Lundi 12 décembre – 24ème journée

2è JOURNÉE CONSACRÉE AUX PLAIDOIERIES DES PARTIES CIVILES

Me Jacques MIQUEL 

Plaidoirie peu audible.

CARLOS se présente comme un révolutionnaire, comme un prisonnier de guerre. Il a été en guerre avec la France. Lors d’une précédente audience, je suis intervenu et  j’avais qualifié CARLOS de tueur professionnel et de mercenaire. Je le confirme et j’ajoute qu’il était dépendant d’un certain nombre de soutiens étatiques.

Questionné par vous, M. le Président, il avait répondu : « Je n’ai jamais dit que je n’avais rien avoir avec l’attentat de la rue Marbeuf ».

Il n’assume pas sa responsabilité et n’exprime aucun regret.

Quant aux victimes, il estime qu’« elles ont payé le prix de son engagement révolutionnaire ».

Il a reconnu son implication dans les faits criminels suivants :

Dans l’attentat contre chantier de la centrale nucléaire de Creys-Maleville.

Dans l’attentat de la Maison de France à Berlin, il reconnait qu’il est l’instigateur de cet attentat. On se demande s’il le reconnaît car ce fait est prescrit.

Intervention de CARLOS : vous mentez !

Le préfet GRIMAUD se souvient de cette lettre de menace signée « CARLOS ».

CARLOS était en contact avec tous les groupes terroristes : l’ETA, l’IRA…

Il conteste aujourd’hui les archives de ses anciens amis, collaborateurs de la Stasi.

J’ajoute que plusieurs membres du groupe l’ont critiqué, aussi bien KOPP qu’AL ISSAWI.

Face à l’inhumanité des terroristes, les victimes de ces faits sont des victimes à perpétuité.

Comme la Cour l’a constaté CARLOS a versé des larmes sur ses camarades massacrés lors des événements de Septembre Noir mais n’en a réservé aucune pour les victimes ; il n’a exprimé aucun regret.

Aucun terroriste n’a le droit de faire des victimes collatérales.

Je dis Non au terrorisme ! Non aux victimes collatérales et non à l’irresponsabilité de CARLOS.

Me Constance DEBRE

Avocate de l’association « les Familles du DC-10 d’UTA ».

Qui juge-t-on ?

L’enjeu du procès est plus à chercher du côté des victimes que de l’accusation ; pour les victimes ce procès est essentiel indépendamment du verdict. Ce procès est déjà une satisfaction, une consolation. Les victimes attendent que la Cour applique les règles de droit. Sans les victimes, il ne reste plus rien, il n’y a plus de CARLOS. Sans les victimes, CARLOS serait resté Ilich RAMIREZ SANCHEZ.

ll est primordial que les victimes soient représentées.

La création des associations pour les victimes comme SOS Attentats et DC-10 d’UTA, ont permis beaucoup d’avancées dans ce domaine.

Ce procès est une victoire pour la France, car le terrorisme atteint l’Etat.

De ces 5 semaines de débats, je dirais deux mots :

Les preuves, notamment les archives des pays de l’Est appelées photocopies de photocopies de photographies par l’accusation sont valables.

Même si la défense utilise comme argument le jugement du tribunal de Berlin de 2004 ayant acquitté WEINRICH, la Cour d’assises reste souveraine et ne saurait être liée par la décision des juges allemands. Il faut également s’intéresser au jugement du tribunal de Berlin de 2000 dans lequel les archives de ces pays ont été déclarées recevables par ce tribunal.

La question qui se pose à la Cour est la suivante : ces documents des archives de l’Est sont-ils convaincants ?

Au fil des audiences, la  thèse de manipulation des archives ne tient pas, les preuves sont accablantes au vu du carnet de WEINRICH et des perquisitions.

Quant à CARLOS, il a beaucoup parlé, mais n’a rien dit !

CARLOS est procédurier, à cheval sur les principes. C’est un homme qui ne supporte pas la contradiction.

Me DEBRE s’adressant à CARLOS : « il y a un consensus pour dire que vous êtes un homme intelligent, mais vous avez fait une erreur s’agissant de votre défense. Au vu de votre orgueil, vous ne pouvez vous dire innocent ».

Votre attitude sera comptée et vous en paierez le prix peut-être pas maintenant au moment du verdict, mais au moment où se posera la question de votre libération conditionnelle.

