1982 et dans les conversations entretenues avec CARLOS et sa présence en France à côté de WEINRICH.

Ma cliente est poursuivie pour un fait précis et vous l’avez rappelé : la responsabilité pénale collective n’existe pas en France, seule est admise la responsabilité individuelle.

S’agissant de l’action contre le « Capitole », FRÖHLICH a bénéficié d’un non-lieu, elle n’a jamais fait l’objet d’une extradition des autorités italiennes pour ces faits-là.

Certains des rapports de la Stasi ou des services hongrois faisaient état de son implication dans « le Capitole » jusqu’à l’accuser d’avoir posé la bombe. La justice française n’a pas cru les accusations farfelues portées par la Stasi contre FRÖHLICH pour l’attentat contre « le Capitole ». La justice a bien jugé qu’il ne fallait pas leur faire confiance. Par conséquent en quoi en serait-il autrement en ce qui concerne les archives relatives à l’attentat de la rue Marbeuf ?

FRÖHLICH était en contact avec le groupe CARLOS sans pour autant être membre de l’ORI ce que confirment CARLOS et KOPP. Elle était en relation avec le chef historique de ce groupe.

Si vous acceptez de juger en droit cette affaire, cet élément qui pourrait caractériser le délit d’association de malfaiteurs ne peut en aucun cas caractériser la complicité du crime de destruction par explosifs pour laquelle ma cliente est poursuivie.

S’agissant de son rôle dans la remise du courrier le 27 février 1982 à l’ambassade de La Haye adressé au Ministre de l‘Intérieur, qu’est devenu l’original ? Je n’entrerai pas dans la polémique sur l’existence ou non de ce courrier. Je dirai seulement que la photocopie des empreintes ne concerne pas ma cliente.

D’où provient la mise en cause de ma cliente par l’accusation ? Ces méthodes proviennent exclusivement des services de l’Est ; des tas d’immondices et d’ordures.

A l’époque, avant 1989 ces services secrets tout comme le KGB étaient des officines sans foi ni loi dignes de la Gestapo qui ne respectait rien, même pas les droits de l’Homme. Leurs agents étaient des barbouzes sans crédibilité et maintenant ces témoignages et leurs rapports seraient devenus des paroles d’évangile. MM. les Avocats généraux en raisonnant ainsi vous vous déshonorez et vous déshonorez la justice de votre pays !

Au sein de ces services secrets, nul ne sait plus ce qu’il a véritablement fait.  Il est utile et opportun de juger à cet effet la méthode employée par ces services pour imputer un fait avéré à quelqu’un.

Tout le monde savait que cette lettre avait été déposée dans la boite aux lettres de l’ambassade de France à La Haye.

Les services de l’Est l’ont appris par la presse française. Ils ont établi que le 22 février 1982 FRÖHLICH arrivait à Budapest et qu’elle quittait cette ville le 26 février donc ils considèrent que c’est elle qui a porté la lettre.

Les services secrets ne s’embarrassent pas de preuves, seulement leur intime conviction et n’ont pas d’autres éléments de preuves que ces suspicions.

Ils ont quelques éléments épars, vrais ou supposés et sans liens entre eux. Ces liens, ils les établissent eux-mêmes, les inventent et les relient pour en faire un rapport. Rapport dans lequel ils présentent leurs suppositions comme des faits avérés. Ce rapport n’a qu’une valeur d’information au mieux sert d’analyse pour leurs responsables politiques. Et vous voudriez faire de ces rapports bidon, de ces élucubrations, des preuves ?

L’envoi, le transport de ce courrier est hors sujet, car ne concerne à aucun titre l’affaire Marbeuf. Il est extérieur aux poursuites contre ma cliente, cette lettre que personne n’a jamais vue correspond à une lettre de menaces contre la France pour obtenir la libération des deux combattants. Elle ne concerne pas l’affaire de la rue Marbeuf, car  l’objectif de l’attentat de la rue Marbeuf c’était le journal Al Watan al Arabi. On a toujours soutenu jusqu’à ce procès que la Syrie était derrière cet attentat car ce journal était pro-Irakien. Pourquoi ce qui était soutenu dans ce dossier serait-il devenu faux lors de cette audience?

Il y a eu création d’un lien par les Avocats généraux entre l’attentat de la rue Marbeuf, le  procès de BREGUET et  KOPP et la lettre de menaces datée du 25 février 1982.

Même si vous voulez voir un lien entre ce courrier et les faits de la rue Marbeuf, en quoi cela pourrait constituer, même si c’est FRÖHLICH qui l’a transportée, un élément de complicité pour une infraction commise deux mois plus tard ? Vous nous avez dit qu’elle la transportait mais pas en quoi il y a complicité.

 

Autre élément : sa présence dans l’appartement clandestin du groupe de CARLOS en février et en  mars 1982. Cet élément dont je ne vous dis pas qu’il est faux n’apporte pas de preuve sur son éventuelle complicité.

Toutes les conversations des membres du groupe ont été écoutées, espionnées, retranscrites et analysées par des spécialistes de la DST. Je mets au défi les Avocats généraux de vous produire une seule conversation à laquelle aurait participé FRÖHLICH et au cours de laquelle il aurait été évoqué, débattu, envisagé la préparation de l’attentat de la rue Marbeuf ou sa participation à ces faits.

Même si des conversations concernant cette action peuvent exister, jamais FRÖHLICH n’y a participé et aucune allusion sur un quelconque rôle de cette dernière n’apparait au cours de ces conversations.

Voyez-vous comment la justice instructive française utilise les mêmes méthodes que les services de l’Est !

On part d’un fait hypothétique, la présence de FRÖHLICH en France en 1982, d’un autre côté on sait qu’à cette période il y a eu plusieurs attentats commis. On ne prouve rien mais on invente un lien entre cette présence affirmée et non prouvée et ces attentats pour en conclure à une éventuelle implication de cette dernière. Ne pensez-vous pas que l’on soit un peu léger au niveau de la preuve ?

Ce qui devrait vous intéresser, c’est la preuve que FRÖHLICH a repéré des lieux à Paris, précisément rue Marbeuf et cette preuve-là qui pourrait caractériser le fait de complicité n’existe pas. Elle n’existe pas car ce n’est pas vrai.

Quelles sortes de complicité reprochez-vous à ma cliente, MM. les Avocats généraux ?

Il y a deux sortes de complicité dans la loi : la complicité par une participation d’ordre matériel qui se traduit par une aide ou une assistance et la complicité par une participation d’ordre intellectuel qui se traduit par une provocation à l’infraction.

Si l’on retient tous ces éléments de nature générale et politique, il ne pourrait s’agir que d’une complicité par provocation car maintenant qu’on ne peut plus accuser FRÖHLICH d’avoir loué la voiture en ex-Yougoslavie, il n’existe plus d’éléments matériels aidant dans la réalisation du fait criminel.

On l’accuse d’avoir provoqué par ordre, menaces ou abus d’autorité et de pouvoir cet attentat.

Est- ce vraiment sérieux MM. les Avocats généraux de telles poursuites et de telles accusations ?

Comment en voulant étendre les poursuites, des magistrats en arrivent à écrire des inepties dans les actes de procédure et notamment dans l’acte de renvoi en Cour d’assises ?

FRÖHLICH aurait commis l’attentat de la rue Marbeuf par menaces ou promesses. Mais où, quand, comment? Quelles menaces, quelles promesses ? À l’encontre de qui « cette petite bonne femme » aurait pu abuser de son autorité ?

L’infraction que la justice aurait pu lui reprocher est le délit d’association de malfaiteurs, même pas sûr.

Même si ces éléments étaient tous avérés, ils ne sont pas constitutifs d’une complicité de crime de destruction par explosifs ?

De vos explications MM. les Avocats généraux, maintenant que vous avez tenté ce recentrage, je n’ai pas compris comment vous osez prétendre que ces éléments étrangers aux faits de la rue Marbeuf pourraient caractériser l’unique infraction reprochée à FRÖHLICH.

Vous savez que l’aide ou l’assistance requiert un fait concret, un acte matériel en rapport immédiat et direct avec la commission de l’infraction.

Il reste dans ce dossier un seul élément, un seul fait matériel, page 101 de l’arrêt de renvoi. On lui reproche d’avoir été Mme STADELMAN et d’avoir sous cette fausse identité loué ce fameux véhicule et de l’avoir convoyé jusqu’à Paris.

Ériger en termes de preuves, les rapports de l’Est seraient insensés. Ces rapports sont des ramassis de mensonges, d’inexactitudes, mais surtout pas des preuves judiciaires. Rendre la justice en utilisant ces rapports, ce serait rendre une justice de poubelle et de caniveau.

Affirmer que FRÖHLICH serait STADELMANN serait un mensonge ou une erreur grossière.

Que reste-t-il aujourd’hui à la fin de ses débats dont je souligne le caractère loyal ?

Que reste-t-il de ces accusations ?

C’est le seul acte matériel reproché à FRÖHLICH par le policier M. GUERIN et le juge BRUGUIERE et il n’en reste rien.

Il pourrait être louable de reconnaitre aujourd’hui qu’on s’est trompé à ce sujet, s’excuser et abandonner les poursuites mais la justice ne reconnait jamais ses erreurs.

Si ce n’est pas elle, c’est donc sa sœur et à ce titre elle mérite 15 années de prison ! Vous n’allez pas au bout de votre raisonnement MM. les Avocats généraux car elle mériterait la réclusion criminelle à perpétuité.!

Dès le début de ce procès, en confrontant les descriptions que les témoins yougoslaves donnaient de STADELMANN à la morphologie de FRÖHLICH, on pouvait s’apercevoir aisément que FRÖHLICH n’était pas STADELMANN. Elle s’exprimerait mal en Anglais, alors que FRÖHLICH parle couramment l’anglais.

Me RIPERT s’exprime alors par des cris. Voyez comment on peut dire n’importe quoi quand on a le pouvoir de le faire et comment on peut se tromper!

Dans un document de l’époque daté du 30 avril 1982, le commissaire DI BONA faisait la synthèse des témoignages provenant d’ex-Yougoslavie sur la personne de STADELMANN. Ces témoignages insistaient sur ses doigts très maigres et son allure peu soignée.

Or FRÖHLICH n’a jamais eu des doigts très maigres, ni un visage osseux mais plutôt bien rempli.

Dès que j’ai vu ses mains, j’ai eu la conviction qu’elle était innocente. J’ai fait des demandes, en vain, de mise en liberté.

Me RIPERT présente une photographie montrant les doigts de FRÖHLICH ; on observe des doigts petits presque boudinés. Pour se convaincre que FRÖHLICH n’était pas STADELMANN, il suffisait de regarder son visage et ses doigts et de les comparer aux descriptions faites de Mme STADELMANN.

Dans la description donnée de STADELMANN, on a la preuve que FRÖHLICH n’est pas cette dernière et donc qu’elle n’a pas loué l’Opel Kadett à Ljubljana, seul fait qui lui est reproché.

Ces témoignages innocentaient ma cliente dès l’instruction de ce dossier. Elle refuse de faire un jour de plus de prison, elle est innocente.

J’avais demandé dès le début de l’instruction, des confrontations entre FRÖHLICH et les deux témoins yougoslaves (auditions du 27 avril 1982) mais elles ont toutes été rejetées. À la place on a présenté un album photographique à ces témoins ; album bizarre dans lequel 3 photos sur 7 représentent FRÖHLICH et les  4 autres photos représentent des membres de la RAF tous emprisonnés à ce moment-là et qui ne pouvaient se trouver par conséquent à Ljubljana en 1982. La comparaison entre celles données par les témoins et les photographies de cette dernière prouve son innocence. On n’a pas hésité à échafauder, inventer plusieurs scénarios.

On a prétendu que si elle n’avait pas loué elle-même le véhicule, elle devait accompagner la loueuse or on a toujours parlé d’une femme seule à l’hôtel et à l’agence de location. FRÖHLICH n’était pas dans ce véhicule. Les deux hommes qui ont croisé la voiture sur l’autoroute, MM. BERTRAND n’ont pas été confrontés à FRÖHLICH, ils ont toujours parlé d’une femme seule.

Je me suis livré à une analyse rigoureuse de ces témoignages qui innocentent FRÖHLICH grâce à son visage normal et non osseux et ses doigts normaux et pas maigres.

Y a-t-il un élément de preuve au sens du Code de procédure pénal (CPP) et non au sens d’Outreau qui prouve que FRÖHLICH aurait effectué une partie du voyage et aurait transmis le véhicule à Mme GOTTING avant la frontière franco-suisse ?

Ne l’avez-vous inventé MM. les Avocats généraux ? N’est-ce pas une pure invention qui va à l’encontre de la vérité ?

Cette affirmation ne se fonde sur rien, c’est un élément à la mode Stasi. On possède des éléments épars, des suspicions mais il en manque pour établir des liens entre eux donc on les invente et on ne se gêne pas pour demander ensuite 15 années de réclusion criminelle.

Non FRÖHLICH n’a pas loué le véhicule le 19 avril, elle ne l’a pas convoyé et ne l’a pas remis à GOTTING.

L’enquête policière a par contre établi que sous les noms d’emprunt de ZIMMERMANN et ODHENAL, FRÖHLICH était arrivée à l’aéroport de Belgrade.

Qu’est-ce qui permet aux magistrats d’assimiler le périple de FRÖHLICH alias ZIMMERMANN et ODHENAL du 10 au 17 avril 1982 à celui accompli par X sous l’identité de STADELMANN du 18 au 21 avril 1982 ?

Sur le périple du 10 au 17 avril, j’accepte les éléments réunis par l’enquête policière, ma cliente, je ne sais pas.

Sur le périple du 18 au 21 avril de Yougoslavie à Paris, qu’est-ce qui permet d’assimiler ces deux périples ? Quels rapports y avait-il entre les trois identités : ZIMMERMANN, STADELMANN et ODHENAL ? Je n’en sais rien, je ne formule aucune hypothèse.

Je ne connais pas les raisons de ce voyage donc je ne dis rien, je n’invente rien.

Le fonctionnement de ce groupe reste un grand mystère.

Ne confondez pas intime conviction et intime imagination ! Exigez des preuves pour forger votre intime conviction.

Comme il est facile d’inventer des preuves. La seule certitude de ce dossier pour ces dates, concernant FRÖHLICH, c’est que le 17 avril 1982 à 18 h elle arrivait de Rome à l’aéroport de BERLIN-EST et à 20 h le même jour, elle passait à l’Ouest et puis c’est tout et rien d’autre. À partir du 17 avril 1982,  elle est rentrée chez elle à Hanovre et y est restée. Des voisins auraient pu le confirmer.

FRÖHLICH était-elle Margritt STADELMANN ? Votre Cour a été saisie par l’acte de renvoi (page 44), l’identité de STADELMANN est attribuée à FRÖHLICH.

Le groupe n’attribuait que nominativement les faux papiers à chacun de ces membres et chacun de ses contacts. Il est une pièce dans le dossier qui dit qu’elle n’avait pas d’identité au nom de STADELMANN lors de son arrestation à Rome. Le faux passeport au nom de STADELMANN a été attribué à quelqu’un d’autre qui n’était pas FRÖHLICH.

FRÖHLICH  serait-elle responsable moralement puisqu’elle ne l’est pas physiquement ?

Dans le dossier, on a pu observer l’apparition d’une nouvelle notion « le binôme » attribuée à FRÖHLICH et GOTTING, l’action de concert. Elles étaient amies, elles faisaient tout ensemble. Vous qui soutenez cela, donnez-moi un seul exemple !  Je n’ai jamais eu de réponses et d’éléments concrets de mes interlocuteurs.

Elle a effectivement loué un véhicule le 10 avril à Belgrade et l’a rendu à Rome le 13 avril, le reste est spéculation.

Pourquoi vouloir se compliquer la vie en louant un véhicule en Yougoslavie ? Pourquoi ne l’a-t-elle pas loué en Italie ou en France ?

Si complicité il y a dans ce dossier, elle est personnelle. C’est la personne qui a loué la voiture qui est la complice, ce n’est pas FRÖHLICH. On est complice de l’auteur pas des faits.

Ma cliente serait, selon vous, la complice de la complice car  elle aurait agi de concert avec elle. Je vous l’ai déjà dit hier, vous nous avez raconté de belles histoires mais des fausses histoires comme celle du Père Noël. Croyez-vous que les juges croient au Père Noël ?

Vous auriez pu faire le choix de la sincérité. Prouvez MM. les Avocats généraux, requérez en droit, cessez de baratiner et la justice y gagnera ! CARLOS dirigeait  le groupe, donnait des ordres, il n’est pas poursuivi comme auteur mais comme complice. La complicité de complicité n’existe pas en droit français.

Ce n’est pas de l’implication de FRÖHLICH dans le groupe dont il s’agit mais de son implication dans l’attentat de la rue Marbeuf. À ce sujet, vous ne nous avez rien dit du tout.

En 17 ans d’instruction, « l’implication opérationnelle » de FRÖHLICH n’a pas été prouvée.

En quoi est-elle complice par aide ou assistance de l’auteur inconnu de ces faits ?

J’attends toujours la réponse malgré une journée de réquisitions.

Ces méthodes des pays de l’Est se situaient dans l’illégalité la plus complète, selon l’Occident. Aujourd’hui pour accuser des combattants révolutionnaires on leur attribue toutes les vertus. On voudrait aujourd’hui les valider. Ainsi, si ces rapports obtenus légalement, on a le droit de les utiliser. S’ils ont été réalisés à partir de méthodes illégales, tous ces rapports de la Stasi, ces résidus de poubelles et de caniveau, n’ont pas leur place dans un débat judiciaire qui se veut légal et digne.

Ces rapports sont sans valeur judiciaire, ne sont pas des preuves.

Me RIPERT établit une comparaison entre les procès staliniens dans lesquels des preuves étaient inventées et les méthodes de ces agents des pays de l’Est. Ces rapports étaient destinés à des autorités politiques, il s’agissait d’écoutes, d’espionnage, de surveillances, de discussions directes avec les membres du groupe et les services. Les membres du groupe se savaient surveillés et ils montraient ce qu’ils voulaient.

M. VARGA, lors de son audition, a dit que tous les rapports d’informations hongrois sont des supputations, des déductions. Ils n’établissent rien, ne  prouvent rien, ne serait-ce que parce que c’est faux, ils les ont inventés tout seul ! Ils en tiraient des conclusions « inadéquates », inexactes.

Sur l’implication de FRÖHLICH dans l’attentat de la rue Marbeuf, les agents du MFS disent tous que ce qu’ils ont écrit, ils ont recopié les rapports hongrois. Auditionnés, ils ne se souviennent plus, ils ne savent plus.

Les agents hongrois ne s’expliquaient pas sur les éléments qui leur permettaient d’écrire ces affirmations. M. VARGA  est un « témoin de pacotille » et il en est de même de ses sbires.

Ces archives provenant des pays de l’Est sont le corps entier de l’accusation.

J’en ai fini de ces archives de l’Est,  il me reste à considérer deux dernières choses :

ISSAWI disait que c’était GOTTING qui avait loué le véhicule et disait que FRÖHLICH avait accompagné cette dernière lors de ce périple.

Je vous ai prouvé longuement que ce n’était pas FRÖHLICH qui avait loué ce véhicule et qui l’avait amené en France.

Le témoignage d’Ali AL ISSAWI, « le fantôme » est décrié par la défense.

KOPP, repentie, lors de ses auditions, a fait l’objet de pressions, en échange de sa tranquillité. Elle a dit qu’au sujet de la remise de passeports c’était elle qui en était chargée et que FRÖHLICH n’était pas complètement intégrée au groupe. Elle a dit aussi que FRÖHLICH n’était pas la loueuse ni la convoyeuse de la voiture mais qu’il s’agissait d’une autre personne.

Les éléments de ce dossier, l’absence totale de preuve à l’encontre de FRÖHLICH, tout cela a convaincu la justice allemande de son innocence.

Dans le procès de WEINRICH, dans l’acte d’accusation, il était écrit que ce n’était pas elle qui avait loué le véhicule, il y a lieu de s’indigner.

Elle a fait l’objet de deux classements sans suite avec les premiers éléments de ce dossier puis un deuxième après l’arrivée des archives de l’Est. Les Allemands ont refusé de mettre à exécution le mandat d’arrêt européen établi à son encontre parce qu’il n’y a pas de preuves. Il faut se référer à la bonne traduction du jugement et non à la traduction d’origine.

Le scénario de la mise en cause de ma cliente est aisé à retracer : le 18 avril 1982 a lieu l’arrestation de deux combattants BREGUET et KOPP. Suite à l’attentat de la rue Marbeuf, la piste CARLOS est envisagée. Le 18 juin 1982, FRÖHLICH est arrêtée à Rome avec une valise piégée à destination de la France, cela reste à prouver, elle est soupçonnée d’être la jeune allemande de Ljubljana du seul fait de son arrestation à Rome.

Il y a substitution de l’imagination à la preuve ! La Justice parfois ne vaut pas mieux que les services secrets.

Tout au long de ce dossier, certains policiers enquêteurs plus rigoureux que d’autres ont fait part de leurs suspicions, de leurs doutes sur l’équation STADELMANN égale FRÖHLICH. Le commissaire BLANCHET de la DST a émis quelques interrogations.

La mise en cause de FRÖHLICH dans cette affaire est partie d’une pure spéculation réciproque de la justice française. Cette intuition erronée engendrerait une culpabilité possible.

Peu importe, ils ont persisté dans l’erreur de leur fausse affirmation et la justice française en a fait de même!

Qu’en est-il des mensonges d’État qu’il faut soutenir contre la vérité ! MM. Les Avocats généraux, vous déshonorez la justice et la démocratie, vous offensez en connaissance de cause la démocratie.

Ma cliente est innocente et tout le monde le sait.

En conclusion, dès les premiers jours du procès, j’ai indiqué que, quels que soient les auteurs des attentats, leurs motifs, toutes les victimes de ce procès méritent notre considération, mais aussi, les les victimes du monde, en Libye, en Irak, en Afghanistan méritent le même respect et la même considération. Elles mériteraient la justice même 30 ans après les faits.

Pendant ce procès nous avons beaucoup parlé de politique un peu de droit et pas du tout de social.

« Maman, j’ai faim » clame cet enfant en Grèce, bientôt en Italie, en Espagne et même en France.

Dans ces temps de crise, de misère sociale, vous êtes-vous demandé ce que pouvait ressentir une personne touchant le RSA, soient 400 euros par mois ? Ma cliente se l’est demandé et se le demande tous les jours quand elle pense que ce n’est pas juste ni normal qu’à deux pas du Palais il y ait un hôtel trois étoiles à 200 euros la chambre devant lequel une femme noire est sur le trottoir, sans abri.

Face à autant d’injustice et de misère ne peut-on pas comprendre que certains entendent que « le pouvoir est au bout du fusil » et prennent le fusil pour combattre ce système ?

Vous allez « dégager » CARLOS, malgré la courtoisie de cette audience, par votre condamnation et cela sans hésiter.

MM. les Avocats généraux n’ont pas hésité à vous demander de condamner FRÖHLICH alors qu’ils savent bien qu’elle n’était pas STADELMANN et qu’elle n’a pas loué l’Opel Kadett. De plus, elle ne peut être impliquée dans l’attentat de la rue Marbeuf car il y a ni d’éléments matériels ni d’éléments moraux de complicité au sens juridique du terme.

Allez-vous donner l’image d’une justice indépendante capable de prononcer un acquittement juridiquement justifié ou alors donner l’image d’une justice partiale, servile aux ordres politiquement souhaités ?

