Mercredi 30 novembre – 17ème journée

L’audience reprend à 9 h 52.

La Cour procèdera aujourd’hui à l’étude des documents ayant trait aux attentats commis dans le TGV dit « le Valenciennes » à hauteur de Tain-L’hermitage et à la gare Saint Charles de Marseille le 31 décembre 1983 ainsi qu’à l’étude des documents de MM. KESSOUS et JOINET.

Le Président rend un arrêt concernant les auditions des officiers de la Stasi : Helmut VOIGT, Harry DAHL, Wilhelm BOROTOWSKI, Günther JAECKER, Willy DAMM et Gottfried KING.

La Cour considère que leur audition n’est pas indispensable à la manifestation de la vérité et déclare qu’il est passé outre leur audition.

Une note du 1er décembre 1983 commençant par « With Ali » contient, en bas de page, les mentions « AFP, REUTERS, AP, DPA ». Deux messages, datés du 31 décembre 1984, ont été reçus à l’agence AP et à l’agence AFP, le 2 janvier 1984. L’écriture de cette note a été attribuée à Johannes WEINRICH.

Le Président s’adresse à CARLOS : selon cette note et vos déclarations faites pendant l’instruction, vous auriez envoyé un message à quatre agences de presse. Or, il semble que seulement deux agences l’aient reçu. Avez-vous des observations sur ce point ?

CARLOS dont les propos ne sont pas toujours compréhensibles s’emporte. Il le compare au juge BRUGUIERE.

Dans une retranscription d’une conversation téléphonique du 2 janvier 1984 entre « Ali » et « Steve », il est mentionné que « Steve » aimerait savoir si HA (Abul HAKAM soit Ali AL ISSAWI) a rempli sa mission. Il répond : « HA l’a déjà fait hier soir ». Les enquêteurs se sont demandés s’ils ne parlaient pas de l’envoi de la lettre. Il répond : « Georges a bien fait son travail même plus que nécessaire ». Si Ali AL ISSAWI reconnaît avoir participé à la rédaction du message « pas seulement nos enfants pleureront…», il affirme, dans ses déclarations, ne pas avoir posté ces lettres.

Le rapport de synthèse du MFS, du 3 mai 1984, fait un lien interprétatif entre les attentats de la ligne SNCF et l’interpellation de Christa FROHLICH au mois de juin 1982. Il ressort de ce rapport qu’un attentat était prévu en juin 1982 en France. C’est la raison pour laquelle elle souhaitait livrer en France une valise pleine d’explosifs (par TGV).

Dans un rapport rédigé par le Général Willy DAMM à son supérieur, le lieutenant général NEBBER, le Général mentionne, que le groupe « Separat » a commis quelques petites actions jusqu’en 1982  pour obtenir de l’argent. Après l’arrestation de deux de ses membres, le groupe a menacé de commettre des attentats en France ou contre les intérêts français à l’étranger. Par la suite, des actions de vengeance ont été commises en réponse aux bombardements par l’Armée française sur la ville libanaise de Baalbek ». Cette note fait le point sur le comportement adopté par la RDA à compter du mois d’avril 1984.

Selon un rapport du 4 janvier 1984 des services hongrois intitulé « Entretien avec Steve », il est indiqué « nous avons eu un entretien avec un membre de l’organisation dénommé Steve : l’organisation aurait commis des attentats dans le sud de la France lors de la Saint Sylvestre dans le TGV et à la gare Saint Charles de Marseille ».

Un rapport, du 23 janvier 1984, fait état d’une rencontre entre les services hongrois et les services bulgares : « compte tenu des informations opérationnelles, on peut constater que les deux attentats ont été commis par le groupe CARLOS. Steve a utilisé un passeport britannique, il est venu à Budapest avant de s’envoler pour Tripoli (Liban). Selon nos informations, une opération à la bombe a été commise à Beyrouth contre le Centre Culturel français par le groupe CARLOS.

Dans un rapport, du 7 février 1984, envoyé sous forme de télex à Willy DAMM, les services hongrois ont voulu transmettre aux autorités est-allemandes des informations sur le groupe émanant de leurs échanges avec la Bulgarie : « le groupe est devenu plus actif. Leur participation aux attentats commis dans le sud de la France est avérée, ces deux actions sont liées à la présence des forces armées française au Liban ». Cette action est sans lien avec les attentats commis en 1982 pour libérer Magdalena KOPP et Bruno BREGUET.