Elle observe une attitude d’arrogance de ce dernier  à l’égard de la Cour, des avocats généraux, des parties civiles.

Ces victimes ne sont pas des dommages collatéraux résultant des agissements de CARLOS mais sont au cœur de son projet car sans victimes pas de risque.

La Justice ne répare rien mais apaise. Sa condamnation ne sera pas vaine et justice sera rendue.

 

Me de Manheuile, avocate de M. David B., victime de l’attentat du « Capitole », 29 mars 1982.

Plaidoirie peu audible.

Âgé de 5 ans au moment des faits, il avait un souvenir très précis de cet événement tragique. Je veux parler de la construction d’une vie suite à des événements tragiques.

Au fil des semaines, on attendait un premier pas de CARLOS car les parties civiles attendent des réponses.

On observe un décalage entre l’ancienneté des faits et l’ancrage de ces événements dans la psychologie des parties civiles.

Mon client voulait mettre un visage sur ces événements.

Mon client n’est pas meurtri dans sa chair, mais nous savons que les blessures psychologiques sont plus difficiles à réparer, à soigner. Il n’a pas compris comment un homme pouvait tuer aveuglément des innocents en déposant une bombe. À chaque date d’anniversaire, il se remémore ces faits et n’a jamais pu aborder sereinement les fêtes de fin d’année.

Me FELLY, avocat de Mme B., mère de David, victime de l’attentat du « Capitole », 29 mars 1982.

Plaidoirie peu audible.

Certaines victimes se remettent d’un tel événement et d’autres pas. C’est le cas de ma cliente.

Me Frédérique LENDRES, avocate de Mme Andrée C., veuve, Mme   C. fille de M. CALIN décédé et M. Julien R., son petit fils, victimes de l’attentat du « Capitole » le 29 mars 1982.

« Je me présente devant vous dans l’intérêt de la famille CALIN afin de tenter d’être le porte-parole le plus fidèle possible de leurs ressentis, douleurs et souffrances, toujours si vifs même 30 ans après.

 

Vous vous souviendrez certainement Mesdames et Messieurs de la Cour les descriptions terribles données par les enquêteurs, puis par le médecin légiste aux 1ers jours de ce procès.

 

Et surtout, de l’évocation du cadavre atrocement mutilé retrouvé dans la voiture nº 18 à l’entrée du second compartiment.

 

Ce corps dont le médecin légiste dira :

 

« Les lésions traumatiques étaient à ce point importantes que, selon les experts commis afin de procéder à l’autopsie, elles échappaient à toutes descriptions précises et ne pouvaient qu’être résumées au niveau des diverses régions anatomiques »…

 

(NDLR : nous avons choisi de ne pas reproduire les rapports d’autopsie).

 

Ce corps était celui de Monsieur Jean-Pierre CALIN qui voyageait dans ce train maudit en compagnie de son épouse et de son petit-fils, âgé de 10 mois.

Quelques minutes à peine avant l’explosion ils se trouvaient tous trois dans le 2e compartiment de la voiture nº 18.

 

Le bébé s’étant soudainement mis à pleurer fortement, la grand-mère avait décidé de le bercer en le promenant dans le couloir afin qu’il se rendorme.

 

C’est ce qui leur sauvera la vie.

 

La famille CALIN s’en retournait à BRIVE après avoir passé le week-end chez leur fille à Cachan. C’était un voyage décidé à la dernière minute, non préparé.

 

Leur fille avait tant insisté qu’ils étaient venus passer ces deux jours chez elle. Ils s’en retournaient par le train de 18 h, sans réservation.

 

Ce fut compliqué pour eux de trouver 3 places libres dans ce train complet.

(Période des vacances de Pâques, cible idéale que ce train bondé pour des terroristes avides de faire le plus grand nombre de victimes),

 

Ils durent sur le quai remonter tout le train avant de parvenir enfin à trouver 3 places libres dans la voiture nº 18.

 

Madame Marie-Françoise C. s’en est alors simplement retournée chez elle avec son époux et a débuté alors une soirée normale.

 

Jusqu’au flash terrible des informations de 22 h qui annonce : « attentat dans le train « le Capitole », des morts et des blessés dans le 2e wagon.