Si vous condamnez FRÖHLICH ce n’est pas au nom du droit, mais au nom du pouvoir judiciaire et politique même si vous n’avez pas l’obligation de motiver votre décision.

Une telle condamnation serait un acte de terrorisme, un attentat contre le droit, la justice et la démocratie qui justifierait à lui tout seul les combats de CARLOS.

NO PASARAN

L’audience reprend à 14 h 20.

 

Plaidoirie de Me VUILLEMIN, avocat de Ilich RAMIREZ SANCHEZ, dit CARLOS.

 

M. le Président, Mesdames et Messieurs de la Cour, Messieurs les Avocats généraux,

 

Confiant, je me lève pour plaider après toutes les injures et les insultes des avocats de la partie civile. C’est d’abord à vous que je m’adresse, Ilich. J’ai l’honneur de vous défendre depuis 13 ans. Il faut du courage pour affronter votre caractère, vos colères qui font trembler les prisons. Il faut être un peu fou aussi, car je suis le seul en France et, dans le monde entier, à croire possible votre acquittement.

Vous avez été injurié. En l’occurrence, vous serez à jamais le « Chacal ». On vous a traité de lâche. Mais, étiez-vous un lâche en 1971, lorsque vous étiez au feu ? Lorsque des dizaines d’opérations homicides se sont écrasées sur votre esprit étrange ?

Étiez-vous un lâche en 1975, lors de la prise d’otage des ministres de l’OPEP à Vienne quand, cerné par les forces de sécurité, vous vous en êtes tiré vivant ou vous vous en êtes tiré tout court. Quelles que soient les causes ou les raisons multiples de cette opération, son but principal était de faire connaître au monde entier la cause palestinienne. Vous êtes un frère d’armes pour l’histoire.

 

J’en reviens à la procédure.

Tout d’abord, je souhaite mentionner l’enlèvement, le « kidnapping », selon les propos de Charles PASQUA dont l’illégalité est évidente et étalée dans les journaux depuis 17 ans. C’est une voie de fait, une question juridique. A chaque fois que cette question a été abordée, des motivations tortueuses ont été avancées pour entériner cet enlèvement. « La fin justifie les moyens », même si c’est illégal.

 

Mon client fait l’objet d’un isolement total depuis dix ans, d’un éloignement dans des prisons lointaines pour ses avocats lorsque nous devions préparer le dossier. Imaginez les voyages à 400 ou 500 km, à Clairvaux notamment. Nous n’avions pas de CD à l’époque, les dossiers n’étant pas encore numérisés. Le juge d’instruction refusait systématiquement de transmettre le dossier à mon client d’autant que l’instruction s’est faite sous perfusion artificielle pendant treize ans.

 

J’en reviens au traitement injuste dont il a fait l’objet en prison. On l’a privé de son ordinateur alors même qu’il devait étudier les DVD de son dossier : il y a eu violation des droits de la défense du début jusqu’à la fin !

 

Quant au contenu du dossier, il ne repose sur aucune preuve scientifique même si j’ai entendu parler d’une « évidence de culpabilité », d’une « présomption de culpabilité ». Il ne suffit donc pas de vous interroger sur votre intime conviction.

 

Dans cette affaire, j’ai entendu deux faits certifiés : l’arrestation de Bruno BREGUET et Magdalena KOPP et les quatre attentats qui s’inscrivent dans une succession d’attentats commis au début des années 1980. Le dossier d’accusation est virtuel, il ne correspond qu’à une « nébuleuse d’éléments indiciels ». On m’a accusé de « sortir les ciseaux » pour évoquer le dossier mais l’accusation a agi exactement de la même manière. Les éléments de la « Stasi » et « Securitate » : fiabilité zéro, la lettre manuscrite : fiabilité zéro.

 

D’ailleurs, où est la lettre ? Il s’agit pourtant d’archives « franco-françaises ». La Police française, la justice française et le gouvernement français, où l’ont-ils mise ?

Certains auraient vu l’original… Je me rappelle des propos de Patrick MARTIN : « personne n’a jamais vu cette lettre ». Le Préfet GRIMAUD n’est pas aussi radical que les propos qu’on lui prête. Il a vu la lettre entre les mains de Gaston DEFFERRE, ce dernier lui en aurait donné connaissance. Aujourd’hui, dans son souvenir, le contenu de la copie qu’on lui présente lui semble familier, il croit le reconnaître. Mais croyez-vous que quelqu’un ait vu l’original ? Mais, quel original ? Quel était son contenu exact ?

 

Au moins, deux grands journaux font état d’une longue lettre en langue espagnole : « Le Monde » mentionne à deux reprises une lettre en espagnol et « Le Quotidien de Paris ».

 

M. BLANVILLE aurait vu l’original mais il aurait vu une seule page alors que la lettre que nous connaissons en contient trois. Il en donne une description qui ne correspond pas à ce que l’on nous présente.

 

Il a vu deux empreintes de pouce, mais il n’a le souvenir d’aucune autre inscription. Il ne se souvient plus de ce qu’il y avait d’inscrit ! Il a indiqué qu’une signature figurait entre les deux pouces ce qui est, là encore, parfaitement incompatible avec la copie que l’on vous a projetée. Au-dessus des deux pouces figure une signature qu’il n’avait pas vue mais dont il s’est souvenu le 25 octobre 2011 ! Sur la lettre, il a vu deux empreintes qui correspondent à celles d’Ilich RAMIREZ SANCHEZ. Très bien mais ce n’est pas la lettre que l’on nous présente !

 

Enfin, il dit qu’il a voulu prendre le feuillet pour aller le faire examiner dans son bureau mais M. SIMONIN n’aurait pas voulu. Il ne voulait pas qu’il quitte la pièce. C’est bien mystérieux quand on sait qu’il a été perdu.

 

C’est un document étatique que l’on a occulté. Elle n’a pas été perdue par hasard, c’est impossible. Judiciairement, la lettre du 25 février 1982 n’existe pas.

 

En revanche, des tractations entre les avocats et les autorités françaises sont avérées. Jacques VERGES n’a pas été cité. Jean-Claude COLLIARD, cité par la défense, a invoqué des raisons médicales.

 

M. KESSOUS en dit plus : « j’ai écouté VERGES, j’en ai rendu compte, mais la suite, je ne la connais pas ». « Quand on m’a montré un document de la « Stasi », je n’y croyais pas, c’était « Tintin au pays des Soviets ». Il y avait un rapport de la « Stasi » du 20 juin 1983 qui semblait s’inspirer d’une note manuscrite attribuée à Johannes WEINRICH ». M. JOINET de Matignon : « j’ai reçu VERGES, je l’ai écouté et je l’ai éconduit ». Ce sont des magistrats ne l’oublions pas. « Des archives des renseignements, j’en ai vu d’autres ». Ils ne savent pas où ils vont.

 

C’est un « pain dont la République ne mange pas ». La position officielle d’hommes qui ont le sens de l’État ne peut pas être différente. En réalité, un vrai serviteur de l’État emporte avec lui ses secrets, ceux qui parlent sont des rigolos.

 

Ce « pain que l’on ne mange pas », qu’en est-il ? Le 16 février 1982, Magdalena KOPP et Bruno BREGUET ont été arrêtés alors qu’ils s’apprêtaient à bourrer une voiture d’explosifs. En tentant de fuir, BREGUET a commis une tentative d’assassinat. Ce sont des faits criminels gravissimes mais le magistrat instructeur mène son instruction dans un temps record. La tentative d’homicide est abandonnée. Il ne reste que la détention d’explosifs, de fausses plaques d’immatriculation et de faux passeports. C’est presque de la comparution immédiate. Sur les réquisitions de deux et trois ans de prison, le tribunal correctionnel de Paris les condamne respectivement à une peine de 4 et 5 ans d’emprisonnement le 22 avril 1982. La Cour d’appel confirme leur peine le 8 juin 1982. Ils sont donc jugés en trois mois et trois semaines selon une « justice éclair » et très clémente.

 

Sur les documents des services secrets allemands, les archives sont constituées des pièces hongroises. Forcément, elles contiennent la même chose. Pourtant, elles constituent la matrice des réquisitions des Avocats généraux, la colonne et l’ossature de l’accusation. Sans ces archives, pas de dossier et on en reste aux non-lieux prononcés en 1990 et 1991.

 

Je n’ai jamais abordé la question de l’immoralité et de l’illégalité de ces archives ou d’une possible falsification de ces archives. Je m’intéresse seulement à leur absence de fiabilité sur la forme : pas de date, pas de signature et aucun original. On nous dit que ces photocopies ont été établies sous la forme d’originaux. Or, personne ne les a jamais vus et je le prouverai tout comme pour les photocopies médiocres de photographies des carnets de Johannes WEINRICH. Il s’agit de « photocopies de photocopies » dont les informations ont été extraites par découpage puis compilées sous forme de rapports. Ce n’est pas moi qui le dis mais les autorités contemporaines.

 

On m’a accusé de « tripatouiller » les archives mais ce n’est pas moi qui l’ai fait. On m’a accusé « d’utiliser les ciseaux » mais ils ont été utilisés par les Hongrois.

 

Sur les notes de Johannes WEINRICH, Mme WAGNER précise que les conclusions des expertises graphologiques n’étaient pas catégoriques compte tenu du « matériel » difficile à analyser. Les écritures présentaient seulement des « similitudes ». En tout état de cause, ses conclusions n’ont pas empêché l’acquittement de Johannes WEINRICH.

 

On a moqué « les photocopies de photocopies » mais les autorités allemandes ont essayé de manière très pointilleuse de savoir quelle photocopieuse avait été utilisée. A été analysé un rapport contenant des pages originales extraites du « dossier Separat 1985 III ». Or, le dossier ne comporte que des photocopies et personne n’a vu les originaux.

 

Sur le fond des expertises graphologiques, Mme WAGNER a travaillé sur un « matériel » de qualité peu satisfaisante, elle parle même de photocopies de très mauvaise qualité dont l’analyse n’était pas réalisable. On a compris.

 

De même, s’agissant toujours des « photocopies de photographies », qui, en France, a décrypté ces notes manuscrites ? La DST. Mais qui à la DST ? Son nom, son grade, est-ce lui qui signe ? Et, des quelques exemples de traductions libres de la DST que nous avons eus, ils n’allaient jamais dans le sens de CARLOS. En tout cas, on aimerait connaître le nom du CHAMPOLLION de la DST.

 

Dans les documents hongrois, il n’y a pas la moindre signature, le moindre nom de leurs auteurs, cela n’a pas de sens. Je ne parle pas de falsification mais de traduction de décryptage. Je parle de choses simples. Qui prend la responsabilité d’écrire cela ? Il n’y a pas de signature, pas de date, pas de nom. La proportion de ces documents anonymes est telle qu’il est impossible de la quantifier. Dans les archives hongroises, c’est simple puisque c’est 100% des documents qui sont anonymes. Quant aux archives de la « Securitat », je n’en parle même pas.

 

Concernant les fameuses transcriptions des enregistrements d’écoutes téléphoniques ou de sonorisations, je me moque de leur légalité ou illégalité, de la violation de la vie privée qu’elles engendrent. Mais je fais un simple constat : il n’y a pas de bande d’enregistrement. Tout comme demeurent inconnus le nom des traducteurs, la date ou l’adresse des appartements fouillés.

Je souligne à nouveau que ce sont les transcriptions des archives hongroises qui se trouvent dans les archives est-allemandes. Les erreurs figurant dans les premières se retrouvent nécessairement dans les secondes.

 

Il est nécessaire de parler aussi bien de la forme que du fond du dossier. Il est indispensable de  marteler les problèmes de forme. Mais, à tout cela, s’ajoutent d’autres « flèches » à « l’arc de la défense ». Qu’en est-il du contenu ? Il a longtemps été dit que la défense menait une bataille de forme pour éviter le fond. Parce que sur le fond, le contenu des archives est-il fracassant ou démonstratif ? Nous verrons que ceux qui parlent le moins bien des archives, ce sont paradoxalement les officiers allemands.

 

Les strates se cumulent : les vices de forme, le contenu. Tout cela s’additionne dans mon cerveau comme autant de « racines » qui « rongent » le dossier de l’accusation.

 

M. RIOU a rédigé un rapport sur les archives roumaines, il n’est pas intéressant pour notre affaire car antérieur aux faits reprochés. Effectivement, il n’y a pas de document sur les relations entre les membres du groupe et les officiers roumains à l’époque des faits. Dans des documents de 1988 de la « Securitate », il est inscrit que « toutes les données concernant le terroriste CARLOS ont été obtenues à partir de divers journaux et revues d’Occident sans être authentifiées ». Donc, les archives roumaines, on comprend bien ce qu’elles valent.

 

Dans les archives de la « Stasi » figure une note des services hongrois à destination de DAMM du 29 décembre 1983 selon laquelle « étant donné leurs activités et leurs voyages, il ne nous est pas possible de conclure que le groupe s’apprête à commettre un attentat sur le sol français ». Donc, si je résume : on écoute tout, on voit tout mais on n’en conclut rien.

 

Je constate, M. l’Avocat général, que vous avez lâché du lest. Selon des renseignements opérationnels, la lettre de revendication aurait été déposée à BERLIN-EST par Abul HAKAM. Or, ce texte ne comporte aucune empreinte digitale.

 

Un rapport de synthèse sur les activités de « Separat » précise qu’ « il y aurait soi-disant des différends entre le chef du groupe « Separat » et le chef de l’armée de l’air EL KHOULI parce que « Separat » aurait refusé de commettre des actions pour le compte de la Syrie ». Selon l’accusation, le vrai nom d’Abul HAKAM serait Ali AL ISSAWI mais ce n’est pas sûr. Parlons des alias : « Steve » serait Johannes WEINRICH pour la « Stasi » mais à un moment c’est « Fred JUNGERSEN ».

 

Enfin selon une note du 9 mai 1985, « la version selon laquelle les attentats seraient attribués au groupe « Separat » peut être renforcée par les supputations publiées dans les médias occidentaux selon lesquels les membres des RZ auraient participé aux récents attentats ». Vos archives de la « Stasi », voici leur fiabilité et leurs conclusions sur les attentats de 1983 !

 

Le premier lot d’archives a été reçu en 1997 puis le second en 2001. Elles ont été traduites par Mme ROMANI qui a estimé devoir s’exprimer sur les documents à traduire : « aucun de ces documents ne comporte de signature, beaucoup de documents ont été refaits par découpage ». Par ailleurs, « les documents rédigés en anglais n’ont pas été traduits, je n’en étais pas saisie ».

 

Concernant la valeur des documents hongrois, pour l’attentat contre la radio « Free Europe », c’est la même chose, les renseignements ne pourront pas être utilisés comme preuves. Aucune des écoutes n’a de cohérence, les rapports reprennent des bribes de conversation, ils n’ont pas été rédigés par des personnes de bonne foi.

 

Concernant les mesures opérationnelles, la note du 22 avril 1982 des services hongrois dans laquelle est évoquée la liste des attentats commis par le groupe CARLOS : y figurent l’attentat contre la mosquée de Romans et les quatre opérations organisées exécutées par « Steve », Johannes WEINRICH et « Fred JUNGERSEN ». Mais au final, on n’en connaît pas l’auteur.

 

Et puis, les transcriptions d’écoutes par les services hongrois sans date et dont on ne connaît pas le contenu sont nombreuses. Par exemple, dans une retranscription, on ne comprend pas le sujet de la conversation : « Adil » dit avoir reçu un milliard de dollars mais les détails de la conversation ne sont pas compréhensibles.

 

En outre, dans une synthèse analytique de la DST du 29 mai 1998 est indiqué : « de l’examen des documents, il appert qu’il faudrait demander un supplément d’information au juge BRUGUIERE ». « Il faudrait avoir l’intégralité des documents afin de mieux appréhender le contexte et les auteurs ».

 

En 2001, de nouvelles archives sont transmises à la France.            Les autorités hongroises mettent en garde « nous attirons votre attention sur le fait que, lors de la traduction en français des transcriptions d’enregistrements sonores, vous devrez prendre en considération le fait que la traduction peut remettre en cause sa conformité avec l’original ». Or, il n’y a plus d’originaux.

 

Elles précisent également que « lors de l’établissement des copies, nous avons effacé certains passages qui ne rattachent pas à l’enquête et qui ne concernent pas les intérêts français ». Il s’agit donc d’une manipulation plus que d’un découpage.

 

Les services hongrois écrivent à Jean-Louis BRUGUIERE : « nous avons le regret de vous informer que, mis à part le rapport sur les mesures opérationnelles, nous n’avons pas trouvé d’autre matériel ». Donc, le matériel intégral est également introuvable sur CARLOS.

 

M. l’Avocat général, pour tenter d’en « fiabiliser » l’essentiel, vous avez lâché un peu de lest. Mais le principe est là : vous affirmez d’une pièce dont vous pouvez vous passer, qu’elle ne vaut rien, qu’elle contient des erreurs. Mais pour les pièces intéressantes pour l’accusation, vous croyez à sa fiabilité à 100%. M. l’Avocat général, vous ne pouvez pas dire que les pièces qui vous arrangent sont fiables et que celles qui vous embarrassent ne le sont pas.

 

On sait que VARGA et SZABO ont été autorisés à témoigner mais avec des restrictions en raison d’une loi de l’État hongrois sur le secret-défense. Voilà pourquoi, on ne connaît pas le nom de l’auteur, la date et le lieu des écoutes et sonorisations.

 

Je passe sur les déclarations de VARGA qui ne peut pas confirmer que si ce n’est pas Christa FRÖHLICH qui a acheminé la voiture, c’est forcément GOTTING. Dans ces archives hongroises, il y a plein de fantasmagories. On ne peut pas les croire à 100 %.

 

Dans les documents hongrois transmis à la « Stasi », il apparaît que les principaux membres de l’organisation ont décidé de commettre des attentats en France, VARGA le confirme-t-il ? « Je ne peux pas le confirmer ».

 

Sur la prétendue authentification des archives par les responsables des services censés les avoir produits, les originaux n’existent pas mais aujourd’hui, selon VARGA, « je ne peux plus répondre à cette question, il se peut que nous ayons fait des suppositions ».

 

Magdalena KOPP a mis en cause Johannes WEINRICH en 1996 comme ayant commis les actions de la rue Marbeuf. « Je n’ai pas de renseignements à ce sujet », poursuit VARGA. Sur l’attentat contre le « Capitole », les enquêteurs demandent à VARGA dans quelles circonstances son service a eu à connaître de cet attentat. « Je sais qu’une telle explosion a eu lieu mais je ne peux rien dire d’autre », répond-il.

 

Selon VARGA, chaque document devait être signé par son auteur ce qui n’est pas le cas. Il ne se souvient plus très bien qui les a écrits. De toute façon, il ne peut pas répondre à cause de la loi sur le secret-défense.

 

Excusez l’avocat pour ses répétitions et les lectures fastidieuses mais ce sera toujours moins long que les dix heures de réquisitions des Avocats généraux !

 

Concernant les passages aux frontières, « nous ne pouvions pas vraiment tirer de conclusions sur les entrées et sorties des membres du groupe », selon SZABO. Ils sont dans le brouillard, ils ne parviennent pas à reconstituer les déplacements ce que l’accusation peut pourtant faire !

 

Qui a participé aux surveillances de la rue Marbeuf ? SZABO ne s’en souvient plus, « vraisemblablement, c’était Johannes WEINRICH ». J’ai rencontré le mot « vraisemblablement » un nombre incalculable de fois. Toujours des « suppositions » sur des « suppositions » !

 

Je viens d’aborder le fond des déclarations des services de sécurité hongrois. Je vais passer aux archives est-allemandes.

 

Concernant les données et les faits mentionnés, ils proviennent des sources opérationnelles. Les Allemands nous disent que, judiciairement, la fiabilité des archives est nulle. Il faut une rigueur supplémentaire dont ne peuvent se contenter des agents de renseignements.

 

Selon VOIGT, Johannes WEINRICH ne lui a jamais confirmé l’existence d’attentats. Lorsqu’on lui demande s’il est possible que le groupe ETA ait commis l’attentat contre le « Capitole » en échange d’armes, il répond qu’il n’en sait rien. Sur une éventuelle implication de Christa FRÖHLICH dans cet attentat, il dit ne pas être au courant. D’après les services hongrois, le groupe CARLOS a bénéficié du soutien de l’ETA dans l’attentat contre le « Capitole ».

 

Concernant l’attentat de la rue Marbeuf, le véhicule aurait été amené par GOTTING mais il faut donner des éléments, Messieurs les Avocats généraux. D’ailleurs, je constate que, dans vos réquisitions, vous avez été les premiers à accoler le terme « acquittement » à Ilich RAMIREZ SANCHEZ.

 

VOIGT ne peut rien dire sur ce point, même « c’est la première fois que j’entends dire que Johannes WEINRICH aurait participé à l’explosion ». À la question, « qui a ordonné l’attentat de la rue Marbeuf ? », il répond « je ne sais pas, nous avions des soupçons comme quoi le groupe CARLOS aurait pu y être mêlé ». Il poursuit : « j’attire votre attention sur le fait qu’il s’agit d’un simple rapport des services secrets ». « Que pouvez-vous nous dire des connaissances du MFS sur attentat du 31 décembre 1983 ? », « je ne sais plus, il faut que je regarde dans les archives ». C’est très insuffisant pour fiabiliser les archives hongroises et est-allemandes. « Le groupe CARLOS est-il responsable ? », VOIGT répond avoir de « fortes présomptions » sauf qu’il ne confirme rien du tout.

 

L’accusation doit en effet démontrer la participation d’Ilich RAMIREZ SANCHEZ dans la commission des quatre attentats. Elle ne doit pas s’arrêter sur le fait que CARLOS aurait manipulé les armes. Cela, tout le monde le sait. Mais la question est de savoir si les armes et explosifs ont servi à la commission des attentats dont la Cour est saisie.

 

Les déclarations de BOROTOWSKI sont très intéressantes puisqu’il dit ne pas avoir vérifié l’origine des informations mais avoir supposé qu’elles étaient conformes à la vérité. Mais il faut que ces informations soient déterminantes pour condamner quelqu’un à perpétuité !

 

JAEKEL, quant à lui, dit ne pas avoir signé les rapports, tout cela c’étaient des foutaises ! C’est ce que pensait DAMM.

 

En tout état de cause, quelques documents de la « Stasi » étaient signés et datés mais ceux des Hongrois, jamais.

 

Je vais aborder la forme même des auditions. Je précise que nous avons demandé des confrontations pendant quinze ans mais elles nous ont toujours été refusées par le juge BRUGUIERE. Ce sont des « confrontations vitrifiées » qui nous été proposées. Nous les avons toujours refusées et nous avions bien fait car c’était une forme de stratagème. Je n’ai pas pu citer entièrement les notes et rapports, j’ai dû les « découper » comme me le ferait remarquer l’accusation. Il n’y a aucune sanctification de ces archives aujourd’hui. Ces officiers sont les pires ennemis de l’accusation ! On n’a même pas voulu les confronter à CARLOS ! Et puis tous ces témoins inutiles tels que FRILET ou MENDIZABAL, c’était ridicule !

 

Dans un compte rendu envoyé à Jean-Louis BRUGUIERE le 18 juillet 2000, le Procureur MEHLIS fait état des difficultés à obtenir les archives roumaines lesquelles sont d’ailleurs largement épurées. Donc, entre les archives roumaines épurées, les archives est-allemandes découpées et l’absence d’original, les preuves sont minces. Même dans les archives françaises, des originaux ont été perdus. En effet, quand Ilich RAMIREZ SANCHEZ met en demeure les autorités françaises de retrouver le carnet de Bruno BREGUET, on lui présente une copie certifiée conforme, l’original ayant été « perdu ».