En vertu d’un rapport du 8 février 1984, de Willy DAMM à son supérieur M. NEBBER, il paraitrait que le groupe CARLOS « d’après les informations des services de sécurité hongrois, devient plus actif… ». Ce rapport reprend les indications des services de sécurité hongrois précédemment envoyés auquel il ajoute son point de vue sur la situation.

Le Président mentionne l’existence d’un rapport, du 7 février 1984, émanant de la Stasi, avec en en-tête, la mention « Informations ». Il s’agit d’une « note blanche » (pas de mention de destinataire ou de signataire).

Me VUILLEMIN demande sa projection. Le Président projette les deux derniers rapports.

Me VUILLEMIN regrette que le Président s’arrête sur ce rapport.

CARLOS : ce sont les Arméniens qui ont commis les attentats en Autriche. La question de Beyrouth, ce n’est pas nous. Il y a quelque chose d’intéressant sur les dates. Pour l’attentat de la Maison de France, c’était contre la Stasi.

CARLOS reconnaît avoir été l’instigateur de l’attentat contre la Maison de France à Berlin. Il est pris acte de ses déclarations :

« C’est moi qui ai donné le feu vert pour l’attentat de la Maison de France, commis le 25 août 1983, à Berlin-Ouest. Il s’agissait premièrement de donner une leçon au MFS qui nous portait préjudice et c’était un rappel à l’Élysée de l’engagement de ne pas garder nos camarades en prison. Il s’agissait aussi de calmer nos camarades basés en RFA contre l’État-major de Berlin à l’encontre duquel nous avions refusé de commettre un attentat car nous avons estimé qu’un tel attentat risquait de provoquer une crise diplomatique internationale trop grave entre Moscou et Washington.

Tout ce que le MFS a pu écrire à propos de l’implication de Johannes WEINRICH sur cet attentat est du bidon. Il a seulement une coresponsabilité organisationnelle, mais pas opérationnelle ».

Les services hongrois craignaient un discrédit des États socialistes par les milieux occidentaux.

Un rapport rédigé, le 6 février 1984, par M. ROQUE, officier de renseignement cubain, en poste à l’ambassade de Cuba à Berlin-Est et premier secrétaire de l’Ambassade, relate une rencontre entre les deux hommes, le 2 février 1984, au cours de laquelle Johannes WEINRICH lui aurait dit être à l’origine de l’attentat de Marseille en réponse à un bombardement des populations civiles au Liban. M. MEHLIS a lu l’original. La traduction est adressée par M. DAMM à son supérieur le général NEBBER, le 20 février 1984.

Selon le rapport, l’attentat devait initialement être commis à Paris mais compte tenu d’un important dispositif de sécurité, la ville de Marseille a été préférée.

Le Président indique que M. ROQUE n’a jamais pu être entendu.

En revanche, lors de son audition, Willy DAMM a reconnu M. ROQUE sur la photographie qui lui a été présentée. Il a également authentifié le rapport.

En outre, dans un courrier, on évoque un certain Juan Miguel ROQUE dont Johannes WEINRICH était l’informateur.

Ces éléments ont été débattus lors du procès de Johannes WEINRICH en Allemagne concernant les 4 attentats. Le tribunal de Berlin a conclu que « ces notes ne permettent pas de conclure à sa participation dans l’attentat », « la participation concrète du mis en cause ne peut être établie ». Le tribunal rappelle que M. ROQUE n’a pas été entendu.

Question de l’Avocat général O. BRAY : concernant les déplacements de l’accusé, il ressort du dossier que, le 14 décembre 1983, CARLOS était à Budapest. Il s’est rendu le 16 décembre 1983 à Belgrade avant de se rendre à Sofia (Bulgarie) accompagné d’un ressortissant syrien.

Un rapport du 5 janvier 1984 des services du MFS confirme que l’intéressé était à Tripoli (Liban) le 31 décembre 1983.

Qu’avez-vous à dire sur ces déplacements ?

CARLOS : la « Stasi » s’occupe de mes déplacements en Hongrie, ce n’est pas sérieux. Je vous demande des photocopies officielles de tout cela ! Vous savez ce que vous faisiez le 16 décembre 1983 ? Je me rappelle avoir fait un voyage urgent à Budapest concernant la protection des Jeux Olympiques à Sarajevo. C’est grâce à moi qu’il n’y a pas eu d’attentat à Sarajevo.

