Jeudi 15 décembre – 27ème journée

L’audience reprend à 9 h 55.

 Suite des plaidoiries de la défense, peu audibles.

Me COUTANT-PEYRE présente trois confrères du Barreau d’Istanbul. Le Président de la Cour a décidé que les plaidoiries se tiendraient en français, sans interprète. Me COUTANT-PEYRE lit leurs déclarations.

M. le Président, Mesdames et Messieurs de la Cour,

Tout d’abord, nous tenons à souligner que nous avons beaucoup de respect pour les victimes. Mais, ce procès est un procès politique avant tout. Les procès dont l’issue est décidée à l’avance sont des pièces de théâtre. Nous serions déçus si la France, pays de la Révolution et des droits de l’Homme procédait de la sorte. Nous pensons qu’il y a un « nouvel ordre mondial dans lequel CARLOS a une place prépondérante à jouer ».

Elle lit les déclarations de M. Helmut VOIGT, membre des services de renseignement de la RDA, lors d’une audition effectuée le 14 juillet 2003.

« Le MFS est un service de renseignement et notre responsabilité n’est pas de collecter des éléments de preuve, mais d’obéir aux ordres de notre hiérarchie. À cet égard, nous avons collecté des informations par le biais d’enregistrements téléphoniques ou de sonorisations. Le placement d’indics autour de ces personnes ainsi que toute rumeur et conversation concernant des services alliés sont erronées. Ces informations ont été mises ensemble sous forme de rapports retrouvés dans le dossier « Separat ». La difficulté est de faire la part des choses entre les éléments de synthèse et les faits. Il est impossible d’identifier la source dans la plupart des cas ou leur provenance. C’est pourquoi aujourd’hui, je ne peux pas vous en confier davantage ».

 

Me SLIMAN, Avocat au Barreau de Beyrouth

M. le Président, Mesdames et Messieurs de la Cour,

devant votre respectable tribune, quelques observations s’imposent. Le dossier contient des papiers des services jordaniens qui ne valent rien devant un juge d’instruction, un procureur de la République ou devant votre respectable audience. La recevabilité de ces documents ou même leur lecture constitue une erreur judiciaire. Nous demandons la nullité absolue de ces pièces. L’article 70 du Code de procédure pénale confère le droit de confronter les témoins, si l’instruction l’exige. Par conséquent, je pense que le témoignage d’Ali AL ISSAWI est entaché d’un vice de procédure.

La loi française est très claire : tout document et toute procédure qui contredit la loi doivent être annulés. Donc, ces papiers ne peuvent pas constituer un document officiel car il ne comporte ni date, ni signature. Il ne s’agit pas non plus d’une copie certifiée. Par ailleurs, dans ce procès, il n’y a ni témoin, ni crime flagrant, ni aveux de l’accusé. Où est Ali AL ISSAWI ?

Nous n’avons pas entendu une accusation logique et documentée qui incrimine, de manière intransigeante, mon client. Les plaidoiries ne nous ont menés nulle part.

Je parle au nom de toutes les victimes d’actions terroristes : le fait d’avoir enlevé CARLOS au Soudan constitue un acte de terrorisme d’Etat.

M. le Président, ARISTOTE et MACHIAVEL n’ont pas la même approche de la morale. Pour le premier, il y a une distance entre le but et les moyens pour y parvenir. Pour le second, tous les moyens sont acceptables pour atteindre le but.

CARLOS a été enlevé de manière illégale pour être jugé légalement devant les mêmes autorités. Comment coupler la légalité d’un procès avec l’illégalité de son arrestation ? C’est une des contradictions du dossier.

M. le Président, c’est à l’accusé de dire le dernier mot. J’ai l’espoir que cette audience se terminera par un verdict juste et judiciaire, par un verdict juste judiciaire.

 

Me COUTANT-PEYRE

Après ces mots très justes, je peux vous assurer que la vision de M. SANCHEZ n’est pas la même au Liban qu’en France. La population subit un blocus illégal décidé par les autorités israéliennes, Me SLIMAN a d’ailleurs été la cible des forces israéliennes.

Les débats durent depuis six semaines. Les questions tournent en rond jusqu’à l’indigestion. Ces États ne respectent pas leurs propres lois. Je ne serai pas longue. La capacité d’écoute est limitée, je le sais bien. Les États trichent par le biais des ragots des services de renseignement agissant sur ordre politique. Combien de fois s’est-on aperçu que les services de renseignement avaient commis des actes illégaux sur ordre politique ? Mes confrères ont fait globalement le tour de la question.