 

Par conséquent, je constate l’absence de tout document original du premier tome au 82e tome du dossier.

 

Dans son rapport du 24 novembre 1994, M. GUERIN ne retient qu’une seule revendication crédible : l’appel de revendication du 30 mars 1982 au nom des amis de CARLOS. Voilà pour lui la seule revendication crédible, revendication que RICARD a reconnue fantaisiste.

 

Jean-Louis BRUGUIERE, le « grand ordinateur » des éléments à charge, a refusé 90 % des demandes effectuées par la défense. Il a occulté certaines pièces à décharge comme la lettre qu’il a envoyée à MEHLIS dans laquelle il menace Me KOPP de lancer un mandat d’arrêt international à son encontre si elle refuse de collaborer à la procédure. Ce refus n’a rien à voir avec la qualité des pièces à conviction. Il n’y a rien de fiable sur la qualité des pièces.

 

En parlant d’autres attentats que ceux dont la Cour est saisie, les Avocats généraux utilisent la technique de la « marche en biais ». En outre, ils n’ont pas hésité à faire citer les témoins susceptibles d’authentifier des éléments choisis du dossier. Mais tout ce qui se trouve dans les archives n’est pas confirmé. Mais c’est toujours le même « puzzle de l’impossible », les témoins ont oublié, sont malades ou décédés. Et donc, il n’y a plus de témoin pour tenter d’accréditer leur démonstration et donc, plus de témoin pour ce qui nous intéresse. Les seuls témoins du Parquet sont des témoins de témoins de papier.

 

Quant à Magdalena KOPP, elle était sous pression du juge BRUGUIERE. Mais sur le fond du dossier, elle ne peut rien dire, elle n’était témoin de rien puisqu’elle était en prison. Selon elle, le groupe CARLOS aurait participé à l’attentat du « Capitole » et Johannes WEINRICH aurait participé à l’attentat de la rue Marbeuf. Or, un témoin du restaurant a entendu la personne qui a garé l’Opel Kadett s’exprimer dans un français sans accent. Or, nous savons que Johannes WEINRICH ne parle pas le français ou très mal. Il ne faut donc pas écouter Magdalena KOPP, elle était sous pression. Quant aux deux attentats de la Saint-Sylvestre, vous n’avez rien.

 

Rien ne permet de valider vos archives, c’est du « vol » !

 

Quant à Ali AL ISSAWI dit le « fantôme », il a été entendu en 2001 par les services secrets jordaniens mais aucun nom, aucune signature ne figure sur le procès-verbal. Quel droit peut autoriser des rapports d’audition non signés par l’intéressé lui-même ? L’identité et la signature de l’auteur n’y sont même pas apposées. Ce droit est différent. Il est soi-disant entendu avec RIOU et BRUGUIERE à côté mais eux-mêmes ne l’ont pas vu. Ils ne sont pas certains que la personne interrogée était bien Ali AL ISSAWI. D’ailleurs, je n’ai pas compris pourquoi le juge BRUGUIERE a dit qu’il ne pouvait, ni n’avait le droit de voir son visage. Par ailleurs, chacun sait qu’une audition s’accompagne de prélèvement d’échantillons ADN. En l’occurrence, il a seulement été interrogé. C’est vrai qu’un fantôme n’a pas d’ADN.

 

« Le fantôme » ne se décrit pas comme un membre de l’organisation CARLOS. Au début, le procès-verbal est rédigé au style direct puis on passe au style indirect, c’est à n’y rien comprendre. Selon les archives, « il fallait faire le plus de dégâts possible ». L’explosion était calculée pour que les deux trains se croisent mais un des deux trains a eu du retard. Mais, selon AL ISSAWI, aucun croisement de train n’était prévu, faut-il le croire ? Son témoignage est-il plus fiable ?

 

L’acquittement de Johannes WEINRICH par le tribunal de Berlin en 2004 constitue le second « talon d’Achille » du dossier après les archives. Ce jugement d’acquittement ennuie beaucoup les autorités françaises. Contre des suppositions, des soupçons sans preuve ou avec des simulacres de preuves, les juges allemands sont restés indépendants et impartiaux. Les juges allemands ont fait du bon travail. En l’absence de fiabilité des documents, ils ont été capables de le condamner dans le dossier concernant l’attentat contre Maison de France à Berlin-Ouest et capable de l’acquitter pour d’autres faits.

 

Après le « virtuel », « l’indiciel » et la « nébuleuse artificielle », je passe au concret, aux données objectives et aux instructions entièrement conduites par Jean-Louis BRUGUIERE. Le dossier ne repose que sur une compilation de documents à charge effectuée par les services de la DST. Ce dossier est un « géant aux pieds d’argile » : sur les 82 volumes, seuls 4 volumes sont intéressants, pas plus. On est dans le virtuel et la faute incombe au juge BRUGUIERE qui n’a pas recherché les éléments concrets et objectifs.

 

Concernant l’attentat contre le « Capitole », dans le wagon, des places avaient été réservées pour des personnalités notamment une au nom de la sœur de M. FOURCADE. Selon un document des archives politiques françaises du 17 septembre 1992, Jacques CHIRAC devait prendre ce train, il devait être dans cette voiture mais, au dernier moment, il a pris un avion mis à sa disposition. D’ailleurs, le 14 juillet 2001, il dira avoir été victime d’une tentative d’attentat. Vous me direz en quoi la présence de M. CHIRAC dans le train innocenterait CARLOS ? Il est présumé innocent, nous n’avons pas à l’innocenter. C’est à l’accusation de faire la preuve de sa culpabilité. Mais quand l’accusation n’aime pas un argument, elle dit qu’il est grotesque.

 

Il évoque la piste de Jacques COMBRET qu’il ne considère pas comme une « digression ».

 

Jean-Louis BRUGUIERE a utilisé la « nébuleuse indicielle » avec des œillères. Il s’est fondé sur des éléments sans fiabilité. Sur chacun des autres attentats, il y avait d’autres axes de vérité possibles. J’ajoute que d’autres axes de vérité existaient, nous les trouvions dans les éléments franco-français.

 

Dans l’attentat contre le « Capitole », on ne veut pas entendre que la personne visée était Jacques CHIRAC.

 

Dans l’attentat de la rue Marbeuf, la piste des services syriens existe bel et bien. Deux membres du personnel diplomatique ont été expulsés le lendemain de l’explosion. Pour quel autre motif que leur implication dans l’attentat l’auraient-ils été ? Alors, on nous dira qu’il s’agit des « deux faces d’une même pièce » (cf. plaidoirie de Me SZPINER). Mais cette piste doit être envisagée. N’oublions pas la tentative d’attentat contre « Al Watan » du 19 décembre 1981. En outre, Jacques DI BONA a déclaré avoir eu des instructions pour ne pas faire d’investigations dans un autre sens.

 

Alors, que ces pistes n’atteignent pas l’accusation c’est une chose mais elles sont réelles.

 

Par ailleurs, il y a une identité d’explosifs pour la tentative d’attentat du 19 décembre 1981 et pour celui du 22 avril 1982. Dans l’attentat contre le « Capitole » et les deux attentats du 31 décembre 1983, on a retrouvé du semtex, de la tolite, de la nitroglycérine, composant de la dynamite. D’ailleurs, j’aurai appris que c’est également un composant de médicament.

Il n’y a aucune signature commune qui permette de relier les attentats quant aux circonstances de leur exécution. Ce ne sont que de simples supputations sur les systèmes de retardement, sur les dispositifs de mise à feu mais sans aucun constat objectif. Dans le Capitole, les explosifs devaient être cachés dans une valise Samsonite, soit la valise de « M. Tout-le-Monde », c’est le bagage standard.

Par contre, il y a une identité totale sur les explosifs et les dispositifs de mise à feu pour la tentative d’attentat du 19 décembre 1981 et l’attentat « réussi » du 22 avril 1982, c’est une signature commune. L’expulsion des diplomates pour préparation d’attentats en est la conséquence. Les archives franco-françaises ont disparu. Mais heureusement, il y a d’autres éléments. En effet, Haitham SAÏD, haut diplomate syrien, a effectué une demande de visa le 13 avril 1982 qui lui a été accordé le 17 avril. Il est reparti le 26 avril 1982.  Nous avons appris ces informations à la suite d’un rapport du Procureur de la République de Paris, M. REYNAULT au Procureur général, constituant la préface d’une biographie célèbre sur CARLOS. La défense a donc demandé que ce rapport soit versé au dossier, Jean-Louis BRUGUIERE ne versant que des éléments à charge. Dans son audition, M. REYNAULT a dit qu’il s’agissait d’une hypothèse qu’il  aurait dû indiquer au conditionnel.

Il s’agit donc d’un dossier virtuel uniquement à charge. Il faut établir la vérité. Vous ne pouvez pas laisser commettre une erreur pareille. Je fais comme vous, je suis des pistes, d’autres axes de vérité. Les « deux faces d’une même pièce » c’est facile comme raisonnement, cela n’engage à rien. Mais si CARLOS a agi pour le compte des services syriens, il faut des hommes : Johannes WEINRICH n’a pas garé la voiture, Christa FRÖHLICH n’a pas loué la voiture. Si aucune participation de ces personnes n’est avérée, qui aurait agi de concert avec CARLOS ? Mais j’ai compris, vous ne voulez pas considérer la piste syrienne.

Sur les attentats du 31 décembre 1983, vous avez essayé de ridiculiser les pistes de la défense. Un indicateur de la police française et mercenaire légal avait annoncé quatre semaines à l’avance la commission de plusieurs actions en France, contre une gare et un train, obligatoirement au départ de Marseille. Une gare et un train qui explosent à quinze minutes d’intervalle, ce n’est pas une coïncidence. Il aurait pu éviter les attentats. C’est aussi une invention grotesque de la défense ? L’inspecteur divisionnaire MUSCAT, dans un rapport du 10 décembre 1986, écrit « pourtant l’hypothèse de la commission de deux attentats dans un train et une gare, en même temps, quatre semaines avant leur commission demeure un fait extrêmement troublant ». Idem, lorsque M. RICHARDEAU indique que le GAL utilisait du TNT mais aussi du semtex composé à 90 % de tolite et pentrite. L’indicateur de la police sait de quoi il parle, il côtoie ces gens. Le juge d’instruction n’a pas voulu en entendre parler, il s’est focalisé sur les archives. Il a menti à la cour et vous le savez ! Quand il dit avoir fait toutes les vérifications auprès de la SNCF, c’est faux ! C’est moi qui ai fait la demande d’acte.

Il faut un ancrage dans le réel et le fiable et, au moins, avoir le mérite de sortir du virtuel.

Je conclurai en revenant une nouvelle fois sur l’acquittement de Johannes WEINRICH possible  grâce à une coopération entre les systèmes juridiques français et allemands. Pourquoi cet acquittement alors que tribunal de Berlin n’avait pas hésité à condamner Johannes WEINRICH pour l’attentat contre la Maison de France ? C’est le résultat d’investigations et de constatations personnelles. À la page 77 du jugement, je lis « les preuves, les documents ou les témoins qui pourraient démontrer une participation directe, comme auteur ou coauteur ou comme complice ne sont pas apparus comme des preuves suffisantes ». Les déclarations d’Ali AL ISSAWI n’avaient donc pas valeur de preuve. Son audition, pourtant antérieure, n’était pas exploitable, les notes de l’accusé ne contenaient pas d’indications sur sa participation à des attentats. Donc, les services de la DST lisent des informations que les services allemands ne lisent pas.

Cet acquittement grandit la défense, un peu trop sans doute. Les Avocats généraux dénigrent ce jugement et son caractère non définitif qui ne sera jamais remis en cause. C’est la conclusion à laquelle j’ai abouti. Mais à force de lâcher du lest, vous risquez de voir la condamnation après laquelle vous courrez s’envoler car nous, nous ne lâchons rien. Ce jugement d’acquittement, il existe. C’est après les archives le deuxième « talon d’Achille » de l’accusation. La défense grandit cet acquittement mais pas pour vous donner une injonction.

Ce jugement n’a qu’un seul intérêt véritable : à propos de faits meurtriers et sanglants, la justice d’un pays civilisé et démocratique a été capable, sans provoquer aucun scandale, de prononcer un acquittement dans la sérénité d’un dossier trop virtuel, trop indiciel.

Mais nous ne sommes pas en Allemagne, nous sommes prompts au scandale. Quel scandale provoquerez-vous ? Car votre décision capitale, quelle qu’elle soit, sera scandaleuse. Si vous condamnez, ce sera une condamnation sans témoin, sans preuve classique, sans fiabilité judiciaire, un scandale minimal car ne provoquant pas d’émoi dans la population.

Si vous acquittez, c’est un scandale dans l’opinion, le café du commerce, la classe politique… Et alors ? Vous n’êtes pas l’opinion, mieux, vous êtes une cour d’assises spécialement composée, avec une sérénité face aux preuves que l’on vous montre, face aux provocations de CARLOS, capable en vérité de répondre à des questions primordiales.

Peut-on fonder une condamnation sur des éléments uniquement indiciels, des preuves reconstituées par collage alors que les pays de l’Est vous disent que cela exige une autre rigueur ? Vous devez respecter les principes que vous avez appris à l’ENM. En qualité de magistrats professionnels, vous devez rejeter les méthodes de votre homologue qui a rejeté toutes nos demandes d’actes.

Si vous acquittez, ce sera un scandale car CARLOS sera déçu, face à son dossier « bidonné », donnez-lui tort ! Portez haut la dignité de la magistrature. Donnez une leçon au juge BRUGUIERE !

Puis, il cite une note diplomatique à l’encontre de J. F. RICARD issue des révélations du site Wikileaks.

Vous avez une occasion unique et spectaculaire, vous n’en aurez pas d’autre. En fracassant ce dossier indiciel, au nom d’une certaine idée de la justice, un jury populaire en serait incapable mais pas vous. Osez, osez acquitter CARLOS !

 

Plaidoirie de Me BOZONET, avocat suisse d’Ilich RAMIREZ SANCHEZ.

M. le Président, Mesdames et Messieurs de la Cour, Messieurs les Avocats généraux, mes confrères ont déjà démontré que ces documents et la valeur des procès-verbaux des services secrets suisses qu’on essaye d’utiliser dans ce procès sont sans valeur. A mon tour, j’aimerais expliquer ce que je pense des documents des services secrets suisses.

Dans le dossier d’Ilich RAMIREZ SANCHEZ, on trouve une commission rogatoire du 30 septembre 1994 selon laquelle il veut entendre Marina Berta KOHNER comme témoin dans l’attentat contre le « Capitole ». Cela signifie que la France a voulu qu’elle soit témoin alors qu’elle était prévenue en Suisse, avec le droit de se taire. Nous constatons qu’elle a presque toujours refusé de répondre. La Suisse doit refuser la demande de la France, ai-je dit au Procureur général. J’ai dit que je voulais être présent. C’était très clair, l’article 21 de notre Code de procédure pénale dispose que la personne poursuivie peut se faire assister d’un mandataire tout comme les témoins.

Le 19 octobre 1994, les juges Carla DEL PONTE et BRUGUIERE ont procédé à son audition, ils étaient présents avec elle et un policier. On a demandé à ce que le policier sorte. Jean-Louis BRUGUIERE lui a dit que, si elle continuait de se taire, il ferait délivrer un mandat d’arrêt international qui l’empêcherait de poursuivre ses activités à la Croix-Rouge (déplacements internationaux).

L’audition a duré 30 minutes mais je ne trouve pas de trace de cette audition dans le dossier. J’ai protesté contre les deux, j’ai envoyé une lettre. La presse s’est fait l’écho de ces pressions commises contre une ressortissante suisse.

M. BRUGUIERE n’a pas seulement menacé Mme KOPP mais aussi un autre témoin. Il faut savoir sous quelles conditions M. BRUGUIERE a obtenu ces informations : j’étais exclu, je ne pouvais pas poser de questions ce qui va à l’encontre des droits de la défense consacrés par la Convention Européenne des Droits de l’Homme.

 

Le 19 juin 2000, un non-lieu est rendu à son encontre faute d’indice avec une justification sensiblement équivalente à celle prononcée dans l’affaire Johannes WEINRICH.

En Suisse, nous avons eu des rapports des services secrets comme dans le dossier Ilich RAMIREZ SANCHEZ. En suisse, nous avons eu des documents des services hongrois mais ils n’ont pas été considérés comme étant valables.

M. BRUGUIERE a menacé Magdalena KOPP mais aussi Marina Berta KOHNER. C’est inadmissible qu’un juge d’instruction soit obligé de violer la loi pour obtenir sa vérité. Par conséquent, Ilich RAMIREZ SANCHEZ n’a pas pu poser de questions aux témoins suisses.

Finalement, je sais bien que les lois en France et en Suisse sont différentes mais il y a un point commun : il est interdit de condamner une personne sans preuve ni indices.

Les idées politiques et la personnalité de l’accusé peuvent remplacer les preuves mais ce n’est pas le cas. Il s’agit d’un cas politique.

L’audience est suspendue à 20 h 15.

Lundi 12 décembre – 24ème journée

2è JOURNÉE CONSACRÉE AUX PLAIDOIERIES DES PARTIES CIVILES

Me Jacques MIQUEL 

Plaidoirie peu audible.

CARLOS se présente comme un révolutionnaire, comme un prisonnier de guerre. Il a été en guerre avec la France. Lors d’une précédente audience, je suis intervenu et  j’avais qualifié CARLOS de tueur professionnel et de mercenaire. Je le confirme et j’ajoute qu’il était dépendant d’un certain nombre de soutiens étatiques.

Questionné par vous, M. le Président, il avait répondu : « Je n’ai jamais dit que je n’avais rien avoir avec l’attentat de la rue Marbeuf ».

Il n’assume pas sa responsabilité et n’exprime aucun regret.

Quant aux victimes, il estime qu’« elles ont payé le prix de son engagement révolutionnaire ».

Il a reconnu son implication dans les faits criminels suivants :

Dans l’attentat contre chantier de la centrale nucléaire de Creys-Maleville.

Dans l’attentat de la Maison de France à Berlin, il reconnait qu’il est l’instigateur de cet attentat. On se demande s’il le reconnaît car ce fait est prescrit.

Intervention de CARLOS : vous mentez !

Le préfet GRIMAUD se souvient de cette lettre de menace signée « CARLOS ».

CARLOS était en contact avec tous les groupes terroristes : l’ETA, l’IRA…

Il conteste aujourd’hui les archives de ses anciens amis, collaborateurs de la Stasi.

J’ajoute que plusieurs membres du groupe l’ont critiqué, aussi bien KOPP qu’AL ISSAWI.

Face à l’inhumanité des terroristes, les victimes de ces faits sont des victimes à perpétuité.

Comme la Cour l’a constaté CARLOS a versé des larmes sur ses camarades massacrés lors des événements de Septembre Noir mais n’en a réservé aucune pour les victimes ; il n’a exprimé aucun regret.

Aucun terroriste n’a le droit de faire des victimes collatérales.

Je dis Non au terrorisme ! Non aux victimes collatérales et non à l’irresponsabilité de CARLOS.

Me Constance DEBRE

Avocate de l’association « les Familles du DC-10 d’UTA ».

Qui juge-t-on ?

L’enjeu du procès est plus à chercher du côté des victimes que de l’accusation ; pour les victimes ce procès est essentiel indépendamment du verdict. Ce procès est déjà une satisfaction, une consolation. Les victimes attendent que la Cour applique les règles de droit. Sans les victimes, il ne reste plus rien, il n’y a plus de CARLOS. Sans les victimes, CARLOS serait resté Ilich RAMIREZ SANCHEZ.

ll est primordial que les victimes soient représentées.

La création des associations pour les victimes comme SOS Attentats et DC-10 d’UTA, ont permis beaucoup d’avancées dans ce domaine.

Ce procès est une victoire pour la France, car le terrorisme atteint l’Etat.

De ces 5 semaines de débats, je dirais deux mots :

Les preuves, notamment les archives des pays de l’Est appelées photocopies de photocopies de photographies par l’accusation sont valables.

Même si la défense utilise comme argument le jugement du tribunal de Berlin de 2004 ayant acquitté WEINRICH, la Cour d’assises reste souveraine et ne saurait être liée par la décision des juges allemands. Il faut également s’intéresser au jugement du tribunal de Berlin de 2000 dans lequel les archives de ces pays ont été déclarées recevables par ce tribunal.

La question qui se pose à la Cour est la suivante : ces documents des archives de l’Est sont-ils convaincants ?

Au fil des audiences, la  thèse de manipulation des archives ne tient pas, les preuves sont accablantes au vu du carnet de WEINRICH et des perquisitions.

Quant à CARLOS, il a beaucoup parlé, mais n’a rien dit !

CARLOS est procédurier, à cheval sur les principes. C’est un homme qui ne supporte pas la contradiction.

Me DEBRE s’adressant à CARLOS : « il y a un consensus pour dire que vous êtes un homme intelligent, mais vous avez fait une erreur s’agissant de votre défense. Au vu de votre orgueil, vous ne pouvez vous dire innocent ».

Votre attitude sera comptée et vous en paierez le prix peut-être pas maintenant au moment du verdict, mais au moment où se posera la question de votre libération conditionnelle.

Elle observe une attitude d’arrogance de ce dernier  à l’égard de la Cour, des avocats généraux, des parties civiles.

Ces victimes ne sont pas des dommages collatéraux résultant des agissements de CARLOS mais sont au cœur de son projet car sans victimes pas de risque.

La Justice ne répare rien mais apaise. Sa condamnation ne sera pas vaine et justice sera rendue.

 

Me de Manheuile, avocate de M. David B., victime de l’attentat du « Capitole », 29 mars 1982.

Plaidoirie peu audible.

Âgé de 5 ans au moment des faits, il avait un souvenir très précis de cet événement tragique. Je veux parler de la construction d’une vie suite à des événements tragiques.

Au fil des semaines, on attendait un premier pas de CARLOS car les parties civiles attendent des réponses.

On observe un décalage entre l’ancienneté des faits et l’ancrage de ces événements dans la psychologie des parties civiles.

Mon client voulait mettre un visage sur ces événements.

Mon client n’est pas meurtri dans sa chair, mais nous savons que les blessures psychologiques sont plus difficiles à réparer, à soigner. Il n’a pas compris comment un homme pouvait tuer aveuglément des innocents en déposant une bombe. À chaque date d’anniversaire, il se remémore ces faits et n’a jamais pu aborder sereinement les fêtes de fin d’année.

Me FELLY, avocat de Mme B., mère de David, victime de l’attentat du « Capitole », 29 mars 1982.

Plaidoirie peu audible.

Certaines victimes se remettent d’un tel événement et d’autres pas. C’est le cas de ma cliente.

Me Frédérique LENDRES, avocate de Mme Andrée C., veuve, Mme   C. fille de M. CALIN décédé et M. Julien R., son petit fils, victimes de l’attentat du « Capitole » le 29 mars 1982.

« Je me présente devant vous dans l’intérêt de la famille CALIN afin de tenter d’être le porte-parole le plus fidèle possible de leurs ressentis, douleurs et souffrances, toujours si vifs même 30 ans après.

 

Vous vous souviendrez certainement Mesdames et Messieurs de la Cour les descriptions terribles données par les enquêteurs, puis par le médecin légiste aux 1ers jours de ce procès.