Question de l’Avocat général O. BRAY : est-ce que Johannes WEINRICH s’occupait de la comptabilité ?

CARLOS : pas du tout. Nous avions des banquiers.

Question de l’Avocat général O. BRAY : vous connaissiez « Georges » ?

Réponse : non

Question de l’Avocat général O. BRAY : KHALIL ADHAM ça vous dit quelque chose ?

Réponse : ah oui.

Question de l’Avocat général O. BRAY : il s’appelle également Tarik ou Tarek ?

Réponse : ça je ne sais pas.

Question de l’Avocat général O. BRAY : il y a une note de Johannes WEINRICH évoquant un certain Michel ou Feisal, vous reconnaissez ces alias ?

Réponse : en quoi ça m’intéresse ?

Question de l’Avocat général O. BRAY : toute à l’heure, le Président a mentionné une écoute téléphonique entre Ali et Steve dans laquelle il était dit « George a bien travaillé… »

Réponse : mais il n’y a pas d’écoute téléphonique !

Question de l’Avocat général O. BRAY : entreteniez-vous des relations particulières avec les Cubains ?

Réponse : oui.

Question de l’Avocat général J. F. RICARD : suite à l’entretien, les services hongrois ont la certitude que le groupe a préparé et exécuté  les attentats. Les services cubains transmettent les mêmes informations à des dates différentes. Les services hongrois prennent les informations suffisamment au sérieux pour prévenir les services bulgares. Dans les archives roumaines, on retrouve le passeport britannique utilisé par Johannes WEINRICH le 31 décembre 1983.

Dans une lettre écrite en anglais et datée le 1er juin 1982, on peut voir la relation hiérarchique entre « Michel » et « Steve ». Michel lui donne des instructions : « Opération de Berlin : fais bien attention, ne me demande pas d’envoyer mon frère avant que les explosifs ne soient arrivés… ».

Vous avez expliqué avoir donné le feu vert pour l’action contre la Maison de France à Berlin. Vous parlez d’une opération à Berlin, mais la lettre date de 1982. Est-ce que vous prévoyiez déjà en 1982 un attentat contre la Maison de France (1983) ?

Réponse : cela ne vous regarde pas. Allez poser la question à ces gens-là ! Il n’y a pas de courrier, montrez-moi l’original !

Me COUTANT-PEYRE : tout le monde constate que la justice n’aime pas parler des relations politiques. Lorsque l’Etat français pose des questions, il y a des pièces non versées au dossier. Les conditions procédurales ne sont pas respectées. C’est le seul immigré illégal que la France refuse d’expulser depuis 14 ans ! Son État l’a pourtant rappelé il y 15 jours. « La France est le harki des États-Unis, pardon pour les harkis ». Il n’y a pas de convention d’entraide judiciaire. On sait que les documents sont allés aux États-Unis avant de revenir en France. Vous n’avez que des documents choisis pour diaboliser un opposant politique. Ce sont tous des « documents blancs ».

Quand je dis que ce procès n’aurait jamais dû avoir lieu, je veux dire que les magistrats allemands, mieux placés pour analyser ces documents, les ont écartés des débats. Les premières communications ont lieu en 1989, ils ont eu le temps de trafiquer et trier les archives entre temps !

Concernant Johannes WEINRICH, elle lit le jugement concernant le passeport : le doute à ce sujet s’impose d’ores et déjà, de la part du témoin Magdalena KOPP qui, lors de son audition du 2 mai 1996, réfute l’hypothèse qu’il se trouvait à Marseille et participait activement au délit du 31 décembre 1983. Les constatations d’un service de renseignement sont soumises à des critères moins sévères que ceux utilisés dans les enquêtes judiciaires, ils émettent des insinuations et des suppositions. Ces constatations sont entachées de tels doutes qu’elles ne peuvent être considérées comme des « constatations » au sens criminologique et légal et ne sont généralement pas appropriées. La condamnation implique que la Chambre ait des certitudes sur la culpabilité mais pas établies à partir d’hypothèses ou de suppositions.