Ces 82 tomes ne sont qu’un artifice : tout a été photocopié quatre fois. Au début, il y a quatre procédures. M. Jean-Louis BRUGUIERE arrive en 1990 dans la procédure, un an après la chute du Mur de Berlin. Il va pouvoir inventer de toutes pièces un dossier contre CARLOS. Six semaines artificielles fixées par le Parquet.

J’ai soulevé des problèmes de droit depuis le début, je trouvais courtois que l’on justifiât à la défense la composition de la Cour. J’ai eu l’ordonnance de désignation du Président et des assesseurs. J’ai soulevé, par principe, l’illégalité d’une Cour d’assises spéciale, le nombre de voix étant inférieur à celui d’une Cour d’assises. En 1997, CARLOS été jugé par un jury populaire, c’était le premier scandale judiciaire. Dans cette affaire, il n’y avait pas de preuve, les scellés ayant été détruits. Elle repose uniquement sur la rumeur, la réputation, les médias et les préjugés. Le lendemain du 27 juin 1975, le journal « Libération » titrait : « CARLOS 3 buts, la DST 0 ». Je connais l’affaire depuis 1982 puisque j’étais l’avocate de Magdalena KOPP aux côtés de Jacques VERGES.

La « chasse à CARLOS » : d’une part, l’État français a procédé à un enlèvement, véritable crime d’État. J’ai fait toutes sortes de procédures pour le contester auprès de Philippe RONDOT et Charles PASQUA. M. MARSAUD, grand ami de BRUGUIERE a déclaré : « il a été arrêté au Soudan, nous avons été avisé par la CIA, il avait un palais à disposition, la CIA était désireuse de s’en débarrasser, nous étions désireux de le faire juger ». Nous pouvons dire qu’il a été enlevé, séquestré.

On ne m’a opposé que des refus. Le secret de la défense est un leurre. J’ai demandé la communication du dossier au Ministère de l’Intérieur afin de le faire déclasser, je ne l’ai jamais obtenu.

M. BRUGUIERE est un juge d’instruction un peu spécial, je crois qu’il a toujours privilégié des considérations politiques à son serment de magistrat. J’ai vu que vous étiez des magistrats qui écoutez, qui n’avez apparemment aucun préjugé et qui avez certainement à l’esprit le serment du magistrat : « Je jure de bien et fidèlement remplir mes fonctions, de garder religieusement le secret des délibérations et de me conduire en tout comme un digne et loyal magistrat ».

Je vous rappelle que l’accusé est présumé innocent. Vous devez juger selon votre intime conviction avec l’impartialité et la fermeté d’un homme probe et libre. Quant aux avocats, ils ont une obligation supplémentaire par rapport aux magistrats : « je jure, comme avocat, d’exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité ». (Elle insiste sur le terme indépendance).

Il y a 14 ans, CARLOS a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Je crois que dans ma vie professionnelle, c’est la première fois que j’ai constaté une telle violation des droits de la défense. Le rapport d’audition d’Ali AL ISSAWI constitue la dernière invention du juge BRUGUIERE.

CARLOS a été placé à l’isolement pendant 10 ans, il était réveillé toutes les deux heures. La réponse de l’État français a été de le placer dans une centrale à 350 km d’ici.

Concernant l’enlèvement du citoyen vénézuélien par la France, Carlos ESCARRA déclarait que toutes les décisions judiciaires le concernant étaient des décisions illégales.

En 2004, Johannes WEINRICH a été acquitté. Après 17 ans passés dans les geôles françaises, qu’attend la France pour acquitter CARLOS ? La France sera condamnée par la Cour européenne des Droits de l’Homme.

Le dossier se fonde uniquement sur les rapports des services secrets dont mes confrères ont beaucoup parlé hier. Je vais vous rappeler ce que M. VOIGT a déclaré oralement devant la Cour de Berlin : nous ne pouvons pas « identifier l’origine des informations émanent des rapports des services secrets ». La défense est bien plus libre que l’accusation.

Concernant la notion de « salle guerre », quand M. MEHLIS est venu, il a prêté serment, il mentionnait un rapport de l’époque sur une conversation entre lui et Johannes WEINRICH. Cela vient de ce corpus de documents invérifiables dont ne connaît pas l’origine de la compilation.