 

Et surtout, de l’évocation du cadavre atrocement mutilé retrouvé dans la voiture nº 18 à l’entrée du second compartiment.

 

Ce corps dont le médecin légiste dira :

 

« Les lésions traumatiques étaient à ce point importantes que, selon les experts commis afin de procéder à l’autopsie, elles échappaient à toutes descriptions précises et ne pouvaient qu’être résumées au niveau des diverses régions anatomiques »…

 

(NDLR : nous avons choisi de ne pas reproduire les rapports d’autopsie).

 

Ce corps était celui de Monsieur Jean-Pierre CALIN qui voyageait dans ce train maudit en compagnie de son épouse et de son petit-fils, âgé de 10 mois.

Quelques minutes à peine avant l’explosion ils se trouvaient tous trois dans le 2e compartiment de la voiture nº 18.

 

Le bébé s’étant soudainement mis à pleurer fortement, la grand-mère avait décidé de le bercer en le promenant dans le couloir afin qu’il se rendorme.

 

C’est ce qui leur sauvera la vie.

 

La famille CALIN s’en retournait à BRIVE après avoir passé le week-end chez leur fille à Cachan. C’était un voyage décidé à la dernière minute, non préparé.

 

Leur fille avait tant insisté qu’ils étaient venus passer ces deux jours chez elle. Ils s’en retournaient par le train de 18 h, sans réservation.

 

Ce fut compliqué pour eux de trouver 3 places libres dans ce train complet.

(Période des vacances de Pâques, cible idéale que ce train bondé pour des terroristes avides de faire le plus grand nombre de victimes),

 

Ils durent sur le quai remonter tout le train avant de parvenir enfin à trouver 3 places libres dans la voiture nº 18.

 

Madame Marie-Françoise C. s’en est alors simplement retournée chez elle avec son époux et a débuté alors une soirée normale.

 

Jusqu’au flash terrible des informations de 22 h qui annonce : « attentat dans le train « le Capitole », des morts et des blessés dans le 2e wagon.

 

Vont s’ensuivre plusieurs heures d’angoisses terribles pour cette maman qui ne parviendra que beaucoup plus tard à savoir que sa mère et son bébé de 10 mois sont hospitalisés au CHU de LIMOGES, sans obtenir toutefois une quelconque précision sur leur état de santé.

 

Rien sur son père…

Ils partent alors en voiture en pleine nuit pour se rendre au plus tôt au CHU de LIMOGES et savoir enfin…

 

C’est, une fois arrivés, un premier sentiment de soulagement en retrouvant son bébé et sa maman vivants, mais aussi un sentiment d’effroi en les voyant tous deux criblés, couverts de sang et de blessures. Images qui resteront longtemps gravées dans sa mémoire.

 

Et puis, de nouveau des heures d’attente angoissantes, douloureuses, avant d’avoir des informations sur le papa.

 

La terrible nouvelle ne tombera que le lendemain à 11 h 30, Monsieur Jean-Pierre CALIN est décédé.

 

L’identification de son corps à cette époque a été compliquée. Il n’avait plus de visage, plus de tête, pratiquement plus rien sur le haut du corps, un membre inférieur était lui aussi très abîmé.

 

Ce corps effroyablement mutilé ne pouvait être présenté à son épouse ou à sa fille pour une identification.

 

Ce n’est que grâce à une précision vestimentaire (Monsieur CALIN était frileux et avait l’habitude de porter des caleçons longs pour se protéger du froid), donnée par son épouse et sa fille qu’une identification formelle a pu être faite.

 

Monsieur Jean-Pierre CALIN était âgé de 62 ans.

 

Il était un artisan horloger bijoutier à l’ancienne et tenait une petite boutique dans le Centre de Brive, grâce à laquelle il faisait vivre toute sa famille : son épouse qui ne travaillait pas, mais également sa fille et son gendre, tous deux en formation en banlieue parisienne.

 

Il adorait sa fille et son petit-fils qu’il appelait son « petit rayon de soleil ». C’était un homme discret, chaleureux, un chic type comme disaient ses amis. Le jour de son enterrement, l’église ne pouvait contenir tout le monde et 4 registres ont été remplis des témoignages de ses amis.

 

Madame Andrée C., sa veuve, est âgée de 89 ans aujourd’hui.

 

Elle vit depuis 2 ans en maison de retraite médicalisée, seule solution pour qu’elle se sente en sécurité et apaisée. Avec le temps, les angoisses se sont exacerbées à un point tel que cela a entraîné pour cette vieille dame une perte d’autonomie complète. D’autant que cette dame se trouve également atteinte aujourd’hui d’une surdité totale et se déplace en fauteuil roulant.

 

Monsieur Julien R., âgé de 30 ans.

 

Homme marié et désormais père à son tour de 2 enfants de 3 ans et 2 mois.

Selon les dires de sa mère, c’est un jeune homme qui a eu du mal à se trouver, qui a eu une scolarité quelque peu chaotique et qui avait tendance à s’occuper de tout le monde sauf de lui-même.

 

Jusqu’à ce qu’il trouve sa voie, sa vocation et devienne gendarme, portant à son tour secours aux autres (peut-être cette vocation n’est-elle pas si étrangère au drame subi alors par la famille…).

 

Madame Marie-Françoise C., épouse R. est âgée de 62 ans

 

Après le décès si brutal de son père, elle s’est chargée d’assurer l’équilibre affectif et financier de toute la famille et n’a eu de cesse de s’y atteler jusqu’à aujourd’hui encore, notamment pour parvenir à financer la maison médicalisée de sa mère, Madame Andrée C.

 

Je rappellerai en effet que Andrée C., âgée de 60 ans au moment des faits n’avait jamais travaillé avant le décès de son époux, ne bénéficie aujourd’hui que d’une modique retraite insuffisante pour couvrir les frais de son accueil en maison de retraite. C’est donc sur sa fille, Marie-Françoise que repose cette charge.

 

Mais surtout, la plus grande douleur supportée par Marie-Françoise est le poids de cette culpabilité qu’elle porte de façon insensée depuis 30 ans. Madame Marie-Françoise C. se sent responsable de la mort de son père pour la seule et unique raison qu’elle avait à l’époque terriblement insisté auprès de ses parents pour qu’ils viennent passer ce week-end à Paris.

 

Il est temps qu’elle soit libérée de cette responsabilité qui ne lui appartient pas.

 

Enfin, il est bien triste et regrettable pour les victimes de constater qu’aujourd’hui encore, devant ses victimes, devant ses juges, l’accusé n’ait pas suffisamment de grandeur d’être, de grandeur d’âme pour assumer ce qu’il est et ce qu’il a fait.

J’espère très sincèrement qu’un jour peut-être proche,

Pour ses victimes,

Pour lui

Et peut-être aussi pour cette Histoire qu’il a si souvent évoquée durant ces débats il deviendra enfin un être responsable ».

 

Me BERTIN

Avocat de la SNCF pour 3 attentats : « le Capitole » le 29 mars 1982, Le TGV à Tain l’Hermitage et la gare Saint-Charles, à Marseille, le 31 décembre 1983.

J’ai un sentiment au bout de 5 semaines d’audience d’une double déception car l’accusé n’a jamais eu un mot pour les victimes. Il n’a pas exprimé de regrets et qualifiait de manière choquante de dommages collatéraux, les victimes.

L’autre déception est son comportement ; il est intelligent, il ne nie pas les faits, ne les reconnaît pas non plus. Il joue à l’égard des victimes c’est scandaleux ! Il est tout seul, au début la salle était pleine, après 3-4 jours, il n’y avait plus personne. SANCHEZ n’intéresse plus personne.

Il se présente comme un révolutionnaire depuis l’âge de 14 ans alors qu’il vivait entouré de gardes du corps

Je représente la seule personne morale dans ce procès, la SNCF.

La SNCF est partie civile dans ce procès pour être aux côtés des victimes, elle l’avait déjà été auprès des victimes des attentats de 1995 à St Michel. Ce sont des victimes totalement innocentes !

La SNCF souhaite que justice soit faite. Ses employés sont des hommes et des femmes qui travaillent dans des trains, des gares et qui veulent être à l’abri des attentats.

Je voudrais insister sur cette volonté de tuer de la part de RAMIREZ SANCHEZ, il a posé ces bombes avec la force et la volonté de tuer un maximum de personnes.

On retrouve cette volonté de tuer dans le constat des dommages matériels de ces faits et des morceaux de corps déchiquetés jusqu’à 400 mètres.

Autre exemple de la force de la déflagration, dans l’attentat commis à la gare Saint Charles, une dalle de béton a été percée suite à l’explosion.

Par ailleurs, il y aurait pu avoir 2 TGV qui se croisent. Il ne restait plus rien de la salle des consignes.

J’aurais aimé que CARLOS assume ces faits ! Si on reprend le mobile de l’attentat de 1982, on ne note aucune idéologie révolutionnaire, ce dernier voulait uniquement faire libérer sa femme.

On n’a pas de révolutionnaire en face de nous aujourd’hui !

Me BERTIN insiste sur le fait que le soir du 31 décembre 1983,  des innocents prenaient le train pour réveillonner, pour fêter la fin de l’année et le début de l’autre, c’est un des plus grands moments de joie qui soit.

CARLOS veut qu’on se souvienne de Baalbek, là c’est le révolutionnaire qui parle dans la lettre et non l’amoureux transi !

S’adressant à CARLOS : avouez-le ! Ayez au moins ce courage vous aurez votre photo dans la presse, votre moment de gloire !

CARLOS : amenez les preuves !

Me BERTIN : lors de l’audience du 24 novembre 2011 vous avez déclaré que le « groupe CARLOS » est à l’origine des attentats.

En ce qui concerne le message du 31 décembre 1983 adressé au peuple français, le 17 novembre 2011 par orgueil ou par volonté de provoquer, vous assumiez « je suis le 1er membre étranger du FPLP » et précisiez que c’était vous qui aviez rédigé la partie française de ce message. C’est votre écriture et cette lettre existe.

Des sonorisations attestent vos propos : « je suis prêt à tuer des innocents ».

Devant une Cour d’assises, l’intime conviction suffit selon les termes de Me RIPERT. Or, nous savons qu’en l’espèce c’est une absolue certitude que CARLOS et ses complices sont coupables des trois attentats et assassinats commis entre 1982 et 1983.

CARLOS intervient : WEINRICH aussi alors !

Vendredi 9 décembre – 23ème journée

L’audience reprend à 9h50.

Le Président : Me SZPINER a adressé un courrier à la Cour pour préciser l’ordre de passage des parties civiles qu’il représente. Il propose de suivre cet ordre chronologique.

Maître Farah TOUAMI, excuse l’absence de Mme R. grièvement blessée dans l’attentat d du TGV, à Tain-l’Hermitage, qui depuis quelques jours est en état de choc et ne peut venir témoigner.

Audition des parties civiles

Une cinquantaine de personnes se sont constituées partie civile dans les 4 attentats

1 – Attentat du « Capitole », 29 mars 1982, 5 morts, 28 blessés

5 personnes sont personnes décédées :

M. Jean-Pierre CALIN

M. Jacques COMBRET

Mme Marie-Claire FOURCADE, épouse BARDON

Mme Marie-Louise NALLET, épouse SAINVILLE HERMINE

M. Bernard NOVELLE

 

Audition de Pierre B. blessé

Le Président : pouvez-vous nous décrire les faits et leurs conséquences sur votre vie ?

Réponse : né en 1943, j’avais 39 ans à l’époque des faits. Depuis 6 ans, j’étais chargé de mission à l’Office national « bétail et viandes » de Limoges. J’étais donc été amené à prendre souvent ce train et, ce soir-là, j’espérais prendre celui de 18 h. Je voulais prendre le wagon de tête, seul « sans réservation ». Je suis donc passé devant le premier compartiment déjà occupé par 5 personnes.

Le second compartiment n’était occupé que par deux dames assises face à face, côté couloir ; j’ai entendu le mari de la dame âgée Mme NALLET qui les avait escortées jusqu’au wagon, reprocher à sa fille, Mme VEYRIRAS de n’avoir pas fait de réservation.

J’ai remarqué une place inoccupée en déposant mon attaché-case, avant d’aller acheter un journal.

à mon retour, un quatrième passager, Mr NOVELLE s’était installé à côté de Mme NALLET.

Je me suis installé sens de la marche et contre la fenêtre. Mon voisin et moi-même avons travaillé et lu. D’ailleurs, le journal mentionnait l’ultimatum lancé par le groupe CARLOS  et la protection rapprochée de MITTERRAND et DEFFERRE. Puis, j’ai entendu un bruit inouï et été brutalement frappé à la tête. Le noir était total et l’atmosphère n’était que fumée et poussière.

Je me suis retrouvé écrasé, projeté au sol, mais, heureusement coincé, car ma tête surplombait le vide. Quand le train s’est enfin arrêté, après plus d’une minute, j’ai cherché à me dégager. J’ai entendu une voix, celle de ma voisine qui me priait de ne pas lui marcher dessus. Je suis sorti dans le couloir, il y avait un silence total. Alors que je tentais de rejoindre la queue du wagon, j’ai vu une lueur dans le wagon suivant. J’ai ouvert le sas. Les passagers ont pris peur en voyant ma chemise ensanglantée. Tous pensaient que venait de se produire un incident technique. Mais, comme le train n’avait ni vacillé… ni déraillé, j’ai compris qu’il s’agissait d’un attentat. Les secours ont mis du temps à venir, le lieu n’étant pas facile d’accès. Les enquêteurs ont d’abord pensé à un accident puisque la pentrite ne laissait pas de trace. Mais, ils se sont rapidement ralliés à la thèse de l’attentat. Pendant ma convalescence, j’ai appris l’identité des personnes de mon compartiment citées auparavant.

Dans le premier compartiment, il y avait donc 5 occupants :

- un couple de retraités de Brive Mr et Mme CALIN et leur jeune petit-fils, Julien REDON

- M. COMBRET

- Mme BARDON, née FOURCADE.

C’était une personne remarquable et estimée,  directrice d’assistantes sociales qui laissait, derrière elle, quatre enfants adolescents à son mari, président d’une coopérative d’éleveurs et que j’appréciais beaucoup. Je sais qu’il a perdu son exploitation après l’attentat, mais je ne sais pas comment il a pu élever ses enfants.

L’explosion de l’engin placé dans la soute a entraîné :

- dans le 1er compartiment la mort instantanée des occupants présents:

M. CALIN, projeté dans le couloir, Mme BARDON, M. COMBRET projetés sur la voie.

Mme CALIN et son petit-fils n’étaient alors heureusement pas dans le wagon.

- dans le 2ème compartiment  la mort instantanée de M. NOVELLE au regard bleu et Mme NALLET, ces deux personnes étant adossées à la paroi explosée.

Ma voisine, Marie-Louise NALLET épouse SAINVILLE HERMINE est décédée, sa tête est tombée sur les genoux de sa fille… Mme VEYRIRAS, âgée de 36 ans, protégée par le corps de sa mère s’est sans doute sentie responsable de n’avoir pas fait de réservation. Elle a fait une dépression. Puis, elle a divorcé, perdu son commerce et depuis l’arrêt de 2008 où elle était partie civile j’ai appris par Mme RUDETZKI qu’elle était décédée. C’est tragique.

J’ai eu beaucoup de chance, j’aurais pu être projeté comme Mme BARDON. Mes blessures étaient superficielles, c’est surtout mon œil qui a été abimé. Aujourd’hui, j’ai toujours une appréhension quand je prends le train.

Question du Président : on va détailler vos blessures.

Réponse : j’ai eu un traumatisme crânien, le nez cassé, un écrasement de la cornée, une opacité du cristallin et une désinsertion de l’iris, une atteinte à l’oreille interne qui m’a valu des étourdissements, des pertes d’équilibre et une acuité auditive diminuée. J’ai eu des cauchemars pendant quelques mois et une appréhension à reprendre le train. J’ai été arrêté du 2 au 12 avril 1982.

Question du Président : la Sécurité sociale vous a octroyé une indemnité à 10 %. Réponse : oui, mais elle a été réduite à 7%.

Question du Président : est-ce que vous avez toujours des séquelles ?

Réponse : j’ai dû abandonner certains sports comme la plongée. Je me considère comme un blessé relativement léger. Je ne sais pas si vous m’autorisez à rendre un hommage à Mme RUDETZKI qui a eu le mérite de créer l’association « SOS Attentats ».

Question du Président : vous avez expliqué avoir des cauchemars. Avez-vous eu une assistance psychologique à l’époque ? Réponse : non, je ne suis toujours pas tranquille lorsque je prends les transports en commun. Mais, j’ai eu de la chance, je n’ai pas subi la perte de quelqu’un de proche. J’ai même pu continuer mon travail après cela.

Vous vous dites « cela aurait pu être bien pire », résume le Président.

Réponse : nécessairement. Il faut que les victimes soient accompagnées autrement que par la Sécurité sociale. Je remercie Me SZPINER et Mme RUDETZKI grâce à qui le dispositif légal en matière de terrorisme a pu voir le jour.   Question de Pierre B. : est-ce que je peux vous faire part de mon sentiment sur le procès actuel ?

Le Président : allez-y. Vous pouvez parler librement, la Cour vous écoute.

Réponse : je suis venu trois jours pour suivre les débats concernant la rue Marbeuf. Les débats politico-stratégiques m’ont passionné. Mais, j’ai été choqué par l’attitude de l’accusé qui n’a montré qu’indifférence vis-à-vis des personnes pulvérisées.

J’ai toujours été opposé à la peine de mort, c’est dans mes gènes ; toutefois les dispositions légales de remises de peines et de confusion de la peine actuellement purgée par Ilich RAMIREZ SANCHEZ, avec une éventuelle condamnation  prononcée en fin de ce procès, pourrait aboutir à  son élargissement d’ici quelques années et l’idée qu’il coule une retraite paisible au Vénézuéla, me choque profondément.

Je pense souvent aux gens qui ont été tués dans des attentats en France ou ailleurs.

Me COUTANT-PEYRE indique qu’elle aimerait que les parties civiles ne jouent pas le rôle de l’accusation.

Me SZPINER lui répond fermement : « maintenant ça suffit ! Les parties s’expriment librement ! Vous êtes indécente et obscène ».

CARLOS veut formuler une observation : les gens ont été blessés mais il fallait voir ce qui se passait au Moyen-Orient. Par rapport à ces gens-là, les Français n’ont rien. Le pire ce sont ceux qui exploitent la souffrance des ces personnes et s’en mettent plein les poches.

Françoise RUDETZKI n’a pas le droit d’être partie civile.

Le Président lui répond qu’elle est assise sur les bancs du public.

 

- Audition de Daniel M. blessé

Le Président : pouvez-vous nous décrire les faits et leurs conséquences sur votre vie ?

Réponse : j’avais 45 ans à l’époque des faits. En 1982, je travaillais à l’Agence Spatiale européenne comme spécialiste en intégration, essais et lancement de satellites. Je m’occupais du lancement de satellites et j’étais chargé du support aux projets de l’Agence pour les études systèmes, la définition et le suivi des différentes phases des projets satellites jusqu’au lancement pour les télécommunications et l’observation de la terre.

Le 29 mars 1982, je suis parti d’Amsterdam pour me rendre à Toulouse via Paris pour discuter de différents contrats avec la société Matra. A Paris, je n’ai pas pu prendre l’avion en raison d’une grève à Air Inter, la compagnie m’avait alors réservé une place dans un train. Je me suis renseigné à la gare, on m’a indiqué que j’avais une place réservée dans la voiture 18 du « Capitole ». Après quelques hésitations, je me suis installé dans le deuxième compartiment près de la porte coulissante en verre, dos à la marche. Vers 20 h30, je me suis levé pour boire un café au bar, une violente explosion se produisit et me projetta à l’autre bout du compartiment. J’ai vu un flash lumineux et des morceaux de verre qui brillaient.

J’ai perdu connaissance. À mon réveil il me semble entendre les freins du train, j’ai du sang sur moi, j’ai mal au côté droit et à la poitrine. J’ai été marqué par les flammèches qui tombaient du plafond et qui brûlaient ma peau. Avec mon bras droit je tâte mon bras gauche. Je n’avais plus mon blouson et ma chemise était déchirée. J’ai entendu crier dans le wagon d’à côté le plus touché par l’explosion. Je me suis déplacé avec une autre femme qui est assise immobile avec une personne sans tête sur ses genoux couverte de sang, mais devant le sang, les cris, les morceaux de chair, je n’ai pas eu le courage de faire quelque chose. Là, on m’a dit d’attendre au fond du wagon. C’était les pompiers, ils nous transportent au CHU de Limoges. J’y suis resté 3 jours.

J’avais une côte fracturée, un traumatisme cranofacial léger avec des plaies superficielles, un traumatisme du flanc droit, de la hanche droite, des ecchymoses et hématomes au coude et au bras, une plaie au doigt gauche avec section du tendon extérieur et de multiples morceaux de verre sur le corps. Ma femme a été prévenue par ma société. Après, nous sommes repartis en Hollande.

J’ai repris le travail le 25 mai 1982. En décembre 1982 et mars 1983, des morceaux de verre m’ont été retirés mais il m’en reste encore.

Par la suite, je suis parti en Hollande, je n’ai plus eu trop de nouvelles…

Question du Président : un certificat du 30 mars 1982 fait état d’une ITT inférieure à 3 mois. Puis, elle a été établie à deux mois. Vous étiez consolidé le 4 juillet 1983. Avez-vous subi un préjudice d’agrément ? Avez-vous pu poursuivre vos activités ?

Réponse : je n’ai plus pu prendre le train. Si jamais je dois le prendre, je prends une place dans le dernier wagon et je me tiens éloigné de la soute à bagages. Quand je prends le métro, c’est la même chose, je ne suis pas tranquille, je regarde sous les sièges et j’examine les gens qui m’entourent. Cette nuit voyez-vous je n’ai dormi que deux ou trois heures mais j’ai beaucoup réfléchi.

Me SZPINER : qu’est ce que vous attendez de ce procès ?

Réponse : dans l’attentat du « Capitole », Ilich RAMIREZ SANCHEZ est présumé coupable, enfin présumé innocent. Je fais confiance à la justice démocratique pour reconnaître l’innocence ou la culpabilité d’Ilich RAMIREZ SANCHEZ.

Me COUTANT PEYRE faisant allusion au lapsus de la partie civile : merci Monsieur, c’est formidable.

Audition de Jean-Pierre B. blessé

Le Président : pouvez-vous nous décrire les faits et leurs conséquences sur votre vie ?

Réponse : M. le Président, à l’époque des faits j’étais en déplacement professionnel pour mon entreprise EDF, Direction de l’équipement, je me rendais à Brive-la-Gaillarde puis à Argentat pour la construction d’un barrage sur la Dordogne et, en qualité de géologue en génie civile, je prenais ce train quasiment toutes les semaines.

J’étais dans le wagon 21, à 6 ou 7 mètres de la bombe. Je ne me souviens de rien de la scène puisque je me suis réveillé, après 3 jours de coma, au CHU de Limoges. J’étais polytraumatisé et aveugle. Dans les deux années qui ont suivi, j’ai subi de nombreuses opérations.

Dans les six premiers mois, le problème a été de soigner la gangrène de ma jambe. Au départ, il a été question d’amputer mon pied. Mais si je n’avais plus eu mon pied, j’aurais dû arrêter mon métier de géologue, mais je ne pouvais pas m’y résoudre, mon travail impliquait de marcher, je devais récupérer. Mais j’ai été suivi par le Dr BEZE. Il fallait reconstruire la chair. Mais, pour cela, il fallait d’abord enlever la chair nécrosée petit à petit. Après de nombreuses semaines, la chair a été reconstruite et la plaie du pied refermée. Mais, tous les os étaient brochés.