 

Vont s’ensuivre plusieurs heures d’angoisses terribles pour cette maman qui ne parviendra que beaucoup plus tard à savoir que sa mère et son bébé de 10 mois sont hospitalisés au CHU de LIMOGES, sans obtenir toutefois une quelconque précision sur leur état de santé.

 

Rien sur son père…

Ils partent alors en voiture en pleine nuit pour se rendre au plus tôt au CHU de LIMOGES et savoir enfin…

 

C’est, une fois arrivés, un premier sentiment de soulagement en retrouvant son bébé et sa maman vivants, mais aussi un sentiment d’effroi en les voyant tous deux criblés, couverts de sang et de blessures. Images qui resteront longtemps gravées dans sa mémoire.

 

Et puis, de nouveau des heures d’attente angoissantes, douloureuses, avant d’avoir des informations sur le papa.

 

La terrible nouvelle ne tombera que le lendemain à 11 h 30, Monsieur Jean-Pierre CALIN est décédé.

 

L’identification de son corps à cette époque a été compliquée. Il n’avait plus de visage, plus de tête, pratiquement plus rien sur le haut du corps, un membre inférieur était lui aussi très abîmé.

 

Ce corps effroyablement mutilé ne pouvait être présenté à son épouse ou à sa fille pour une identification.

 

Ce n’est que grâce à une précision vestimentaire (Monsieur CALIN était frileux et avait l’habitude de porter des caleçons longs pour se protéger du froid), donnée par son épouse et sa fille qu’une identification formelle a pu être faite.

 

Monsieur Jean-Pierre CALIN était âgé de 62 ans.

 

Il était un artisan horloger bijoutier à l’ancienne et tenait une petite boutique dans le Centre de Brive, grâce à laquelle il faisait vivre toute sa famille : son épouse qui ne travaillait pas, mais également sa fille et son gendre, tous deux en formation en banlieue parisienne.

 

Il adorait sa fille et son petit-fils qu’il appelait son « petit rayon de soleil ». C’était un homme discret, chaleureux, un chic type comme disaient ses amis. Le jour de son enterrement, l’église ne pouvait contenir tout le monde et 4 registres ont été remplis des témoignages de ses amis.

 

Madame Andrée C., sa veuve, est âgée de 89 ans aujourd’hui.

 

Elle vit depuis 2 ans en maison de retraite médicalisée, seule solution pour qu’elle se sente en sécurité et apaisée. Avec le temps, les angoisses se sont exacerbées à un point tel que cela a entraîné pour cette vieille dame une perte d’autonomie complète. D’autant que cette dame se trouve également atteinte aujourd’hui d’une surdité totale et se déplace en fauteuil roulant.

 

Monsieur Julien R., âgé de 30 ans.

 

Homme marié et désormais père à son tour de 2 enfants de 3 ans et 2 mois.

Selon les dires de sa mère, c’est un jeune homme qui a eu du mal à se trouver, qui a eu une scolarité quelque peu chaotique et qui avait tendance à s’occuper de tout le monde sauf de lui-même.

 

Jusqu’à ce qu’il trouve sa voie, sa vocation et devienne gendarme, portant à son tour secours aux autres (peut-être cette vocation n’est-elle pas si étrangère au drame subi alors par la famille…).

 

Madame Marie-Françoise C., épouse R. est âgée de 62 ans

 

Après le décès si brutal de son père, elle s’est chargée d’assurer l’équilibre affectif et financier de toute la famille et n’a eu de cesse de s’y atteler jusqu’à aujourd’hui encore, notamment pour parvenir à financer la maison médicalisée de sa mère, Madame Andrée C.

 

Je rappellerai en effet que Andrée C., âgée de 60 ans au moment des faits n’avait jamais travaillé avant le décès de son époux, ne bénéficie aujourd’hui que d’une modique retraite insuffisante pour couvrir les frais de son accueil en maison de retraite. C’est donc sur sa fille, Marie-Françoise que repose cette charge.

 

Mais surtout, la plus grande douleur supportée par Marie-Françoise est le poids de cette culpabilité qu’elle porte de façon insensée depuis 30 ans. Madame Marie-Françoise C. se sent responsable de la mort de son père pour la seule et unique raison qu’elle avait à l’époque terriblement insisté auprès de ses parents pour qu’ils viennent passer ce week-end à Paris.