Je pense qu’il faut cesser de bricoler des documents choisis par le juge d’instruction qui a d’ailleurs instruit à charge uniquement. Donc, je considère que nous devons nous orienter vers un véritable débat fondé sur des éléments sérieux et non « indiciels » pour reprendre les termes du jugement.

Me VUILLEMEIN : depuis trois jours le Ministère public croit pouvoir se frotter les mains car on examine les archives, seuls éléments sur lesquels se fonde ou croit se fonder l’accusation. Quelle fiabilité concernant ces archives ? Au-delà des questions de forme que je rappelle au point de lasser la Cour, mais étant moi-même lassé de voir tous les jours les mêmes pièces. La projection des documents sans en-tête ni signature ne produit qu’une fusion ou confusion des documents pour glaner quelques documents à droite, à gauche.

Les alias sont importants dans ce dossier. Qu’est-ce qui établit la correspondance entre ces alias et les personnes de la procédure ? Rien de fiable ! M. le Président, quand vous faites la lecture, vous ne prenez pas la peine de répéter les alias, vous parlez de Johannes WEINRICH ou d’Ilich RAMIREZ SANCHEZ.

Je vous prie de m’excuser, c’est vrai, ma langue fourche parfois, reconnaît le Président.

Me VUILLEMIN poursuit : nous ne savons pas si les documents viennent de la « Stasi ». Le document est soi-disant issu des archives mais il n’y a aucune indication sur la provenance. Ces documents ne valent rien !

Je me réfère au jugement qui acquitte Johannes WEINRICH : dans ce contexte, « acb rem » que selon les déclarations de VOIGT, Ali ISSAWI serait Peter. Ceci a pour conséquence que la Chambre  n’a pu établir qui était « Peter ». Si on pense que c’est Ali AL ISSAWI, c’est Abul HAKAM mais pas toujours. Il aurait écrit « pas seulement nos enfants pleureront ». Dans l’interrogatoire, l’officier jordanien répétant ce qu’aurait dit le fantôme «  en ce qui concerne les raids aériens, les mères ne seront pas les seules à pleurer… » Il n’est plus question « d’enfants » mais de « mères ». Par conséquent, rien n’est fiable.

Un rapport hongrois, du 22 avril 1982, non signé comme d’habitude mentionne un attentat commis à Roman dans une mosquée, le 2 mai 1982, dont « Steve » serait l’auteur selon une écoute téléphonique. Or, une note de la DST du 28 août 1991 précise que l’attentat de Roman a été commis par deux personnes d’extrême droite qui ont reconnu en avoir été les auteurs et ont été condamnées. La fiabilité des archives est donc égale à zéro.

L’Avocat général O. BRAY : s’agissant des surnoms le Conseil a raison.  Effectivement, il y a un doute sur le surnom « Peter ». Les Allemands se sont fondés sur des documents écrits. Dans le jugement du 23 août 2004, il y a la liste des noms.

Ce qui compte c’est la conclusion ! affirme Me VUILLEMIN.

L’Avocat général projette cette liste : dans leurs relations avec Helmut VOIGT, Johannes WEINRICH se faisait appeler « Steve » ou « Heinrich » et Ali AL ISSAWI « Ali » ou « Peter ».

Mais les changements d’alias étaient fréquents. Il montre un document sur lequel figure une photographie avec indiquée « Steve » en dessous.

Me VUILLEMIN : tous ces documents sont dans les mêmes archives, on veut que tout aille à la poubelle. M. l’Avocat général BRAY nous projette un document figurant dans le jugement. Les juges allemands ont conclu qu’il ne valait rien. La Chambre n’a pas pu établir de manière certaine l’identité de « Peter ».

L’audience reprend à 14 h 14.

Documents relatifs aux attentats de Tain l’Hermitage et de la gare Saint –Charles du 31 décembre 1983.

Une note du 6 février 1983 qui a été lue par le tribunal de Berlin en 2004. Les juges en ont conclu qu’une participation de l’accusé à l’attentat est possible, mais non convaincante, cette note ne permet pas de conclure à une participation active de WEINRICH aux faits qui lui sont reprochés.

Question l’Avocat général O. BRAY : est-ce que votre groupe a commis ces attentats?  Ces attentats étaient préparés depuis longtemps notamment depuis février 1983 ? Il rappelle l’attaque de Baalbek en réponse aux 56 parachutistes tués à Beyrouth.