Je garde encore aujourd’hui des morceaux de verre dans le corps. Puis, j’ai repris mon travail à mi-temps. Mais comme j’avais subi un blast des deux yeux, la moindre lumière m’éblouissait. J’ai été opéré par le Pr MIGNON qui a effectué une greffe de cornée. Aujourd’hui, mes yeux sont sensibles, je suis fréquemment sujet à du glaucome. Toutefois, au-delà de l’opération du pied et de l’œil, j’ai pu reprendre mon activité avec des drains dans mes chaussettes.

Aux dires des médecins, « je suis un miraculé »

J’ai été consolidé deux ans après l’attentat. Si mon ITT était au début à 42 %, elle s’élève aujourd’hui à 62 %.

J’ai vu mon visage trois jours après, j’étais méconnaissable même si j’ai eu la chance de ne pas « recevoir de parties métalliques ».

Sans l’immense soutien de ma famille, de mes amis et de mon entreprise dans la continuité partielle de mon travail, je n’aurais sans doute pas pu surmonter toutes les difficultés de la vie qui surgissent par la suite, conséquences des blessures physiques et morales.

Si j’ai survécu, aussi, c’est grâce aux secouristes, tous corps d’État confondus, qui ne m’ont pas « endommagé » et qui ont évité que mes blessures ne soient aggravées. Je tiens à les remercier car je n’aurais pas pu me reconstruire sans leur compétence et celle du conducteur de train. Ils m’ont évité le pire.

Cela dit, après une affaire comme cela, les problèmes commencent… Il faut remonter la pente, tenir le coup et ne pas se laisser aller à la déprime. A l’époque, nous n’avions pas d’aide psychologique mais aujourd’hui je vis avec mes séquelles qui vont continuer à s’aggraver.

Mais, je suis fort, j’ai hérité du caractère de mon père. Il a combattu durant la Seconde Guerre mondiale en haute Maurienne. Il a aujourd’hui 90 ans mais, plus jeune, il m’avait dit : « tu es une victime civile, ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse ».

Aujourd’hui, chaque fois qu’il y a un attentat dans le monde ma solidarité avec les victimes est totale et je « ressens la boule au ventre ». Pour une victime c’est une victime de trop.

Après avoir voyagé professionnellement dans les pays arabes notamment (Arabie saoudite, Maroc…) et des discussions que j’ai pu avoir avec les gens, il m’a toujours été dit que les attentats n’ont jamais servi « la cause du peuple bien au contraire ».

« Les attentats n’ont jamais amené l’eau potable dans les villages ».

Mais la France est et restera une démocratie même si on a voulu y porter des coups. En tant que citoyen, je suis subordonné à la loi, mon travail touche à la sûreté. Il y a des choses que l’on peut faire et d’autres non. En cela, je fais parfaitement confiance à la Cour. Elle statuera en son âme et conscience grâce aux investigations effectuées et aux faits avérés. La mondialisation n’est pas un vain mot. Il faut être responsable dans le monde. L’organisation de notre démocratie repose sur cela.

J’ai pardonné, je ne suis pas dans la haine.

Question du Président : sur le plan professionnel, avez-vous pu reprendre la même activité ?

Réponse : non. Je suis docteur en géologie. J’ai fait seulement 60% de ma carrière… Les 40 % qui me manquent c’est parce que je n’ai pas pu aller sur les lieux qui auraient pu aggraver mon état.

Question du Président : vos activités ont-elles été modifiées ?

Réponse : j’ai dû abandonner le tennis. Je fais attention à mon régime. Je suis soumis à de l’arthrose sur mes pieds, c’est problématique. J’essaie d’adapter ma vie aux évolutions de la douleur.

Question du Président : j’indique qu’il n’y a pas eu d’expertise, mais juste un rapport.

Réponse : mon handicap actuel est évalué à 65%.

Question du Président : avez-vous été indemnisé ?

Réponse : j’ai touché 300 euros par mois.

Question de Me SZPINER : qu’est ce que vous pensez lorsque vous entendez dire que vous êtes une victime manipulée ?

Réponse : je ne me sens pas manipulé. Je suis fils de résistant. Mon père nous a enseigné cela. C’est lui qui a été manipulé, le communisme n’a jamais prôné le fait de poser des bombes.

Question de Me SZPINER : on dit aussi que vous faites cela pour l’argent, qu’en pensez-vous ?

Réponse : je reçois une rente légale, en fonction de l’âge et du salaire. Je reçois une rente, mais cela ne résout rien. Ma vie a été profondément changée. Vous savez qu’il y ait une ou cent victimes, au final, c’est la même chose. Cela vaut pour tous les attentats commis à travers le monde. En cas d’attentats, les morts sont les morts, quels que soient les lieux. Sitôt que j’entends les journaux mentionner un attentat, je ferme ma télévision car j’ai une boule à l’estomac.

CARLOS souhaite faire des observations : je suis touché par les déclarations. J’ai l’impression qu’il a été honnête. Son père était résistant, il n’a pas trahi en 1940. Il parle du juge BRUGUIERE mais ses propos ne sont pas compréhensibles.

Vous n’avez pas de question, constate le Président.

Réponse : si, on m’accuse pour des faits qui remontent à plus de 25 ans, c’est une mascarade ! Et 17 ans que je suis en prison. Les parties civiles sont manipulées et exploitées. On a vu déjà cela il y a 13 ans. Il y a quelque chose qui ne colle pas, c’est un attentat contre Jacques CHIRAC ! Les pauvres gens qui souffrent doivent entendre la vérité.

Question du Président : vous aviez quel âge au moment des faits ?

Réponse : 29 ans.

Me COUTANT-PEYRE rappelle que tout accusé a droit à la présomption d’innocence.

Me SZPINER de lui demander à quel moment, il aurait manqué à ce principe.

Elle lui reproche ce qu’il aurait pu dire aux victimes afin de les influencer. Les victimes parlent d’elles-mêmes, avec leur cœur, lui rétorque-t-il.

 

2 – Attentat de la rue Marbeuf, 22 avril 1982

Une personne est décédée : Melle Nelly GUILLERME

Audition de Philippe R. blessé

Le Président : pouvez-vous nous décrire les faits et leurs conséquences sur votre vie ?

Réponse : je suis né le 13 septembre 1963. À l’époque, j’avais 18 ans, j’étais coursier.

Avant toute chose, je tiens à dire que je suis un original, je ne suis pas une « photocopie de photocopie de photographie… » (NDLR : reprenant l’expression qu’a répétée la défense tout au long du procès). Si j’étais une photocopie, je serais en meilleur état que l’original.

Je m’arrêtais rue Marbeuf tous les jours, entre 8h30 et 9h. Ce jour-là, je suis arrivé vers 9h moins 5. J’ai posé J’ai mon scooter devant la boucherie pour me rendre à la boulangerie, je suis passé devant le restaurant chez « Bébère » puis malheureusement devant la voiture piégée… Après 5 à 8 mètres, j’ai entendu un bruit, les vitrines tombaient, j’ai été projeté par la déflagration. J’ai pris des éclats de verre dans la tête. C’était l’horreur. L’odeur du soufre, la fumée, les cris des gens, le sang…

J’ai pensé à une explosion de gaz. Mon but était de me sauver, j’ai voulu marcher, j’ai traversé, mais j’avais le dos brulé, j’étais en sang et mes jambes ne répondaient plus. Je les ai touchées. Ma jambe gauche est grièvement blessée. Mon artère est arrachée et le sang coule sur 1 mètre. Je m’éloigne à cloche pieds. J’ai hurlé de douleur mais j’ai traversé afin de me rapprocher du tabac pour être en sécurité. J’ai vu le corps de Nelly (NDLR : GUILLERME).

J’avais froid, j’ai perdu trois litres de sang. Quelque un m’a posé un garrot, il m’a sauvé la vie mais je n’ai jamais su qui l’avait fait. Je n’ai jamais pu retrouver mon sauveteur. À cet instant, j’ai pris conscience que j’allais mourir. Tandis qu’ils m’emmenaient à l’hôpital, les pompiers cherchaient mon groupe sanguin. J’avais ma carte de groupe sanguin sur moi. Ils ont appelé les hôpitaux qui étaient tous pleins sauf l’hôpital Saint-Michel.

Après, je suis tombé dans le coma dans la voiture du SAMU. Je me suis réveillé dans une chambre. Le chirurgien a fait un travail remarquable, l’opération a duré 10 H 30. J’avais des tuyaux partout. Immédiatement, mon réflexe a été de voir si j’avais ma jambe. Ne la voyant pas, j’ai demandé à l’infirmière. Elle m’a rassuré, ma jambe n’avait pas été amputée. J’ai pleuré. J’étais heureux. Je suis resté des mois à l’hôpital. Tous les jours on me faisait des pansements sous anesthésie locale.

Un jour, le chirurgien m’a dit d’essayer de remarcher. Il m’a laissé un mois : si, à l’issue de ce mois, mes orteils n’avaient pas bougé, ma jambe serait amputée. Je me suis battu. Au bout d’un mois, ils avaient bougé, j’étais heureux, j’avais gagné mon combat. Mais c’était dur, ma jambe avait été presque arrachée, j’ai une artère artificielle de 17 cm.

Mais, je suis optimiste, je vais toujours de l’avant. Au bout de plusieurs mois, les infirmières sont venues me voir me disant que j’allais marcher avec des béquilles. C’est curieux, je réapprenais tout comme un bébé. J’avais des étourdissements. Au bout de 15 minutes, j’étais fatigué.

J’ai également eu des greffes de peau, des pansements à changer tous les deux jours. Mais, je gardais le sourire. Malheureusement, les greffes ne prenaient pas sauf la dernière. Une première plaie était refermée. Ça faisait longtemps que cela ne m’était pas arrivé.

Une fois ma jambe refermée, il a fallu affronter la rééducation…Cela a duré un an. J’étais avec d’autres personnes plus âgées ayant subi des blessures pires que les miennes mais qui m’avaient pris sous leur aile. Un autre combat commençait, il a duré un an. J’ai pris conscience que ma jeunesse je la passerais à l’hôpital.

Au bout de trois ans, j’ai repris mon travail même si cela a été difficile de retourner rue Marbeuf.

Quand j’entends Ilich RAMIREZ SANCHEZ qui se plaint de problème de dos, j’ai envie de lui dire de penser à nous, que cela fait trente ans que l’on vit ça. Pour le diabète c’est différent. Moi peut-être que je garderai ma jambe, peut-être que je la perdrai… Dans la mesure où je fais des infections notamment une au mois de février dernier, je ne me considère pas comme guéri. D’ailleurs, on ne l’est jamais. On garde nos souffrances, je ne me plains pas. C’est peut-être le plus beau cadeau qui m’ait jamais été attribué. Il a essayé de me détruire mais j’ai été plus fort, je suis passé au dessus. Il faudra qu’il y mettre plus de cœur pour m’atteindre moralement.

Question du Président : avez-vous conservé votre profession ?

Réponse : je suis magasinier dans la robotique. J’ai changé d’emploi depuis l’attentat.

M. le Président, je tenais à vous dire que je suis à l’audience depuis le début du procès, c’est mon chemin de croix. Il ne dit pas la vérité, il n’avouera pas mais même s’il est intelligent, il est lâche.

J’ai une énorme pensée pour toutes les victimes innocentes et surtout pour ma mère qui aurait voulu être là mais malheureusement, elle est décédée en 2008. Elle a été courageuse puisque quatre mois après le décès de mon père, c’est son fils qu’on a voulu lui prendre. Elle venait me voir tous les jours et rentrait à la maison vers 23 h. Elle a énormément souffert. Elle voulait assister à ce procès, se trouver en face de la personne qui avait failli enlever à vie à son fils unique.

J’ai fait mon chemin de croix, je viens tous les jours au procès. Je regarde le personnage CARLOS avec ses deux visages, un jour c’est un papy gentil, le lendemain c’est un homme terrible et diabolique avec ses yeux noirs de haine, injurieux qui crie dès qu’on lui pose une question directe qui le met en danger.

J’espère que la justice de mon pays fera la lumière sur tous ces faits qui lui sont reprochés.

Je sais que M. RAMIREZ SANCHEZ a des enfants, une fille née de son union avec Magdalena KOPP et aujourd’hui âgée de 25 ans. On dit que cela n’arrive qu’aux autres et c’est ce que je pensais. Mais, ce genre de chose aurait pu arriver à votre fille bien que je ne le lui souhaite pas.

Je souhaite également vous rappeler qu’au début du procès, vous avez dit qu’au jour du jugement dernier, vous iriez au paradis. Mais, n’oubliez pas que vous devrez rendre des comptes à tous ces gens. Ce sera un dur combat, vous devrez être fort.

Question du Président : avez-vous été indemnisé ?

Réponse : je touche une pension de 600 euros par mois. Je suis invalide à 68 %. Je rêvais d’être footballeur, je n’ai pas pu réaliser ce rêve, je m’occupe d’enfants.

Question de Me SZPINER : quand vous entendez l’accusé dire que vous êtes manipulé qu’en pensez-vous ?

Réponse : nous ne sommes pas manipulés. CARLOS nous a fait entrer dans sa révolution le 22 avril 1982. Nous étions au mauvais endroit, au mauvais moment. Mais, nous allions au travail gagner notre vie, ce n’était pas grand-chose.

 

Audition de Nicolas G. blessé

Le Président : pouvez-vous nous décrire les faits et leurs conséquences sur votre vie ?

Réponse : après ce que l’on vient d’entendre, j’ai peu de choses à raconter. En me rendant à mon bureau, j’étais à côté du tabac rue Marbeuf. J’ai été protégé par une voiture. J’ai vu la jeune femme morte comme mon prédécesseur. J’ai été happé par des gens qui voulaient me protéger. J’ai été emmené à l’hôpital Ambroise PARE pour 27 blessures. J’ai été opéré de l’avant bras droit. La police a été rapide et efficace. J’avais des sifflements et je me suis aperçue plus tard que j’avais perdu tous les aigus ce qui gênait pour chanter, mon principal loisir. D’un point de vue professionnel, cela m’a gêné pour suivre des réunions et aussi lors de conversations téléphoniques avec mes clients à travers le monde. Mais cela n’a pas brisé ma carrière. J’ai eu des cauchemars pendant 2 ans qui recommençaient à chaque attentat. J’avais 36 ans au moment des faits.

Question du Président : quelle était votre profession ?

Réponse : j’étais ingénieur quadrilingue responsable des brevets et licences dans une société multinationale avant de devenir directeur commercial.

Je me pose seulement une question. Comment en allant bêtement au bureau, il peut arriver des choses pareilles ? J’ai toujours eu envie de connaître les raisons réelles de cet attentat et qui l’a commandité.

Question du Président : avez-vous touché une indemnisation ?

Réponse : rien du tout.

3 – Attentat contre le TGV, à Tain-l’Hermitage, 31 décembre 1981

3 personnes sont décédées :

Mme Jeanne BOURGEOIS, épouse VERITE

M. Bernard VERITE

Mme Michèle HARRI, épouse JOHANNES

 

Audition de Xavier J. fils de Mme HARRI, épouse JOHANNES

Le Président : pouvez-vous nous décrire les faits et leurs conséquences sur votre vie ?

Réponse : je ne suis pas personnellement victime, mais parent de victime. Je suis né en 1959. J’avais 24 ans. Ma mère est décédée dans le train « le Valenciennes » à Tain-l’Hermitage à l’âge de 46 ans. J’aurais bien aimé que ma grand-mère maternelle soit là. Elle était partie civile avec moi grâce à SOS Attentats. Le décès de sa fille a été un immense chagrin pour elle. Si je suis là, c’est parce que je le lui avais promis sur son lit de mort.

A l’époque, ma mère était grand-mère d’un petit-enfant. Aujourd’hui, elle en aurait six et serait bientôt arrière grand-mère. Vous savez elle était présente dans ce train après avoir changé ses billets à deux reprises.

Elle donnait des cours de yoga. La dernière fois que je l’ai vue, c’était le 25 décembre. Nous avions réglé un différend. J’attendais beaucoup de notre rapprochement.

Toutes ces victimes ne sont pas seulement des noms sur des papiers.

Question du Président : j’ai vu que votre mère était professeur de yoga et votre père médecin.

Réponse : Oui, mon père était ophtalmologiste.

Question du Président : avez-vous des frères et sœurs ?

Réponse : j’ai une sœur (nous avons un an et huit jours de différence) et un frère.

Question du Président : ils n’ont pas souhaité se constituer partie civile ?

Réponse : non. Mon père s’est constitué partie civile.

Question du Président : vous nous avez expliqué que vous aviez renoué avec votre mère quelques jours auparavant. Vous étiez en conflit ?

Réponse : oui, il s’agissait d’un conflit mère-fils. C’est moi qui lui ressemblais le plus. Parfois, il y avait des heurts. Mais nous finissions toujours par nous réconcilier.

Question du Président : cette réconciliation avait-elle eu lieu le 25 décembre ?

Réponse : oui.


Mercredi 7 décembre – 22ème journée

L’audience reprend à 9h40 

1- Le Président verse aux débats un courrier des parties civiles, M. C. et M. R. relatif à l’évaluation de leur préjudice.

2- Concernant le sursis à statuer sur la demande d’expertise des mains de Mme FROHLICH, faite par Me RIPERT :

- l’Avocat général, M. RICARD estime que cette demande d’expertise n’a aucun intérêt dans le débat.

- Me COUTANT PEYRE juge l’expertise impérative.

- CARLOS estime que les descriptions faites sur FROHLICH ne correspondent pas.

Nouvelle audition de M. RIOU 

- Sur les rapports dressés sur ses déplacements en Hongrie pour les auditions de SZABO et VARGA.

Question : avez-vous tapé les questions et les réponses ? Parlez-vous le Hongrois ou par le truchement d’un interprète ?

Réponse : je ne parle pas hongrois. Je ne me souviens plus exactement. Je pense qu’on a dû avoir une copie et qu’on en a fait faire une traduction libre pour gagner du temps avant d’obtenir la traduction officielle.

Question : c’est une pratique habituelle ?

Réponse : on a agi comme cela pour gagner du temps et avoir des éléments de réponses immédiats. Dans le cadre de cette affaire, c’est comme cela que j’ai agi. Concernant une commission rogatoire internationale de 1994, nous avons attendu un an et demi pour avoir la traduction.

-  À propos du scellé 28 provenant de la procédure BREGUET-KOPP, que Bruguière vous avait demandé d’exploiter. Vous conservez une copie de ce scellé et vous ne l’annexez pas à votre procès-verbal d’exploitation. J’ai demandé à le chercher dans les archives de la DST mais on ne le retrouve pas.

C’est un scellé qui correspond à un carnet saisi lors de la perquisition du 17 février 1982 dans un grand hôtel occupé par BREGUET qui fait mention de la rue Lubeck et de la rue Marbeuf.

Question : gardez-vous le souvenir de ce scellé 28 ?

Réponse : notre souci avait été de recouper les informations trouvées dans les archives de la Stasi et  dans les archives hongroises avec des faits réels et avérés. Notamment, la procédure d’arrestation de BREGUET-KOPP nous a dévoilé plusieurs éléments.

Question : il n’y a pas de photocopie de scellé 28 dans votre soit transmis au juge ? Pour quelles raisons ?

Réponse : je ne m’en souviens pas.

Question de M. BRAY, Avocat général : il évoque des conversations téléphoniques du 2 août 1985 entre CARLOS et  AL ISSAWI se trouvant au Palace-hôtel. Je m’interroge si le groupe a continué ses activités mais dans d’autres pays ? Les affaires ont l’air de continuer. Avez-vous une appréciation ?

Réponse : pour les attentats qui nous concernent, il y a eu beaucoup de repérages sur d’autres cibles à venir qui devaient se poursuivre après 1983. Le groupe était toujours constitué.

Question de M. RICARD, Avocat général : avez-vous travaillé sur d’autres documents relatifs à la préparation d’attentats par le groupe postérieurement à 1983 contre la France ?

Réponse : c’était une continuation de cette guerre contre la France.

Question de Me COUTANT PEYRE : comment se fait-il que vous ne demandiez pas les scellés physiques et que vous vous contentiez des photocopies ? Trouvez-vous ça sérieux ?

Réponse : je les ai traités comme tous les documents que j’ai reçus par le juge instructeur donc je n’ai aucune raison de douter de quoi que ce soit. Je n’ai pas estimé qu’il était nécessaire de détenir le scellé physiquement.

Question : où sont ces scellés physiques ? Me COUTANT PEYRE considère que ce sont des scellés falsifiés et attend que l’accusation lui prouve le contraire.

Réponse : la police n’est pas gardienne des scellés physiques.

Le Président fait constater que ce scellé semble être resté dans la procédure initiale BREGUET- KOPP.

Me COUTANT PEYRE regrette un manque d’authenticité des documents produits par l’accusation.

Question : êtes vous allé à Amman avec M. BRUGUIERE ?

Réponse : oui, mais je ne me souviens pas de la durée de ce séjour.

Remarque amusée de Me COUTANT PEYRE : « BRUGUIERE est présent et vous lui faites des rapports ».

Réponse : un rapport n’est pas un acte formel en procédure et il est superfétatoire au vu de la présence du magistrat instructeur. Un Général était avec nous lors de l’audition d’AL ISSAWI.

Question : avez-vous observé une signature sur les rapports en arabe ?

Réponse : la Jordanie est un pays de tradition anglo-saxonne, par conséquent les rapports n’ont pas à être signés.

Question : le Général vous a t-il produit un texte mentionnant que les rapports d’audition en Jordanie ne sont pas signés ?

Le témoin ne donne pas de réponse.

Me VUILLEMIN fait observer des décalages pas entre la traduction libre du rapport d’audition de M. AL ISSAWI et la traduction finale, officielle.

Question : vous souvenez-vous de l’exploitation faite par la DST des notes manuscrites attribuées à WEINRICH ? L’exploitation a t-elle eu lieu sur une traduction libre ou une traduction officielle ?

Réponse : il s’agit d’une traduction libre.

Me VUILLEMIN fait observer qu’il n’y a pas d’expertises des traductions des archives.

Les rapports dont M. RIOU dit qu’ils ne sont pas des actes formels sont faits d’après l’exploitation de ces traductions libres dans lesquelles il n’est jamais mentionné le nom des traducteurs.

CARLOS s’interroge : sur quelle base le témoin peut-il affirmer qu’il se trouvait à Bagdad ? Fidèle à sa défense, il regrette l’absence d’originaux.

Question : aviez-vous votre propre traducteur ou utilisiez-vous les services d’un traducteur de l’État requis ?

Réponse : il y avait parfois un traducteur hongrois de la DST qui nous accompagnait.

Question : comment pouvez-vous êtes sûr qu’AL ISSAWI était bien présent lors de son audition ? Étaient-ce bien ses réponses ?

Réponse : je ne mettais pas en doute les autorités jordaniennes et quelques éléments de réponses m’ont interpellé. Ainsi, dans ses réponses, AL ISSAWI avait évoqué le numéro d’un appartement de Budapest utilisé par le groupe.

Je me souviens avoir parlé de la contrepartie de l’aide apportée par des pays comme la Libye, la Syrie à savoir des demandes d’attentats.

Le témoin affirme qu’AL ISSAWI n’était pas connu des services français avant ces attentats, mais son frère oui.