 

Il est temps qu’elle soit libérée de cette responsabilité qui ne lui appartient pas.

 

Enfin, il est bien triste et regrettable pour les victimes de constater qu’aujourd’hui encore, devant ses victimes, devant ses juges, l’accusé n’ait pas suffisamment de grandeur d’être, de grandeur d’âme pour assumer ce qu’il est et ce qu’il a fait.

J’espère très sincèrement qu’un jour peut-être proche,

Pour ses victimes,

Pour lui

Et peut-être aussi pour cette Histoire qu’il a si souvent évoquée durant ces débats il deviendra enfin un être responsable ».

 

Me BERTIN

Avocat de la SNCF pour 3 attentats : « le Capitole » le 29 mars 1982, Le TGV à Tain l’Hermitage et la gare Saint-Charles, à Marseille, le 31 décembre 1983.

J’ai un sentiment au bout de 5 semaines d’audience d’une double déception car l’accusé n’a jamais eu un mot pour les victimes. Il n’a pas exprimé de regrets et qualifiait de manière choquante de dommages collatéraux, les victimes.

L’autre déception est son comportement ; il est intelligent, il ne nie pas les faits, ne les reconnaît pas non plus. Il joue à l’égard des victimes c’est scandaleux ! Il est tout seul, au début la salle était pleine, après 3-4 jours, il n’y avait plus personne. SANCHEZ n’intéresse plus personne.

Il se présente comme un révolutionnaire depuis l’âge de 14 ans alors qu’il vivait entouré de gardes du corps

Je représente la seule personne morale dans ce procès, la SNCF.

La SNCF est partie civile dans ce procès pour être aux côtés des victimes, elle l’avait déjà été auprès des victimes des attentats de 1995 à St Michel. Ce sont des victimes totalement innocentes !

La SNCF souhaite que justice soit faite. Ses employés sont des hommes et des femmes qui travaillent dans des trains, des gares et qui veulent être à l’abri des attentats.

Je voudrais insister sur cette volonté de tuer de la part de RAMIREZ SANCHEZ, il a posé ces bombes avec la force et la volonté de tuer un maximum de personnes.

On retrouve cette volonté de tuer dans le constat des dommages matériels de ces faits et des morceaux de corps déchiquetés jusqu’à 400 mètres.

Autre exemple de la force de la déflagration, dans l’attentat commis à la gare Saint Charles, une dalle de béton a été percée suite à l’explosion.

Par ailleurs, il y aurait pu avoir 2 TGV qui se croisent. Il ne restait plus rien de la salle des consignes.

J’aurais aimé que CARLOS assume ces faits ! Si on reprend le mobile de l’attentat de 1982, on ne note aucune idéologie révolutionnaire, ce dernier voulait uniquement faire libérer sa femme.

On n’a pas de révolutionnaire en face de nous aujourd’hui !

Me BERTIN insiste sur le fait que le soir du 31 décembre 1983,  des innocents prenaient le train pour réveillonner, pour fêter la fin de l’année et le début de l’autre, c’est un des plus grands moments de joie qui soit.

CARLOS veut qu’on se souvienne de Baalbek, là c’est le révolutionnaire qui parle dans la lettre et non l’amoureux transi !

S’adressant à CARLOS : avouez-le ! Ayez au moins ce courage vous aurez votre photo dans la presse, votre moment de gloire !

CARLOS : amenez les preuves !

Me BERTIN : lors de l’audience du 24 novembre 2011 vous avez déclaré que le « groupe CARLOS » est à l’origine des attentats.

En ce qui concerne le message du 31 décembre 1983 adressé au peuple français, le 17 novembre 2011 par orgueil ou par volonté de provoquer, vous assumiez « je suis le 1er membre étranger du FPLP » et précisiez que c’était vous qui aviez rédigé la partie française de ce message. C’est votre écriture et cette lettre existe.

Des sonorisations attestent vos propos : « je suis prêt à tuer des innocents ».

Devant une Cour d’assises, l’intime conviction suffit selon les termes de Me RIPERT. Or, nous savons qu’en l’espèce c’est une absolue certitude que CARLOS et ses complices sont coupables des trois attentats et assassinats commis entre 1982 et 1983.

CARLOS intervient : WEINRICH aussi alors !

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