Pour l’attentat à Marseille vous évoquez 2 pistes :

- Moyennes orientales de la part d’un Chef d’État

- Le Gal.

Réponse de CARLOS : tous les ans, il y a des règlements de compte à Marseille donc les attentats sont fréquents.

Dans une note manuscrite du 9 juin 1983 attribuée à WEINRICH par Mme WAGNER, il est fait état de :

-          de « similitudes avec son écriture »

-          une check liste traduite de l’Allemand

-          contrôles de bagage transfrontaliers et de l’absence de contrôle dans le TGV.

-          de repérages identiques à ceux trouvés dans l’agenda de FROHLICH lors de son arrestation à Rome.

CARLOS intervient et dit d’un air amusé : « ce n’est pas FROHLICH c’est l’autre, sous-entendu GOTTING. »

Question l’Avocat général O. BRAY : y a-t-il une similitude entre FROHLICH et GOTTING ?

Réponse : vous avez une théorie farfelue.

Question : y a-t-il un rapport entre ces repérages et la préparation d’un attentat ? On remarque dans le dossier qu’à chaque attentat, des repérages ont été effectués précédemment.

L’Avocat général, M. RICARD fait mention d’un document issu de la procédure italienne retraçant le parcours de FROHLICH et précisant qu’elle devait se rendre à Paris (références à des hôtels parisiens). Pourquoi devait-elle se rendre à Paris ?

CARLOS : Paris est la ville la plus visitée au monde.

Dans le parcours emprunté par FROHLICH, il est fait mention d’un train passant par le Mont Cenis, comme dans une note de WEINRICH.

CARLOS transmet un article de journal au Président.

Le Président veut examiner un certain nombre de documents qui ont trait aux négociations entre le groupe CARLOS, des avocats et  des conseillers techniques du gouvernement.

- Un rapport hongrois du 4 novembre 1982 fait état de ces négociations. Il est mentionné que STEVE séjourne à Berlin.

- Un rapport du 26 aout 1983 mentionne que l’objectif  du groupe CARLOS est de libérer KOPP et BREGUET détenus en France grâce à des négociations par l’intermédiaire d’avocats.

- Un rapport du 26 aout 1983 précise que Me Jacques VERGES avait pour mission de faire évader BREGUET et KOPP avec la complicité de membres de l’administration pénitentiaire ou de les faire libérer.

- Dans un rapport allemand du MSF du 11 juin 1982, il est mentionné les alias de Me VERGES et Me RAMBERT. Concernant Me VERGES, il se fait appeler HERZOG puis devient GABRIEL puis PAULA. En ce qui concerne Me RAMBERT, avocat suisse de CARLOS, ses alias sont DUKE, GUILLAUME.

- Une note manuscrite rédigée en français, sans date, indique des rencontres entre Me VERGES et Roland KESSOUS, conseiller de M. Gaston DEFFERRE, Ministre de l’Intérieur, où il insiste sur le danger de garder KOPP et BREGUET en prison. Me VERGES a rencontré quatre fois M. Louis JOINET, conseiller de M. Pierre MAUROY, Premier Ministre en 1982.

- Un rapport du MSF de juin 1983 fait état de rencontres entre Me VERGES et sa femme et M. L. JOINET, M. Roland KESSOUS et M. Jean-Claude COLLIARD, directeur de cabinet de M. F. MITTERRAND, Président de la République.

- Dans une note manuscrite de WEINRICH, on constate certains détails sur les conditions d’incarcération de KOPP et BREGUET.

- Un rapport hongrois fait état d’un projet d’évasion par l’intermédiaire de Me VERGES.

- Une note manuscrite du, 23 février 1982, attribuée à WEINRICH fait état d’entretiens avec GRAFF alias de Me RAMBERT.

- Une autre note du MFS, du 18 février  1983, fait mention d’une demande d’obtention d’un visa pour Me VERGES.

Question de Me IWEINS : est-ce que ces éléments se réfèrent aux négociations gouvernementales ?

Réponse de CARLOS : oui Me VERGES était un des contacts avec l’Elysée, Matignon et place Beauvau (Ministère de l’Intérieur). Mais Me VERGES nous a été envoyé. Nous avions besoin de contacts gouvernementaux pour libérer les prisonniers.

Question de Me IWEINS : vouliez-vous les faire sortir, est-ce clair et net ?