Me COUTANT PEYRE demande que soient actés les propos de M. RIOU : « lorsque nous avons fait des recherches sur AL ISSAWI nous avons appris qu’il bénéficiait d’un passeport irakien ».

Le Président donne lecture d’un courrier d’un prêtre catholique qui a rendu plusieurs visites à CARLOS en prison et qui tient à déposer spontanément sur sa personnalité.  Spécialiste du monde arabe, membre d’une organisation d’amitiés franco-arabes. « Ce n’est pas le personnage inhumain qu’on en fait, il fait preuve parfois de violences verbales, c’est un révolutionnaire engagé dans la cause palestinienne. Il s’est toujours efforcé à ce qu’il y ait le moins d’innocents victimes et même aucun innocent qui soit victime ».

L’audience est suspendue à 12 h 45.

L’audience reprend à 14h20.

Me COUTANT-PEYRE souhaite que le courrier de M. DIALLOU dont il a été question ce matin soit versé au dossier.

M. le Bâtonnier IWEINS : on a les témoins de moralité que l’on peut.

Il ne s’agit pas d’un témoin de moralité. Par rapport aux contacts qu’il a eus avec MM. KESSOUS et JOINET, ce document me semble intéressant, objecte Me COUTANT-PEYRE.

M. l’Avocat général O. BRAY : il n’a pas d’argument. Il a seulement une grande empathie pour la théorie du complot. Je comprends que cela intéresse la défense.

Le Président considère que l’expertise des mains de Christa FROHLICH n’est pas indispensable à la manifestation de la vérité compte tenu du certificat produit. Par conséquent, la demande d’expertise est rejetée.

 

AUDITIONS DES PARTIES CIVILES

Audition de David

Question du Président : pouvez-vous nous décrire les faits et leurs conséquences sur votre vie ?

J’étais dans le train lorsque s’est produit l’attentat à hauteur de Tain-l’Hermitage. J’avais 5 ans. Nous étions dans le train avec ma famille. Dans mon wagon, il y avait une vieille dame en face de moi. Ma mère était enceinte de mon frère. Le train s’est arrêté d’un coup sec. Nous sommes descendus du train. Les secours ont mis du temps à nous évacuer. Nous avons marché à contresens du train. Ma mère s’est retournée et lorsqu’elle a vu le train, elle s’est évanouie. J’étais dans ses bras, je suis tombé. Lorsque nous marchions, nous avons vu une chaussure ensanglantée, cela m’a marqué. Mes premiers cauchemars ont commencé à ce moment. Je n’ai vu l’état du train qu’à la télévision, mais cela m’a choqué. J’ai été un enfant difficile après l’attentat. J’ai arrêté l’école après la 3e, après je suis allé dans un lycée technologique.

Question du Président : étiez-vous blessé ?

Réponse : nous étions choqués, mais nous n’étions pas physiquement blessés. Ma mère était Édith KADI, sa grossesse s’est déroulée sous contrôle. Elle a accouché sans difficulté de mon frère qui ne semble pas avoir eu de choc psychologique.

Question du Président : vous en avez parlé longtemps ?

Réponse : oui, surtout quand on voyait les images de l’étranger.

Question du Président : votre mère n’est pas venue témoigner ?

Réponse : non, elle est restée aux Antilles.

Question du Président : et votre tante ?

Réponse : elle ne s’est pas constituée partie civile.

L’Avocat général O. BRAY : c’est important pour vous de venir témoigner aujourd’hui ?

Réponse : oui, c’est important pour moi de voir la personne qui a fait cela afin de repartir sur de bonnes bases.

Audition d’ Odile

Question du Président : pouvez-vous nous décrire les faits et leurs conséquences sur votre vie ?

Réponse : j’avais 31 ans à l’époque des faits. Je rejoignais mon travail à l’heure à laquelle l’attentat s’est produit. Je travaillais en face de l’endroit où la bombe a explosé, au 32 de la rue Marbeuf, à la COFACE. J’ai été blessée dans l’attentat j’ai eu un arrêt de travail de 7 mois et une cure de sommeil pendant un mois. C’est inadmissible que l’on puisse faire cela à des innocents.

Question du Président : depuis combien de temps vous travailliez à la COFACE ?

Réponse : j’y ai travaillé pendant 40 ans.

Question du Président : vous y êtes restée après l’attentat ?

Réponse : j’ai eu dû mal, j’appréhendais mon retour… C’est la raison pour laquelle j’ai fait une rechute à la suite de laquelle j’ai suivi une cure de sommeil. J’ai travaillé à la COFACE jusqu’en 1986, date à laquelle le siège de l’entreprise a été transféré à la Défense. Je ne suis plus jamais retournée dans la rue Marbeuf.

Question du Président : de quels types de blessures avez-vous souffert ?

Réponse : j’ai été blessée par les éclats de verre ainsi que par le plafond qui m’est tombé sur la tête. Cela a gâché une partie de ma vie.

Question du Président : avez-vous repris connaissance à l’hôpital ?

Réponse : non, j’ai repris connaissance sur mon lieu de travail où j’ai vu des gens blessés. Encore aujourd’hui, je prends des antidépresseurs.

Question du Président : les médicaments ont-ils un lien avec l’attentat ?

Réponse : oui, je pense. Malheureusement, je revois toujours ces images… Je ne peux pas oublier…

Question du Président : pour quelle raison prenez-vous actuellement des médicaments ?

Réponse : je prends des médicaments pour dormir.

Me HAZAN : par quoi avez-vous été marquée ?

Réponse : je revoyais toujours ces scènes. Surtout un jeune, sur le trottoir d’en face, m’a marqué : il était ensanglanté…

Question de Me HAZAN : avez-vous bénéficié d’une prise en charge psychologique ?

Réponse : non pas du tout, cela n’existait pas à l’époque.

Question de Me HAZAN : avez-vous été indemnisée ?

Réponse : oui, j’ai été indemnisée d’une petite somme par la Ville de Paris.

Audition de Nathalie

Question du Président : pouvez-vous nous décrire les faits et leurs conséquences sur votre vie ?

Réponse : j’avais 23 ans à l’époque des faits. J’arrivais ce matin-là pour travailler un peu avant 9 heures. Au moment de l’explosion, une vitre s’est brisée au-dessus de moi. J’ai voulu me déplacer, mais je me suis fait un déchirement des ligaments à la cheville. On m’a fait sortir par l’arrière du bâtiment de la COFACE, avenue des Champs-Élysées.

Question du Président : où travaillez-vous ?

Réponse : je travaillais à la COFACE.

Question du Président : à quel endroit vous situiez-vous lors de l’explosion ?

Réponse : je travaillais au 6e étage du bâtiment.

Question du Président : avez-vous subi une rééducation ?

Réponse : oui, j’ai été arrêtée deux mois avant de reprendre mon travail à la COFACE. J’ai eu un mois et demi de rééducation.

Question du Président : avez-vous pu reprendre vos activités actuelles ?

Réponse : oui, mais comme me l’avait conseillé mon médecin mais j’avais des douleurs de temps en temps surtout lors de changements de temps.

Question du Président : vous faisiez des activités sportives particulières ?

Réponse : non.

Question du Président : concernant l’aspect psychologique, votre collègue nous a expliqué avoir été choquée par les images qu’elle avait vues ce jour-là, était-ce également votre cas ?

Réponse : non, je n’ai pas vu la rue le matin, mais le soir à la télévision. Effectivement, mon bureau ne donnait pas sur la rue mais sur la cour. En plus, on nous a fait sortir par l’arrière donc je n’ai pas vu l’état dans lequel se trouvait la rue.

Question du Président : avez-vous subi un choc dépressif nécessitant une cure de sommeil ou avez-vous pu reprendre vos activités « normalement » après l’attentat ?

Réponse : je n’ai pas pris de médicaments. Mais quand il a fallu reprendre le travail, j’ai eu une appréhension, je revoyais les personnes blessées.

Question du Président : donc vous n’avez pas eu besoin de suivi psychologique ?

Réponse : non. C’est plus la date d’anniversaire qui était anxiogène que le lieu même. J’ai toujours pensé aux personnes qui n’étaient plus là. Ce n’est pas juste de se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment. Pourquoi eux et pas moi ? J’allais souvent acheter des cigarettes le matin, mais, pas ce jour-là, j’avais décidé d’y aller à midi. Cela m’a sauvée. J’ai eu de la chance, d’autres non. J’aurais pu être à leur place.

Question du Président : avez-vous touché de l’argent de la part de la Ville de Paris ?

Réponse : oui.

Question de Me HAZAN : avez-vous été choquée par la voiture qui a explosé ?

Réponse : oui. J’avais aussi une voiture orange après quoi je n’ai plus pu monter dedans. (Elle étouffe un sanglot). Je l’ai revendue.

Question de Me HAZAN : avez-vous éprouvé des difficultés à venir témoigner ?

Réponse : j’avais une appréhension, cela n’a pas été facile pour moi de venir. Je suis seule dans mon service, j’ai dû m’organiser d’autant que j’éprouve des difficultés à faire ressortir tous ces souvenirs…

La crainte que cela ne réveille des souvenirs négatifs ? Précise le Président.

Voilà, répond Nathalie.

Audition de Jacqueline

Question du Président : pouvez-vous nous décrire les faits et leurs conséquences sur votre vie ?

Réponse : je travaillais au rez-de-chaussée de la COFACE au 32 de la rue Marbeuf. J’étais debout et, d’un seul coup, j’ai vu passer une boule de feu. Il y avait plein d’éclats de verre. Le souffle m’a projetée par terre. Je me suis relevée, je saignais de la tête. Il y avait du feu, les pompiers du sang partout, c’était horrible. Après, j’ai été emmenée à l’hôpital Ambroise PARE. J’avais des grosses coupures sur la fesse gauche. J’étais incapable d’aller travailler le lendemain. Mon médecin m’a donné des calmants. J’ai été arrêtée au mois de mai et consolidée au mois d’octobre. J’ai essayé d’arrêter, mais je ne peux pas. Je ne peux pas me défaire de ces images. Avec les attentats de ces dernières années, cela revient, je ne peux pas dormir. J’ai toujours mal à la tête et à la fesse.

C’est horrible de faire des choses comme cela. Je souhaite que les gens qui ont fait cela soient punis.

Question du Président : quelles fonctions occupiez-vous ?

Réponse : j’étais responsable du courrier. Heureusement, je n’étais pas dans mon bureau au moment de l’explosion. Si j’avais été dans mon bureau, j’aurais été davantage blessée.

Question du Président : c’est surtout la vue du sinistre qui vous a choquée ?

Réponse : oui. Il y avait de la fumée noire. J’entendais des pleurs. J’ai encore devant moi cette vue.

Question du Président : cette image est restée gravée dans votre mémoire ?

Réponse : oui.

Question du Président : vous avez travaillé jusqu’en 1986 ?

Réponse : oui. Après l’entreprise a transféré ses activités à la Défense et j’ai continué jusqu’à ma retraite.

Question du Président : avez-vous reçu de l’argent de la part de la Ville de Paris ?

Réponse : oui.

Je souhaite que celui qui a fait l’attentat soit sérieusement condamné. A l’époque, il n’y avait pas de personnes pour nous aider à remonter la pente.

Le Président admet qu’à l’époque, il n’y avait pas de cellules psychologiques.

Question du Président : la COFACE vous a-t-elle aidée ?

Réponse : les gens étaient gentils avec nous. Mais les personnes qui n’ont pas été blessées ne peuvent pas se rendre compte de ce que l’on vit.

Question de Me HAZAN : avez-vous continué à travailler à la COFACE ?

Réponse : Oui, jusqu’en 1990 ou 1991.

Question de Me HAZAN : vos collègues disent ne plus vouloir entendre parler de cet attentat ?

Réponse : je ne peux toujours pas. Je vois de la fumée et cette boule de feu sur lesquelles je ne peux pas tirer un trait. Je continue à prendre des antidépresseurs.

Question de Me HAZAN : vous n’en preniez pas avant ?

Réponse : jamais.

Donc ça fait trente ans, résume Me HAZAN.

Oui, reconnaît-elle.

Question du Président : quel âge aviez-vous à l’époque ?

Réponse : j’avais 45 ans

Audition de Marie-Laure

Question du Président : pouvez-vous nous décrire les faits dont vous êtes victimes et leurs conséquences sur votre vie ?

Réponse : en ce 22 avril 1982, une journée « normale » commençait.

À 9 h 02, victime de l’attentat, cette journée fut de très courte durée et s’arrêta brusquement.

Mon bureau est au 3e étage. Brusquement, j’ai entendu les vitres se briser avant de constater des éclats de verre un peu partout. J’en ai reçu sur le visage. Nous sommes allés à l’infirmerie et nous sommes descendus du côté de l’avenue des Champs-Élysées. Je ne me rappelle plus comment je suis arrivée à l’hôpital Ambroise PARE. Un gendarme m’a dit de ne pas regarder la scène. J’ai été recousue. J’ai été soignée sur place et sans anesthésie. Ça marque à vie. Une fois soignée, on m’a dit de retourner chez moi. Je n’avais pas mon sac, j’ai dû aller chercher mes affaires. Je n’ai pas eu de suivi, ni d’assistance psychologique. Nous n’avons pas eu d’autre solution que de retourner travailler après un arrêt de travail de 8 jours.

Désormais, je regarde systématiquement lorsque je suis dans les transports s’il n’y a pas quelque chose de déposé sous un siège ou dans un coin. En outre, depuis l’attentat, dès que je vois des policiers dans la rue ou des pompiers, je prends peur.

Question du Président : avez-vous subi des troubles psychologiques ?

Réponse : non, je n’ai pas pris d’antidépresseurs

Question du Président : avez-vous touché de l’argent de la Ville de Paris ?

Réponse : oui.

Question du Président : travaillez-vous toujours à la COFACE ?

Réponse : j’ai été employée dans les locaux de la rue Marbeuf avant le déménagement de la société sur le parvis de La Défense en 1986. Je travaille toujours pour la COFACE.  Mais, à la Défense, il y a du monde, j’ai peur de la même manière… Nous n’avions pas le choix que de continuer à travailler.

Question du Président : quel âge aviez-vous ?

Réponse : j’avais 22 ans.

Question du Président : avez-vous subi un préjudice esthétique ?

Réponse : il était très important, je me voyais défigurée. J’aurais pu subir une opération, mais elle ne pouvait pas réussir à 100%. Je ne l’ai pas faite, je ne voulais pas prendre de risque.

Question du Président : excusez-moi Madame, mais je me tiens à quelques mètres de vous. Où avez-vous été blessée ?

Réponse : à la lèvre supérieure. Moi, je le vois tous les jours. Ça aurait pu être pire. Heureusement qu’un collègue a été là. Mais, avec le recul, le problème auditif est plus problématique que ma cicatrice sur le visage.

Question du Président : est-il lié à l’attentat ?

Réponse : il est lié à « l’effet blast » qui a atteint mon oreille gauche.

Question du Président : quand vous en êtes-vous aperçu ?

Réponse : je le savais dès l’attentat. Mais avec l’âge, cela a empiré. Comme j’étais gênée dans ma vie quotidienne, j’ai pris la décision de porter un appareil. J’ai pris la décision en 1985-1987, j’ai fait la démarche il y a huit ans.

Question du Président : souffrez-vous uniquement de l’oreille gauche ?

Réponse : non des deux oreilles, l’oreille valide force et, par conséquent, s’en trouve diminuée d’autant. Je n’entends pas à 50% de l’oreille gauche et à 30 % de l’oreille droite.

J’ai un amplificateur près du téléphone, cela m’a été proposé par la médecine du travail il y a un an.

Question du Président : avez-vous eu des frais à votre charge ?

Réponse : j’ai bénéficié de la reconnaissance de « travailleur handicapé » en 2004 après la pose de mes appareils auditifs.

Question du Président : pour vous, il n’y a aucun doute sur le lien de causalité ?

Réponse : non. On le savait à l’époque des faits, mais cela a empiré avec le temps.

Question du Président : je reviens sur ma question précédente. Y a-t-il des frais qui sont restés à votre charge ?

Réponse : je dois payer tous les cinq ans un nouvel appareil auditif. Il coûte entre 800 et 1200 euros.

M. le Bâtonnier IWEINS : Mme Marie-Laure fait partie des personnes qui ont pu participer à certaines audiences. Peut-elle nous dire quelque chose sur le déroulement du procès ?

Réponse : j’ai assisté au procès de WEINRICH parce que j’ai été convoquée par la justice allemande. Je pensais que ce serait la même chose pour le procès d’Ilich RAMIREZ SANCHEZ. Mais non. CARLOS parle beaucoup plus que Johannes WEINRICH qui ne disait rien. S’il ne reconnaît pas les faits, je serai déçue.

Question de l’Avocat général O. BRAY : « s’il ne reconnaît pas les faits, je serai déçue ». Pourquoi est-ce important pour vous ?

Réponse : en qualité de parties civiles, nous tenons à savoir quels sont les responsables. Pas nécessairement la personne qui est là, mais également les membres du groupe qui ont participé à l’attentat.

Même si Illich Ramirez Sanchez ne semble pas approuver la présence des parties civiles ; après presque 30 ans, le Procès est ma revanche attendue

avec tout l’espoir que la culpabilité de ce Groupe de terroristes soit prouvée.

J’attends en ce sens le verdict

 

 

CARLOS qui a lu un livre pendant les auditions des parties civiles souhaite intervenir. Ses propos semblent avoir pour but de choquer les victimes.

 « J’ai beaucoup de respect pour les victimes. Je trouve scandaleux le comportement de certains avocats qui vont « racoler » les victimes. Je voudrais poser certaines questions « très pertinentes ».

Me Stéphane MAIGNIE, avocat de SOS attentats, était-il votre avocat ?  Oui répond Marie-Laure.

J’ai entendu : « il n’a pas reconnu ». Mais qu’a-t-il à reconnaître ? Les avocats touchent de l’argent de toute manière. En Allemagne, on ne peut pas condamner sans preuve. C’est la raison pour laquelle il faut que je sois acquitté. Tout ce « fatras » que l’on nous montre ici après être passé par la CIA est irrecevable ! Cela fait 17 ans et demi que je suis là pour rien ! »

Le Président lui rappelle que cela a été la décision de Berlin en 2000, mais pas en 2004.

 

Audition d’ALAIN

Question du Président : pouvez-vous nous décrire les faits dont vous êtes victime et leurs conséquences sur votre vie ?

Réponse : à l’époque, je travaillais à la COFACE, au 1er étage, côté rue. J’ai pris ma retraite au mois de mai 2011.

Lorsque j’ai regardé par la fenêtre, j’ai constaté les dégâts mais je n’ai pas vu tout de suite que j’étais blessé. J’avais des blessures sur les avant-bras, mais surtout une entaille importante au poignet. La blessure a été cautérisée au 7e étage. Puis, on nous a fait sortir par le côté livraison et, avec deux collègues, un taxi nous a conduits à l’hôpital Ambroise PARE. Il y avait beaucoup de monde.

On m’a dit de rentrer chez moi. Je suis rentré en train et, là, je me suis mis à pleurer. Par ailleurs, la cautérisation avait été mal faite, j’ai dû aller chez mon médecin. J’ai voulu retourner au travail le lendemain pour reprendre mes effets personnels. Autrement, je crois que je n’y serais pas retourné. Mais j’y suis allé en voiture, je n’osais plus prendre les transports en commun. Je voulais également connaître le nom des blessés dont j’entendais parler à la télévision.

J’ai pris quelques jours de congé. Je n’ai plus jamais repris le train pour me rendre à mon travail. Depuis ce jour, je ne me déplace qu’en voiture. À l’époque, de nombreux attentats avaient été commis dans les rames de trains, je ne me sentais pas en sécurité. Je savais qu’il y en aurait d’autres…

Je suis resté à la COFACE rue Marbeuf. En 1986, le fait de partir à la Défense a été une délivrance pour moi. Mais j’ai continué à m’y rendre en voiture.

Question du Président : quelles sont les blessures physiques que vous avez subies ?

Réponse : j’ai subi uniquement des blessures superficielles sur les avant-bras sauf au niveau du poignet où l’entaille était profonde. Je n’ai pas souffert de problèmes auditifs.

Question du Président : quel âge aviez-vous à l’époque des faits ?

Réponse : j’avais 29 ans.

Question du Président : quel poste occupiez-vous à la COFACE ?

Réponse : j’occupais un poste d’agent administratif.

Question du Président : avez-vous été indemnisé par la Ville de Paris ?

Réponse : non.

En raison de ma blessure au poignet, je constate que j’ai moins de force dans la main droite.

M. le Bâtonnier IWEINS : je tiens à souligner qu’il a été difficile pour les victimes de se déplacer. Beaucoup de victimes ne sont pas là malheureusement.

L’audience est suspendue à 17h00

 


 

Mardi 6 décembre – 21ème journée

L’audience reprend à 09h50.

Le Président donne lecture de l’audition de Jozsef VARGA

Déposition des 26 et 27 mars 2001 en Hongrie dans le cadre d’une commission rogatoire internationale.

VARGA refuse de répondre aux questions relatives à ses activités professionnelles.

Il indique que les services secrets de la RDA avaient avisé les services hongrois que les Brigades rouges se trouvaient sur leur territoire. Il faisait le constat que la structure hongroise était modeste par rapport à la section du MFS. Il se devait de conserver une distance suffisante entre son service et le groupe CARLOS, son but était que le groupe quitte la Hongrie. C79 était le nom de code du groupe ; le C correspondait à CARLOS et 79 correspondait à la date du début des investigations.

Le fonctionnaire en charge du dossier était M. SZABO et lui était responsable des investigations.

Le groupe se faisait nommer « le bras armé de la révolution mondiale ».

Le Président donne lecture d’un compte rendu des réunions qui avaient lieu entre la Hongrie et la RDA concernant le groupe CARLOS. Le témoin précise qu’il ne connaissait pas ces documents rédigés par les Allemands, mais affirme qu’il existait bien de telles réunions.

Il reconnait avoir communiqué de nombreuses informations au MFS et confirme l’existence d’une coopération entre les pays du pacte de Varsovie.

L’échange d’informations se faisait surtout des Hongrois aux Allemands. Le KGB ne transmettait aucune information. Les échanges étaient occasionnels. Il n’y a eu aucun contact avec les services roumains, ces derniers ont obtenu des informations de manière secrète. Grâce aux écoutes les Hongrois ont su qu’il existait des contacts entre la Securitate roumaine et le groupe CARLOS. VARGA avait rencontré Lilly, Steve et Carlos.

Les services de sécurité hongrois avaient effectué de nombreux contrôles du groupe C79 afin de les éloigner.

Un rapport des services hongrois faisait état d’une opération grâce à laquelle une centaine de passeports vierges de divers pays avaient été trouvé. Le témoin ajoute que c’était Lilly qui confectionnait les passeports.

Un rapport rédigé à Budapest en date du 5 février 1982 faisait état de perquisitions clandestines dans l’appartement de CARLOS au cours desquelles les enquêteurs avaient découvert des notes sur la préparation d’un attentat contre Abou ZARR, commandité par les Syriens.

On lui montre des notes manuscrites de WEINRICH, il confirme l’écriture de WEINRICH.

VARGA dit qu’il donnait l’ordre de procéder à des écoutes et elles étaient effectuées par une autre section. Ces surveillances et écoutes étaient effectuées sans discontinuité.

Il avait constaté avec ses subordonnés que le groupe disposait d’armes et d’explosifs. Son service avait même mis à jour un trafic d’armes.

Il croit se souvenir que les armes avaient quitté la Hongrie pour la Yougoslavie. Il indique que le groupe utilisait des passeports diplomatiques. Il confirme avoir été en contact avec le MFS.

Les gardes-frontières hongrois ont effectué des contrôles sur les membres du groupe.

Il refuse de répondre à de nombreuses questions.

On lui présente les documents faisant état des adresses des logements occupés par le groupe en Hongrie, il confirme l’authenticité des documents, mais ne souhaite rien ajouter.

VARGA voulait susciter un conflit entre ALI et CARLOS.

Il reconnait que CARLOS était indéniablement le chef du groupe ; il commandait les autres membres du groupe. WEINRICH était son second, il avait des dispositions techniques, on le surnommait « l’ingénieur ». ALI était surnommé « ABUL AKAM » et établissait des contacts avec les pays arabes. Il est possible qu’il ait eu un rôle important dans la campagne d’attentats. FROHLICH était une simple exécutante qui recevait des ordres. Les Hongrois étaient au courant des liens entre le groupe CARLOS et d’autres organisations révolutionnaires.

On lui présente certains rapports pour connaitre son appréciation.

Un rapport hongrois du 2 février 1982 indique que : « les CARLOS » exécuteront deux opérations dont une contre l’ambassade d’Israël à Paris.

Un autre rapport en date du 22 février 1982 faisait état de l’arrivée de CARLOS à Budapest le 20 février 1982 en raison de l’arrestation à Paris de LILLY et LUCAS.

Le 24 février 1982, un rapport mentionnait les projets de CARLOS pour faire libérer LILLY et LUKA.

Il reconnait les documents élaborés par son service. CARLOS s’était engagé dans une stratégie terroriste contre la France pour libérer ses camarades. Un rapport mentionnait les nombreuses réunions du groupe qui avaient eu lieu à Budapest entre février et mars 1982. Il ne se souvient pas de ces faits : « il y avait deux ou trois appartements, je ne sais pas exactement l’endroit où se déroulaient ces réunions entre les membres du groupe ».

Durant tout le séjour du groupe terroriste, sa hiérarchie savait ce qui se déroulait. Il insiste sur le fait qu’il n’avait jamais apporté d’aide au groupe. Il ajoute : « CARLOS était imprévisible, et ALI n’était pas totalement soumis à CARLOS ; ils étaient dans une relation de partenariat ».

Le Président fait ensuite lecture d’une interview accordée par VARGA à la télévision hongroise du 4 juillet 1995 qui a fait l’objet d’une retranscription complète.

L’argent de CARLOS et son groupe provenait de plusieurs sources et en quantité suffisante. Il y avait des gens qui les soutenaient et les employaient. Ils étaient rétribués pour leurs services. L’argent provenait le plus souvent de leurs commanditaires du Moyen-Orient, de Libye, de Syrie et d’Irak.

Le groupe CARLOS était une organisation très cosmopolite qui disposait de soutiens de petits groupes révolutionnaires comme l’ETA.

Il ajoute qu’ALI avait « entrée libre » à l’ambassade de Syrie et précise qu’il était possible que l’argent arrive par les mêmes voies que les armes, c’est à dire par les ambassades des pays du Moyen Orient.

Le groupe avait un accord concret avec les Roumains, il devait s’occuper d’un traitre du régime roumain et en contrepartie il obtenait une aide financière.

Un garde-frontière, entendu comme témoin,  a affirmé que le gouvernement hongrois avait laissé à ces gens une certaine liberté. Cette volonté politique de les laisser circuler librement traduisait le souhait d’éviter que leur territoire soit touché par le terrorisme.

Pour VARGA, WEINRICH était un exécutant, un lieutenant. Il était le coordinateur pour l’organisation et l’exécution.

Les terroristes ont quitté définitivement Budapest en septembre 1985 après l’attentat commis à Berlin Ouest.

Le témoin note une ambivalence du MFS à propos du groupe terroriste.

VARGA confirme qu’il y avait bien eu transports d’armes pour le compte de l’ETA.

M. RICARD, Avocat général émet deux observations. Il constate que l’intéressé a de la mémoire en ce qu’il authentifie la quasi-totalité des documents qui lui sont présentés. VARGA admet une vingtaine de contacts avec CARLOS. À la différence des précédentes auditions des membres des services secrets allemands, ce témoignage est très cohérent. En effet, M. RICARD constate que rien dans ses dépositions n’entre en contradiction avec des éléments de la procédure.

Me COUTANT PEYRE dit que l’authentification est formelle et ne vise pas le contenu.

Me VUILLEMIN : « je constate que la déposition de VARGA donne une sorte d’onction formelle sur l’essentiel des rapports. Ce qui est plus important est ce qu’il ne dit pas, notamment l’identité des traducteurs, les adresses des écoutes. Ces archives hongroises qui sont la matrice de l’accusation demeureront anonymes et non signées ».

Il fait observer que c’est M. RIOU qui a procédé à cette transcription de l’audition de M. VARGA donc celle-ci est orientée, car il a ajouté des phrases, omis des paragraphes et édulcore certains propos.

Le Président émet un doute sur un éventuel travestissement de l’audition de VARGA par M. RIOU.

CARLOS intervient : «  M. RICARD ment quand il dit que la défense n’a pas souhaité interroger M. VARGA. On ne coopère pas avec les services, ils sont là pour servir ! Tout accord et coopération sont politiques. Il assure avoir des contacts confidentiels même avec le gouvernement français au plus haut niveau ». « WEINRICH n’est pas mon égal, il est mieux que moi, plus humain que moi » concède-t-il.

Il déclare : « j’admets ma responsabilité dans toutes les activités du groupe qu’elles soient bonnes ou mauvaises, mais je ne suis pas le chef ». Il qualifie ce procès de propagande contre les révolutionnaires.

« Rien de tout ça ne va changer mes aspirations et mes convictions, je ne renoncerai pas », ajoute-t-il.

Audition du 28 mars 2001 de M. SZABO

Il refuse de s’expliquer sur ses responsabilités.

En 82 – 83, il a reçu des documents du MFS sur C79 mais cela n’avait rien à voir avec la quantité d’informations que son groupe avait transmis aux Allemands.

Il affirme n’avoir jamais eu de contacts avec les services secrets roumains.

Comme VARGA, il refuse de répondre à de nombreuses questions.

Il reconnait des rapports établis par son service et en confirme le contenu.

FROHLICH a joué un rôle de premier plan, elle avait donné des informations sur l’arrestation des camarades à Paris.

On lui présente un album photographique, il reconnait CARLOS, WEINRICH, KOPP, ALI AL ISSAWI, BREGUET, TAREK, LUC GROVEN, FROHLICH, GOTTING, BERTA KHONER, BELLINI et SANTIAGO alias de M. GOIBURU MENDIZABAL.

Concernant l’attentat de la rue Marbeuf, il pense qu’il s’agit d’une commandite syrienne.

Il avait su par l’intermédiaire d’écoutes que BREGUET et CARLOS s’étaient entrainés au fonctionnement de télécommandes servant de dispositif de mise à feu.

Il dit n’avoir jamais rencontré les membres du groupe CARLOS.

L’audience est suspendue à 12 h 36.

Audition de Mme KOPP.

Mariée à CARLOS, ils ont eu une fille Elba née au Liban.

Elle a fait l’objet de 11 auditions.

Entendue les 18 et 19 janvier 1996 sur des détonateurs à distance, elle dit qu’il est possible qu’ils soient venus de Libye.

Elle va expliquer que tout ce qui relève du domaine technique concerne le chef CARLOS ou WEINRICH.

Elle  reconnait l’écriture de WEINRICH sur un document.

Réentendue le 14 juin 1996, elle précise que la deuxième partie du document qui lui est présenté est de la main de CARLOS et la dernière ligne est écrite par WEIRNICH.

Dans une audition du 8 février 1996, elle explique que le groupe recevait de grosses sommes d’argent provenant de la Libye et de l’Irak. Concernant une aide financière des autres pays ; « la Syrie était avare ainsi que la Hongrie et l’Allemagne ».

Dans une autre audition de janvier 1996, elle explique qu’après sa libération elle avait rejoint Damas où elle avait retrouvé STEVE et le chef CARLOS qui l’avaient informée d’un certain nombre d’attentats commis par l’organisation : les attentats du 31 décembre 1983, l’attentat contre les époux CAVALLO, l’attentat contre l’ambassade de Tripoli (Liban).  STEVE se trouvait à Marseille pendant les attentats.

Réentendue sur l’attentat à Munich contre la Radio Free Europe, elle affirme avoir appris que cet attentat avait été l’œuvre de l’organisation. C’était une commande roumaine dont l’objectif était la liquidation d’un dissident roumain travaillant au sein de cette radio.

- Sur son interpellation

Entendue les 18 et 19 janvier 1996, elle donne des explications sur ce qu’elle faisait à Paris au moment de son arrestation.

Elle explique que le véhicule devait exploser devant un immeuble d’ambassade ; « c’était une action d’approvisionnement et non pas politique ».

Elle précise qu’elle avait pour tâche de conduire la voiture et BREGUET devait se charger de la mise à feu. La voiture leur avait été remise par « ERIK » alias de Luc GROVEN. L’attentat était dirigé contre le Koweït ou un autre émirat, il devait être commis le lendemain de notre arrestation. Elle ajoute que « c’est vraisemblablement le chef qui a eu l’idée ».

Réentendue sur cette affaire le 14 juin 1996, elle confirme ce qu’elle a dit en janvier 1996.

Entendue à nouveau,  le 27 mai 1997, elle précise avoir été victime du vol de son sac à main à Paris. Elle confirmait avoir reçu la voiture le jour de son arrestation.

Elle affirme ne pas être au courant des réunions qui se sont déroulées à Budapest après son arrestation.

Sur l’attentat du 22 avril 1982 de la rue Marbeuf,  elle avait sur ordre du chef surveillé les lieux et l’éditeur du journal M. ABOU ZARR. Elle affirme que cet attentat était une commande des Syriens notamment d’HAYTAM SAID.

Elle précise que les explosifs avaient été fournis par la Syrie et la voiture avait été apportée par GOTTING.

Elle révèle que l’attentat commis à Paris avait été commis par STEVE. Elle confirme que cet attentat avait un double objectif, il était l’exécution d’un ordre syrien et un signe pour Bruno et elle.

Le 8 février 1996, on lui présente des feuillets relatifs à la surveillance du directeur du journal avec un plan, elle reconnait  les photographies prises par Bruno BREGUET.

Elle confirme qu’il y a eu des préparatifs pour cet attentat effectué par BREGUET, aidé de Marina BERTA et que le but était de tuer le directeur du journal.

Le 14 juin 1996, elle confirme ce qu’elle a dit sur cet attentat.

Elle ajoute que Bruno s’est énervé quand il a appris que l’attentat avait fait une victime, une jeune femme innocente.

Le Président constate que c’est l’attentat sur lequel elle s’est le plus expliqué.

En ce qui concerne le « Capitole », elle sait uniquement que l’attentat a été commis par le groupe, mais ne sait pas par qui précisément.

En ce qui concerne les attentats du 31 décembre 1983, elle affirme que STEVE se trouvait à Marseille au moment de ces attentats : «  je ne sais pas ce qu’il y faisait ». Elle ajoute que « faiçal » a participé directement et a aidé STEVE. Elle dit ne rien savoir de la répartition des tâches.

Elle explique, dans son audition du  9 février 1996, que la lettre de menace du 25 février 1982, adressée à M. DEFFERRE, n’a pas été posée par Marina BERTA alias SALLY mais par une femme d’Amérique du Sud dont elle ignore le nom.

M. BRAY, Avocat général, reprend l’audition de KOPP devant le juge allemand en date du 14 juin 1996 et constate que l’article 168 de la procédure n’est pas violé.

M.RICARD, Avocat général fait observer que cette audition a été faite par un juge donc est pertinente.

Me COUTANT PEYRE estime que KOPP étant prévenue pour des attentats lors de son audition, elle était forcément sous pression et considère que ces propos sont de fausses déclarations. Elle mentionne que les magistrats allemands ont estimé que les éléments donnés par KOPP étaient peu fiables et peu sérieux.

Me VUILLEMIN relève des curiosités dans la procédure allemande. L’expression « aucune promesse ne m’a été faite »utilisée par KOPP semble sous-entendre des pressions, des incitations fortes pour suppléer aux carences des archives.

Elle fait des déclarations laconiques sur les autres attentats. Il affirme qu’elle ne peut être que « témoin de rien » car elle était incarcérée au moment de cet attentat. Il reproche à l’accusation de faire usage de l’audition de KOPP afin d’essayer de conforter les archives hongroises, matrice de l’accusation.

CARLOS prend la parole. Il parle de KOPP et veut démontrer en quoi ses déclarations sont fausses. Il l’a connu lors de ses pérégrinations révolutionnaires, elle refusait après sa détention de procéder à tout acte militaire. Il affirme que KOPP parle d’attentats dont elle n’a pu être témoin puisqu’elle se trouvait en détention.  Pourquoi BERTA KHONER n’est-elle pas poursuivie par les autorités françaises ? Depuis 4 semaines on a beaucoup de témoignages, c’est le seul témoin qui déclare qu’il n’y a pas eu de pressions sur elle, cela me parait étonnant.

 

Rapport d’audition d’ALI  AL ISSAWI après une commission rogatoire internationale de mars 2001 en Jordanie.

Il en ressort qu’il s’était rendu en France pour effectuer un repérage préliminaire au siège du journal Al Watan al Arabi. L’attentat de la rue Marbeuf  avait un double objectif, faire passer un message au directeur du journal M. ABOU ZARR mais pas pour but de l’assassiner et faire pression sur le gouvernement français aux fins de la libération de KOPP et BREGUET.

Il ne se rappelle pas d’un rôle joué par la Syrie ou la Libye, mais reconnait que cet attentat va dans leur intérêt.

Concernant le « Capitole », la décision fut prise, suite à l’arrestation de KOPP et BRUNO d’établir une lettre de menace et de l’adresser à MItterrand en lui accordant un délai d’un mois pour libérer le couple BREGUET KOPP.

Concernant les attentats de Marseille, les circonstances et les mobiles sont les mêmes que les précédents. Il affirme que « PETER » alias de WEINRICH est responsable de ce double attentat.

Il indique que CARLOS se trouvait à Budapest.

Concernant HAYTAM SAID qui est l’officier syrien en contact avec l’organisation terroriste, il rencontrait de façon permanente les membres du groupe mais n’était pas considéré comme membre de ce groupe.  Il avait des contacts avec un proche de KADHAFI.

Il reconnait que la Roumanie leur avait fourni des armes, des documents, des explosifs par le biais d’officiers roumains.

Il apprend que c’est « TINA » qui avait amené le véhicule. Son rôle était d’assurer la sortie de « PETER ».

Les enquêteurs lui demandent pourquoi avoir choisi comme cible « le Capitole ».

Il explique la volonté du groupe de produire le plus possible de dégâts matériels et de tuer l’épouse de CHIRAC pour faire pression sur le gouvernement. Il précise que l’opération aurait dû avoir lieu lors du croisement de ce train avec un autre train.

S’agissant des repérages effectués sur la rue Marbeuf, il reconnait que les repérages avaient débuté en 1982.

Les enquêteurs l’interrogent sur les mobiles des attentats du 31 décembre 1983.

Le mobile principal était d’obtenir la libération des camarades KOPP et BREGUET. Le choix de Marseille s’expliquait par le fait que la gare faisait l’objet de moins de mesures de contrôle qu’à PARIS.

Il affirme ignorer la nature et le système de fonctionnement des explosifs.

S’agissant de la lettre de menace, rédigée en Français et en Arabe, il répondait ne pas reconnaitre l’auteur de l’écriture arabe. Il connait les alias de CARLOS «  Salem, Johnny, Michel ».

Dans son audition, il ne reconnait pas être membre de l’organisation de CARLOS. Il estime bénéficier de la confiance totale de CARLOS. Il ajoute que CARLOS était celui qui avait le dernier mot.

Il confirme entretenir des relations avec des Syriens, notamment avec M. HAYTAM SAID et M. SRHITTAT.

Il assure que la Syrie accordait des passeports à CARLOS et WEINRICH mais réfute le fait que le groupe recevait des fonds de la part de ce pays.

Il reconnait les contacts du groupe terroriste avec la Libye dès 1979, et révèle que cette dernière aurait fourni plusieurs millions de dollars au groupe CARLOS. S’agissant de la Roumanie, il précise qu’elle procurait toutes sortes de passeports falsifiés par l’intermédiaire d’officiers roumains.

La Hongrie était la base principale pour le groupe CARLOS qui y avait établi sa résidence permanente.

Il fait état d’une invitation du groupe par les Cubains.

Il confirme que la lettre adressée aux Français est rédigée par CARLOS et que la personne qui a déposé la lettre à l’ambassade est « HEIDI ».

L’Avocat général, M. BRAY reprend la lettre du 29 aout 1983 écrite par WEINRICH dans laquelle est évoqué l’attentat d’Athènes contre l’ambassade d’Arabie Saoudite  et considère qu’elle ne peut avoir été écrite que par ce dernier au vu des détails et des précisions apportées. Il s’interroge si faiçal = ZIAD et TARIK = GEORGES ? Qui est qui ? Dans quels buts toutes ces réunions opérationnelles avaient eu lieu entre les membres du groupe ?

Me COUTANT PEYRE remarque qu’il n’y a plus de certitudes du côté de l’accusation. Elle reproche au juge instructeur BRUGUIERE de n’avoir pas justifié le fait que le rapport d’audition d’ISSAWI n’est pas signé ni par le Général ni par l’accusé. Elle considère que ce document est complètement fabriqué.

Elle argumente que puisque que CARLOS a été enlevé, tout est possible pour le juger, et argue qu’une fausse audition a pu être créée.

Elle considère que dans cette procédure,  « on est face à des excès plus grave que de simples détournements, on n’est dans la falsification de documents ».

Me VUILLEMIN rend les armes sur la question des alias car sa connaissance du dossier ne lui a pas permis de suivre la démonstration faite par l’Avocat général.  Il regrette que l’accusation puise des éléments indiciels dans le dossier et essaie de les faire concorder.

Sur le fond, l’avocat fait observer qu’il existe de nombreuses contradictions entre les auditions d’ISSAWI et KOPP. Ainsi,  Ali ISSAWI dit que le but de l’attentat n’était pas de tuer ABOU ZARR ce qui entre en contradiction avec ce que dit KOPP qui affirme que le but était de tuer cette personne. De même,  il affirme que la Syrie n’a rien à voir dans cet attentat alors que KOPP parle d’une commande syrienne.

CARLOS prend la parole et reproche mensonges et fabrications dans ce procès.

L’audience est suspendue à 17 h 40.

 

Lundi 5 décembre – 20ème journée

L’audience reprend à 10h00

Me COUTANT-PEYRE souhaite faire un commentaire sur ce qui s’est passé vendredi 2 décembre. Elle constate que la Cour a tellement « peu d’arguments » qu’elle fait appeler de « faux témoins ». Elle appelle M. KLEIN « faux témoin » dans la mesure où il n’a plus vu Ilich RAMIREZ SANCHEZ depuis 1976. Il n’est pas non plus normal qu’il ait commenté de faits dont la Cour n’a pas été saisie. Enfin, elle ne trouve pas qu’il soit normal qu’il ait refusé de répondre aux questions d’Ilich RAMIREZ SANCHEZ. Un témoin a l’obligation de répondre.

Le Président verse au débat le courrier qu’il a envoyé à M. GUERIN ainsi que sa réponse du 2 décembre 2011.

Me COUTANT-PEYRE : je souhaite également ajouter que les documents de M. GUERIN concernant une photocopie soi-disant certifiée conforme ne se substituent aucunement à la fiabilité que revêt un original.

Sur l’audition des ex-agents roumains Ion DEACONESCU et Tudor POSTELNICU, la Cour considère que leur audition, même par le biais de la visioconférence, n’est pas indispensable à la manifestation de la vérité. Par conséquent, il est passé outre leur audition.

Me TOUAHAMI, collaboratrice de Me SZPINER, fait état de trois nouvelles constitutions de parties civiles :

-          M. JOHANNES père, mari de Mme HARRI, décédée dans le TGV

-          Les époux ROUDMAN, victimes de l’attentat du TGV.

Me COUTANT-PEYRE trouve étrange que les constitutions de parties civiles arrivent au « compte-goutte », trente ans après les faits.

CARLOS voudrait un traducteur allemand pour les plaidoiries prévues la semaine suivante. La défense prévoit six plaidoiries. Il souhaite également un traducteur turc.

Le Président souhaite savoir l’ordre de passage des parties civiles pour sortir desdossiers les différents certificats médicaux. Me TOUAHAMI lui donnera dans la journée la liste des parties civiles.

Concernant les déclarations de Mme WAGNER, elle a examiné le scellé 4 : il s’agit de la liste manuscrite sur laquelle figure une série d’attentats « 29.3 Capitole, 15.4 Marbeuf, 24.5 Beyrouth […]». Elle constate que Johannes WEINRICH entre en ligne de compte en tant qu’auteur de cette note. Elle n’a pas trouvé d’éléments permettant d’exclure sa participation.

S’agissant d’une note intitulée « Avec Helmut » (scellé 2), il y a des similitudes avec l’écriture de Johannes WEINRICH. Aucun élément ne permet d’exclure sa participation.

Mme WAGNER procède par la négative, elle constate des similitudes avec l’écriture de Johannes WEINRICH. En tout état de cause, rien n’exclut sa participation.

Concernant la copie du passeport de M. Gérald Anthony ALLEN, cette écriture se rapproche de celle de M. Ilich RAMIREZ SANCHEZ.

De la même manière, la lettre du 29 août 1983 (scellé 3) adressée à Michel intitulée « Opération Berlin » présente des similitudes avec l’écriture de M. Johannes WEINRICH.

Les courriers de revendication du 31 décembre 1983 semblent pouvoir être attribués à Johannes WEINRICH, tout comme ceux du 7 septembre 1983 adressé à l’ambassadeur et du 1er septembre 1983 adressé au Ministre de l’Intérieur allemand après l’attentat du 25 août 1983 contre la Maison de France à Berlin-Ouest.

Me COUTANT-PEYRE  est, une fois de plus, étonnée : nous n’avons pas les originaux de ces documents. Ce sont des « copies d’aide d’état » sur lesquels les experts ont donné un avis très prudent. Faute d’original, ils n’ont pas de valeur judiciaire.

Me VUILLEMIN : mise à part la lettre de 1983 qui figure en original, mais qui ne concerne pas la Cour d’assises, aucun document n’a d’original. Je rappelle que Mme WAGNER voit seulement des « similitudes ». En outre, elle précise bien qu’elle a dû travailler sur du « mauvais matériel » puisqu’il s’agissait de photocopies. Il n’y a aucune certitude dans ces propos.

L’Avocat général O. BRAY lui conseille de lire le jugement du Tribunal de Berlin de 2004 sur ce point et de revoir sa position.

Me VUILLEMIN : Mme WAGNER déclare que « l’existence d’une contrefaçon ne peut jamais être être écartée avec certitude ». Elle conclut que l’expertise finale se fonde sur des similitudes sans certitude catégorique.

CARLOS : les avocats de la partie civile, de la défense et de l’accusation à charge parlent de soi-disant « courriers ». On ne sait pas de quoi il s’agit, ce sont des photocopies de photocopies de photographie. J’étais surveillé jour et nuit par les services secrets. Si j’avais posté les courriers, on m’aurait vu. La vraie question est de savoir comment les courriers ont été livrés.