CARLOS : oui

Question de Me IWEINS : quels moyens de pression aviez-vous sur les autorités françaises ?

Réponse de Carlos : notre amitié éternelle et plus si affinités. Si on refuse l’amitié, c’est l’inimitié.

Me IWEINS s’adresse à CARLOS : « votre sourire montre votre gêne à répondre à mes questions. » Vous avez été un homme d’action! Les victimes voudraient connaître la vérité. Quelle était la contrepartie d’une éventuelle libération ?

Réponse : pourquoi M. COLLIARD ne vient pas témoigner ! J’ai rencontré Me VERGES en 1982. Or Me VERGES parle d’une rencontre en 1994.

Le Président demande si on doit comprendre par « amitié de l’Organisation », le fait de ne pas commettre d’attentats ?  Qu’est-ce qu’on doit attendre ?

Me IWEINS prend la parole et demande à CARLOS de se positionner. Soit vous vous positionnez en homme politique soit en ergoteur essayant d’échapper à votre responsabilité! Quels ont été les contacts politiques dont vous avez bénéficié ? Le procès CARLOS, du côté de la défense se résume à un problème de photocopies. L’accusation a un dossier lourd contre vous.

Me VUIILEMIN s’emporte : « arrêtez de caricaturer la position de la défense ! Comment osez-vous soupçonner un collègue de participer à l’organisation d’une évasion de SANCHEZ à l’occasion d’un transfert vers un centre de soins ? Vous devriez défendre l’avocat et la profession en tant que Bâtonnier et rejeter ces archives ! ».

Le Ministère public veut faire le tri.

CARLOS prend la parole.

Me IWEINS estime que tous ces documents ne sont pas considérés comme la vérité révélée. « Tout n’est pas vrai mais beaucoup de choses sont vraies et montrent la participation de CARLOS à ces faits ». Il reproche à CARLOS de discuter de petits papiers alors que ce dernier prétend être un homme politique.

L’Avocat général, M. RICARD constate qu’ « on est à un moment assez dramatique du procès. On ne parle que de photocopies, de problèmes de procédure. Où est l’intérêt de ce procès ? »

Question : votre amitié proposée a-t-elle été acceptée par l’autre partie ?

Réponse : je n’ai jamais eu de contact direct personnel avec les autorités françaises. Il y avait des contacts entre les représentants des autorités françaises et des gens de l’organisation.

Question de l’Avocat général J.F. RICARD : votre organisation attendait quoi de ces négociations ? Quelle contrepartie avez-vous eu ?

Réponse : La réponse est publique c’est la correctionnalisation des faits commis par BREGUET et KOPP.

Question : Pour quels motifs aviez-vous donné votre feu vert pour commettre l’attentat contre la Maison de France du 25 aout 1983 ? Un des trois motifs de l’attentat semblerait être une sorte de rappel à l’Élysée de la menace d’attentat pesant sur la France si le couple BREGUET KOPP n’était pas libéré. On est d’accord ?

Réponse : non.

M. J.F. RICARD fait remarquer que ces propos ont pourtant été actés ce matin. Vous fuyez encore !

Réponse : c’est ma parole qui a de l’importance ici, la vôtre ne vaut rien. Je ne fuis rien.

M. RICARD, l’Avocat général constate une fois encore l’énervement de CARLOS. Il reprend un rapport dans lequel il est mentionné que le groupe voulait établir une approche secrète de M. DEFFERRE pourtant se fut un défi public avec la publication du courrier adressé à M. DEFFERRE.

Me VUILLEMIN trouve déplacé de dire que son client fuit ses responsabilités alors que ce dernier vient d’assumer ce matin la paternité de l’attentat contre la Maison de France à Berlin le 25 aout 1983.

Le Président s’adresse aux parties et au Parquet s’agissant d’une demande de dispense du couple CHIRAC de témoigner et d’une demande de visioconférence formulée par le témoin M. VARGA.

L’Avocat général ne voit pas en quoi le témoignage du couple CHIRAC serait utile à la manifestation de la vérité.

Me COUTANT PEYRE reproche à l’accusation un procès sans témoin qui oblige à de longues lectures. Elle refuse la visioconférence donc elle s’oppose à passer outre à l’audition de M. VARGA. La défense s’oppose également à passer outre à l’audition du couple CHIRAC.

L’audience est suspendue à 17h30 

 

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