L’Avocat général J. F. RICARD : j’entends des observations sur les expertises de Mme WAGNER, des petites phrases piochées par-ci par-là. Elle a été citée, mais la défense a émis de nombreuses exigences pour qu’elle ne vienne pas. Elle aurait tout expliqué. On ne peut pas regretter, d’un côté, qu’elle ne soit pas là et, de l’autre, avoir tout fait pour qu’elle ne vienne pas.

 

Lecture des déclarations de M. VOIGT

Helmut VOIGT, lieutenant-colonel, dirigeait la section 22-8 du MSF ministère de la Sécurité est-allemand chargée du suivi du terrorisme international, compétente pour surveiller et contrôler les activités et les membres du groupe dirigé par CARLOS. Helmut VOIGT était assisté de deux officiers, M. KIND et M. BOROTOWSKI.

Il a été condamné pour complicité dans l’attentat du 25 août 1983 pour avoir facilité le transport d’armes. Il est entendu une première fois en 1994, une seconde fois en 1995 où il refuse d’être auditionné par crainte d’être poursuivi par la France avant d’accepter d’être interrogé en 1998.

Il s’explique sur les membres du groupe. Il part du principe que CARLOS dirigeait le groupe. Aujourd’hui, il penche plutôt pour une direction collective. Ilich RAMIREZ SANCHEZ était venu en ex-RDA quatre ou cinq fois. Des appartements dont il ne se rappelle plus l’adresse étaient à disposition du groupe. Il décrit des écoutes, des sonorisations, des fouilles clandestines effectuées de manière incessante.

Question : Magdalena KOPP a dit que vous étiez son contact en RDA. Était-ce exact ?

Réponse : il est vrai que j’étais en contact personnel avec elle. Mais je me dois de préciser qu’il y avait plusieurs Helmut dans le service. D’autre part, je pense que le groupe utilisait le terme générique d’« Helmut » pour décrire le MFS.

Il précise que les décisions étaient prises au niveau du Ministère. Il était en contact avec les membres du groupe tout comme MM. BOROTOWSKI et KIND.

On lui présente une note manuscrite (scellé 2) retrouvée dans les affaires de Johannes WEINRICH à propos de Christa FRÖHLICH (cote 6241) : « en ce qui concerne Heidi, Marie ZIMMERMANN c’est tout. S’il pose des questions, aucun détail. 17.4, Berlin-Ouest tampon ? ».

À la cote 6273, figure une liste d’alias du 16 juin 1982 ainsi que les noms auxquels ils correspondent.

À la cote 5719, figure un rapport du 18 février 1983 avec une note sur laquelle il est indiqué que « WEINRICH a appelé, il attend la venue des avocats. VERGES a tellement fait pour la révolution, il lui faut un passeport ». La requête n’a pas été acceptée.

Question : il est établi une fiche de demande de recherches sur les personnes rencontrées et notamment sur Margrit STADELMANN (cote 5942 scellé 20 cote 36 à 42).

Réponse : effectivement, il s’agissait de Christa FROHLICH.

Question : dans le scellé 12, il y a des documents d’observation portant la mention HA/8. Ça vous dit quelque chose ?

Réponse : il y a eu des documents d’observation effectués à partir des rencontres entre les membres du groupe en URSS, en Tchécoslovaquie, en Hongrie mais pas en Roumanie.

Question : concernant vos relations avec la Hongrie, les rapports 6148 et 6438 font la synthèse des échanges d’informations entre les services de l’Allemagne de l’Est et la Hongrie.

Réponse : l’échange d’informations était intense avec la Hongrie.

D’ailleurs, un rapport (scellé 13) confirme les échanges d’informations et les réunions entre les services de l’Allemagne de l’Est et de la Hongrie.

Question : connaissez-vous le nom de code C79 (appellation hongroise du groupe CARLOS) ?

Réponse : non, cela ne me dit rien.

Question : avez-vous connaissance de documents faisant état de repérages provenant de la Hongrie ?

Réponse : je ne peux pas dire si je les ai vus, je ne maitrise pas la langue hongroise.

Question : quels étaient vos interlocuteurs en Hongrie ?

Réponse : je rencontrais fréquemment M. VARGA. M. SZABO faisait office d’interprète.

Dans deux rapports du 7 juin 1984 et du 3 mai 1984, figure les indications suivantes :

« Méthode pour le groupe d’étude Separat,

Manque de précaution de deux membres du groupe (Magdalena KOPP et Bruno BREGUET), nous mettons un terme pour l’instant à nos activités anti-impérialistes pour nous concentrer sur leur libération ».

Selon un rapport du 22 avril 1983, d’après les informations des services hongrois, le groupe avait l’intention de tuer les directeurs du journal « Al Watan ». Vous avez des indications sur ce point ?

Réponse : je n’ai pas eu de connaissances suffisantes sur ce point. C’était l’affaire des Hongrois.

Question : selon un rapport concernant un document sur la personne de Wilhelmine GOTTING, « la F. (Christa FROHLICH) a déposé un paquet le 19 mars 1982 ».

Réponse : c’est la première fois que je lis cette information. Ce rapport a pu être établi par M. BOROTOWSKI.

Question : concernant le transport de la valise trouvée lors de l’arrestation de Christa FROHLICH, un rapport mentionne la commission d’un attentat contre les Chemins de fer français. En outre, il y est dit que l’ETA aurait apporté son soutien à l’attentat du Capitole.

Réponse : le MFS a eu connaissance de la commission de deux attentats sur Paris. Nous n’avions pas d’information supplémentaire.

Question : « Helmut » aurait eu un échange d’information avec Christa FROHLICH. Le nom de ZIMMERMANN apparaît dans les archives lors de son passage à Berlin-Ouest.

Réponse : je ne peux rien dire de plus. Il pouvait s’agir d’une rencontre avec Johannes WEINRICH.

En tout état de cause, le témoin n’a pas eu de contact avec Ilich RAMIREZ SANCHEZ.

Le Président demande si une des parties souhaite une lecture supplémentaire de ces 40 pages d’audition.

Me COUTANT-PEYRE souhaite revenir sur les motifs du changement d’attitude de Helmut VOIGT. En 1995, il a refusé de répondre aux questions des enquêteurs avant d’être emprisonné en Grèce. Il a cru que la France voulait l’extrader. C’est peut-être la raison pour laquelle il n’a pas fait de déclarations.

Me VUILLEMIN pense qu’il s’agit simplement d’un moyen de valider les archives, de les légaliser. On constate que VOIGT a oublié une grande partie de ces documents. Lorsqu’on lui rappelle certains rapports, il croit parfois se souvenir de certaines choses. Mais, son témoignage n’est pas fiable.

Concernant les transcriptions des écoutes téléphoniques ou des sonorisations, on voit à travers l’audition de VOIGT ce qui était la mesure des connaissances de la « Stasi » des quatre attentats que la Cour a à connaître.

Sur la question de la complicité d’autres organisations dans l’exécution des attentats sur ordre du groupe CARLOS, il n’en sait rien. L’attentat du « Capitole » a-t-il été commis avec l’aide de l’ETA ? Il n’en sait rien.

Me COUTANT-PEYRE fait remarquer que lorsque M. MEHLIS transfère ces documents à M. BRUGUIERE, il lui indique ce ne sont pas des preuves dans notre procédure.

L’Avocat général J.F. RICARD souhaite formuler une observation : VOIGT a été condamné pour complicité pour avoir facilité la transmission d’explosifs qui ont servi à Weinrich pour commettre l’attentat de la Maison de France à Berlin.. L’accusation a tout fait pour qu’il comparaisse comme témoin. Je regrette, mais on ne peut pas refuser la comparution d’un témoin et, après, « triturer » les procès-verbaux.

Me COUTANT-PEYRE s’emporte et rappelle qu’elle a demandé des confrontations qui ont été refusées par le juge BRUGUIERE.

Me VUILLEMIN : ce n’est pas un « triturage », c’est écrit noir sur blanc. M. VOIGT était un espion !

CARLOS : je ne suis pas d’accord avec Me VUILLEMIN lorsqu’il parle d’espion. Je considère qu’un espion est une personne qui travaille clandestinement pour obtenir des renseignements dans les pays étrangers ou ennemis. Là, on s’adresse à des agents de pays amis. Le seul qui était un espion c’est BOROTOWSKI. Il faisait partie « des gauchistes de mai 1968 ». Il a été découvert et est devenu « gratte-papier » par la suite. Ces rapports ne sont pas intéressants, ils ne témoignent de rien. Je n’aimais pas ces agents d’Allemagne de l’Est. Helmut VOIGT a été condamné, mais il n’a rien à voir avec cet attentat. Je peux témoigner qu’il est innocent. J’étais le seule responsable des opérations. Johannes WEINRICH s’occupait des décisions politiques au sein de l’organisation.

Me SZPINER reprend les propos de CARLOS : « je peux témoigner qu’il est innocent ». Effectivement, vous avez organisé l’opération, vous la connaissez par cœur. Parlez-nous en !

Demandez à votre collaboratrice, répond CARLOS.

 

Lecture du rapport d’audition de Gottfried KIND

Il était major au sein de la section 22-8 du MSF, Ministère de la Sécurité est-allemande chargée du suivi du terrorisme international. Il était sous les ordres de M. VOIGT mais il était le supérieur de M. BOROTOWSKI. Le dossier était dirigé par BOROTOWSKI.

Question : connaissez-vous les documents du dossier « Separat » ?

Réponse : Je les corrigeais, j’en avais connaissance. Au début, on appelait l’organisation « groupe CARLOS ». Après 1979, on n’a appelé « groupe Separat ».

Question : est-ce que le groupe s’est appelé « Organisation internationale terroriste » ?

Réponse : oui, ils se désignaient comme cela.

Question : est-ce que vous contrôliez directement les membres du groupe ?

Réponse : non, pas personnellement. VOIGT et BOROTOWSKI s’en chargeaient.

Johannes WEINRICH a demandé à VOIGT que BOROTOWSKI donne un passeport à VERGES. Il s’agissait des hommes de liaison avec le groupe.

Il dit ignorer si STADELMANN et ZIMMERMANN sont des alias. En outre, il n’est pas certain qu’il s’agissait de la même personne.

Question : Wilhelmine GOTTING aurait-elle utilisé le passeport ODENHAL ?

Réponse : je ne sais pas, il faut voir dans les archives hongroises.

Question : vous rencontriez M. VARGA, une fois par mois, entre 1984 et 1985. Au cours de ces rencontres, avez-vous échangé des renseignements sur les attentats commis en France ?

Réponse : non.

Question : pouvez-vous nous préciser la note d’information du 18 août 1982, sur le fait que VERGES et son épouse auraient effectué des démarches auprès des services français pour obtenir la libération de Bruno BREGUET et Magdalena KOPP ?

Réponse : CARLOS a mis en place de nombreux plans pour les libérer. Je ne sais rien concernant Me VERGES, il faut demander à BOROTOWSKI.

Question : est-ce que vous savez si l’ETA a participé à l’attentat du « Capitole » ?

Réponse : j’avais des contacts avec un membre de l’ETA. Je l’ai vu une fois en compagnie de « Steve ».

Question : le groupe CARLOS avait-il des relations avec des ressortissants suisses ?

Réponse : Non.

Question : aviez-vous connaissance de la préparation d’attentats en France ?

Réponse : Ni moi, ni un autre membre de notre service n’avait connaissance de la préparation d’attentat en France avant leur commission.

Question : avez-vous connaissance de la note du 30 mai 1982 et de la liste des attentats y figurant ?

Réponse : s’il s’agit de matériel remis par les services hongrois, je ne m’en suis pas occupé. Il faut demander à BOROTOWSKI.

Question : selon une note d’information du 7 février 1984, le groupe aurait commis les attentats du 31 décembre 1983. En avez-vous entendu parler ?

Réponse : Johannes WEINRICH aurait avoué à Helmut VOIGT l’implication du groupe dans ces attentats.

Helmut VOIGT ne dit pas cela, conclut le Président.

Me COUTANT-PEYRE rappelle que ces documents ne sont pas des éléments à charges, comme l’a évoqué le Procureur MEHLIS.

Me VUILLEMIN : nous connaissons la menace de SANCHEZ, à savoir la volonté de commettre des attentats. Peut-être VOIGT a-t-il des informations complémentaires ?  Or, VOIGT n’a rien dit à propos de confidences qu’aurait pu faire Johannes WEINRICH.

M. DAHL, entendu en 1995, a refusé de témoigner conformément à l’article 55 du CPP.

 

Lecture du rapport d’audition de M. BOROTOWSKI

Il a été entendu le 21 et 22 mars 1995. Il dépendait de la section 22-8 du MFS. Il devait ouvrir un dossier opérationnel sur le groupe CARLOS. Son supérieur était le capitaine VOIGT.

Nous avons qualifié l’organisation de « groupe Separat ». Il se revendiquait de dimension nternationale. Le chef était Ilich RAMIREZ SANCHEZ. Il séjournait à Berlin sous plusieurs identités, mais dont je n’ai pas le souvenir.

Nous avions retranscrit une conversation (scellé 16) entre WEINRICH et LILY où il était fait état d’une demande de visa pour Me VERGES. N’ayant pas obtenu de visa, il n’a pas eu l’autorisation de rentrer en RDA. Le fait d’avoir été l’avocat de BARBIE en aurait été la raison.

CARLOS l’interrompt : l’avocat suisse qui le défendait, c’est mon ami François GENOUD.

Le Président reprend la lecture du rapport.

Question : qui est Michel KHOURI ?

Réponse : il s’agit d’Ilich RAMIREZ SANCHEZ. Il confirme le fait que CARLOS était le chef du groupe.

Question : Y avait-il des transports d’armes pour le compte de l’ETA ?

Réponse : il y avait des transports d’armes, mais je ne suis pas en mesure d’en parler, je ne m’en souviens pas.

Question : avez-vous connaissance de la préparation d’attentats en France, notamment par l’ETA?

Réponse : non. Je n’ai pas connaissance de la préparation d’attentat par l’ETA sur le territoire français.

Question : dans une conversation enregistrée le 19 août 1983, « Michel » demande si « Steve » s’il peut se renseigner sur un explosif très puissant.

Réponse : nos services ne semblaient pas connaître ce type d’explosif.

Question : avez-vous rencontré CARLOS ?

Réponse : je ne l’ai pas connu personnellement, je l’ai rencontré une seule fois.

Question : comment étaient les contacts entre VOIGT et Johannes WEINRICH ?

Réponse : les relations étaient tendues.

Question : quelle était votre mission ?

Réponse : je devais m’occuper de trouver des garages et de superviser les transports d’armes destinées à l’ETA.

Question : avez-vous eu connaissance de transports d’armes à d’autres organisations terroristes comme à l’IRA par exemple ?

Réponse : non.

Question : saviez-vous si les rendez-vous entre Johannes WEINRICH et Nabil SHRITAH étaient surveillés ?

Réponse : je ne sais pas.

Question : vous saviez que des armes étaient déposées à l’Ambassade de Syrie ?

Réponse : oui, mais je n’ai fait le rapprochement qu’avec l’attentat contre Maison de France à Berlin. Concernant les attentats du 31 décembre 1983, Johannes WEINRICH avait parlé « d’action contre la France ». Toutefois, il n’a jamais été précis sur une date.

L’Avocat général O. BRAY : M. le Président vous avez parlé d’un explosif puissant d’un type particulier.

Le Président précise que ce type d’explosif apparaît dans les notes du 19 et 22 août 1983 et dans la réponse de Johannes WEINRICH du 29 août intitulée « Opération BERLIN ».

L’Avocat général O. BRAY fait remarquer que ce courrier aurait été rédigé par Johannes WEINRICH. Or, il a été signé par « Peter ». Dans sa relation avec Helmut, il pouvait se faire appeler « Ali » également. C’est ça le terrorisme.

Me COUTANT-PEYRE précise que dans une note du 7 mai 1994 émanant de la session 22-8 du MFS, Helmut VOIGT avait pour but de manipuler le groupe dirigé par Ilich RAMIREZ SANCHEZ. C’est un travail de manipulation et de déstabilisation.

Me VUILLEMIN revient sur l’audition de M. KIND : il y a un nouveau « Peter » en la personne de MONTEVERDE. Je vous lis une phrase de M. BOROTOWSKI : « j’ai supposé que ces informations ont été conformes à la vérité. Je ne me souviens plus les faits qui y sont évoqués mais le contenu est conforme à la vérité ». C’est ma phrase préférée !

CARLOS pense que BOROTOWSKI était un espion. Un détail est important. Je connais bien les explosifs même si je ne suis pas un expert. Est-ce qu’il existe un explosif qui s’appelle « art de taille » ? Tout cela c’est bidon.

Il poursuit : « vous mentionnez des « transports autorisés » vers l’Espagne pour l’ETA. Qui l’a autorisé ? À quel niveau ? C’est important pour comprendre la vérité. C’est une tricherie de la part de l’accusation ».

« Autre question : personne n’a pensé à demander à VERGES son avis ? Je me pose la question : je suis responsable de tout ce qu’ont fait mes camarades, mais je ne suis pas le chef.

Selon Me SZPINER, « si vous estimiez la présence de Jacques VERGES indispensable, vos avocats pouvaient le citer. Mais à partir du moment où il est soumis au secret professionnel, il n’aurait pas pu témoigner. Le secret professionnel est absolu. Il ne cède que s’il constitue un obstacle aux droits de la défense ».

L’audience est suspendue à 13 h.   

L’audience reprend à 14h30.

Le Président continue la lecture des rapports d’audition des anciens officiers de la STASI.

Déposition du 22 mars 1995 de GUNTHER JAECKEL.

Il a expliqué être arrivé au MFS en 1980 comme lieutenant. Il avait pour supérieur le colonel FRANZ et Harry DAHL. VOIGT et BOROTOWSKI étaient ses subordonnés. Il s’intéressait au terrorisme de gauche.

En septembre 1981, l’objectif est de pousser le groupe CARLOS hors des états socialistes. Il a une conception différente de DAHL pour traiter le dossier « SEPARAT ». Il considère les membres de ce groupe comme des psychopathes qu’il faut expulser.

WEINRICH, alias STEVE lui a été présenté comme un informateur.

Le dossier « SEPARAT» comprenait les membres du groupe CARLOS, leurs contacts, les sympathisants.

Un rapport,  en date de mars 1981, signé par BOROTOWSKI et VOIGT fait référence à la mise en place du dossier « SEPARAT ». Le témoin admet avoir rencontré les Hongrois. À la fin de ces rencontres, il y a eu des échanges d’informations.

Un rapport du 28 avril 1981 fait mention des noms des membres du MFS ayant participé à ces réunions avec les Hongrois. L’objectif est de prendre des mesures communes à l’encontre du groupe SEPARAT.

Dans un rapport du 11 janvier 1982, qu’il a rédigé, il reconnaît que le groupe terroriste dispose d’armes, mais assure ne plus se souvenir des transports et transferts d’armes.

Il ajoute que selon son estimation personnelle, les services secrets de l’armée de l’air syrienne se trouvaient derrière CARLOS.

Les services de sécurité cubains désignaient le groupe CARLOS par le code « MACARAIBO » (région du Venezuela).

S’agissant des notes manuscrites attribuées à WEINRICH, relatives aux repérages de la rue Marbeuf de janvier 1982, il admettait reconnaitre ces documents transmis par les Hongrois.

Il affirme que l’homme le plus important chez les Hongrois était VARGA et que BOROTOWSKI était le pendant de VOIGT.

Il dit ignorer si des attentats ont été commis par l’ETA pour le compte du groupe CARLOS en contrepartie de la fourniture d’armes.

Il reconnait savoir qu’un membre du groupe CARLOS s’est entretenu avec Me VERGES en Suisse. CARLOS a donné de l’argent à Me VERGES afin qu’il assure la défense de Klaus BARBIE. Il affirme que Me VERGES faisait partie du cercle trouble gravitant autour de l’organisation CARLOS.

Dans sa déposition, il n’est donné aucun détail sur les attentats dont la Cour est saisie.

M. BRAY, l’Avocat général, fait observer que le groupe CARLOS était l’instrument des services secrets syriens notamment des services de l’armée de l’air.

Me VUILLEMIN constate que tous ces responsables de la STASI savent peu de choses et ne sont pas d’accord entre eux. Le témoin  JAECKEL n’avait pas la même conception que son supérieur hiérarchique, M. DAHL. Ainsi, il estimait que les informations amenées par WEINRICH n’étaient pas intéressantes et peu fiables.

Déposition de Willi DAMM devant les services de police allemands.

Ex-chef de la section 10 du Ministère de la Sureté, il disposait d’informations sur le groupe CARLOS.

Il a reçu le rapport ROQUE (Cubain). Il était le lien de coordination entre le MFS et les autres États de l’ex-pacte de VARSOVIE, notamment la Hongrie.

Il entretenait des contacts professionnels et officiels avec tous les officiers de liaison. Il précise que les officiers de liaison n’étaient pas payés pour leur échange d’informations.

Le Président dit avoir fait le tour des auditions des ex-agents de la STASI.

Le Président poursuit sa lecture par les auditions des ex-officiers roumains de la Securitate.

Déclaration de M. Tudor POSTELNICU

Il est entendu le 30 octobre 1998 alors qu’il est en détention dans son pays suite à la chute du régime de CEAUSESCU.

Il est issu du mouvement ouvrier, il a travaillé dans la production et a suivi des cours à l’Académie sociale. Depuis 1956, il appartenait à l’Union de la jeunesse ouvrière.

En 1978, il est nommé chef du département de la Sécurité de l’Etat.

En 1987, il est nommé Ministre de l’Intérieur jusqu’en décembre 1989.

Sous ses ordres se trouvait le général MEZIDA, le chef des services d’informations extérieures. En 1981, le Président CEAUSESCU l’avait questionné sur le groupe CARLOS, il désirait être informé des activités de ce groupe. Par conséquent, il avait interrogé le général MEZIDA au sujet des éventuelles activités du groupe terroriste.

Il précisait ne pas connaître CARLOS et n‘avoir eu aucune discussion avec lui. Il avait appris plus tard que CARLOS était venu en Roumanie afin d’obtenir des contacts et des munitions.

Audition de Sergio MIKA

Il était fonctionnaire dans une unité militaire à Bucarest et travaillait sur des dossiers de terrorisme international et notamment sur le dossier CARLOS.

CARLOS voulait obtenir un contact avec les autorités roumaines.

En aout 1979, il s’était rendu à Prague et avait rencontré CARLOS et plusieurs membres du groupe.

L’objectif de ces rencontres était d’accorder plusieurs facilités au groupe en échange que ce dernier ne fasse aucune action hostile contre la Roumanie. De plus, les officiers roumains cherchaient à convaincre CARLOS d’apporter son appui à une action de neutralisation d’un traitre.

Déclaration du 15 avril 96 Nicolas PLESIDA

Chef du centre d’information extérieur.

Audition d’Ion DEACONESCU

En 1980, il est officier au centre d’information extérieure.

Il se rend à Prague avec MIKA et assiste à une discussion en anglais entre MIKA et deux hommes. Cette discussion avait pour objet l’obtention d’informations sur le traitre roumain.

Dans l’avion de retour en Roumanie, MIKA lui demande s’il sait qui sont les deux hommes. Il a appris qu’un de ses hommes est CARLOS.

Le Président finit la lecture des anciens agents de la Securitate.

CARLOS admet avoir reçu des armes de la part des Roumains et affirme avoir été lui et les membres de son groupe,  les invités du président CEAUSESCU.

L’audience est suspendue à 16 h.