Il s’agit bien d’un procès politique puisque l’on est allé chercher des informations dans les poubelles des services de renseignement ou services de sécurité selon M. JOINET. Ces services de renseignements étaient proches du pouvoir et travaillaient à la demande des États.

Je vais lire une lettre du 23 avril 1998 échangée entre M. BRUGUIERE et M. MEHLIS, ce couple infernal : « quoi qu’il en soit, nous devons nous revoir prochainement pour boire une bouteille de champagne, la condamnation de CARLOS est une première victoire ».

L’accusation nous avance comme élément que tout a été analysé, y compris le message au peuple français. Cette arrivée à l’aéroport de Villacoublay est suivie de la réouverture des procédures afin qu’il soit jugé. À partir de ce moment, on va faire du blanchiment judiciaire.

C’est un dossier politique parce que, au-delà du contexte en 1990, le juge d’instruction se fonde uniquement sur des données politiques. Comment peut-on dire que l’on a à faire à une procédure judiciaire ?

Que Messieurs les Avocats généraux aient décidé de parler neuf heures d’affilée, c’est déjà un signe de faiblesse. Ils ont prêté serment, mais sont sous les ordres de la Chancellerie.

Qui nous dit que des faux ne se sont pas glissés dans cette procédure ? Et quid ducarnet de Bruno BREGUET ? Il a disparu, c’est incroyable. Pourtant, Jean-Louis BRUGUIERE l’a eu entre les mains et a demandé à ce qu’on lui remette ce scellé. Quand M. GUERIN résume que ce scellé avait été demandé par M. BRUGUIERE, nous nous retrouvons, au final, avec une photocopie qui ne porte aucun cachet. Donc soit Jean-Louis BRUGUIERE a reçu le document et l’a fait disparaître, soit il ne l’a pas eu. En tout état de cause, il n’y a aucun document des services judiciaires qui indique que nous ne pourrions pas le retrouver.

Beaucoup de choses sont reprochées au juge BRUGUIERE et ce n’est pas nouveau. Il lui est reproché dans l’affaire KARACHI de ne pas avoir versé aux débats un rapport d’autopsie défavorable, ou encore, cette phrase figurant dans une lettre du 7 avril 1997, « j’espère que Mme KOPP restera dans ces mêmes dispositions ce qui est dans son intérêt ».

J’ai dû déposer une nouvelle plainte pour faux et usage de faux à son encontre. Quand vous me dites que l’arrêt de renvoi purge les nullités de la procédure, les services de police verront que, dans certains cas, la Chambre de l’instruction n’est pas indépendante.

Me COUTANT-PEYRE pense qu’il est plus facile de copier une lettre quand on a un modèle. Mais cette lettre n’a jamais existé, nous ne l’avons pas. Je vous rappelle que la presse en 1982 avait vaguement parlé de l’arrestation du couple BREGUET/KOPP. Il me paraît inconcevable que l’accusation en fasse le seul mobile du groupe.

Ilich RAMIREZ SANCHEZ est un révolutionnaire, personne ne le conteste. Il est militant politique depuis ses 14 ans. D’ailleurs, la série télévisée sur CARLOS d’Olivier ASSAYAS n’est qu’un film de propagande.

L’État français tue tous les jours, en Afghanistan. On ne se préoccupe pas des victimes. Ce sont des affaires de représailles politiques, doit-on le juger ?

Vous êtes honnêtes, je pense que c’est véritablement votre devoir de montrer que l’autorité judiciaire est indépendante. L’Histoire dit que vous l’avez déjà condamné sans preuve. Cette responsabilité particulière vous la tenez, vous êtes obligés de l’acquitter. Je ne veux pas dire une fois de plus les magistrats se sont couchés devant le politique.

L’audience est suspendue à 11 h 40.

 

L’audience reprend à 13 h 30.

Le Président donne la parole en dernier à l’accusé Ilich RAMIREZ SANCHEZ.

Il s’adresse à M. RAMIREZ SANCHEZ : avez quelque chose à ajouter pour votre défense ?

Déclaration de SANCHEZ 

« Ce n’est pas pour ma défense, mais pour la vôtre ».

Je voudrais parler de plusieurs choses. Je suis plus que satisfait de ma défense.  Je vais parler pour l’après procès.

M. Pascal  VION sous-directeur de la maison d’arrêt de la Santé m’a contrôlé 16 fois. M. VION était chargé au sein de la prison de distribuer du haschich aux indicateurs de la Police. Il a essayé de m’en donner donc vous êtes responsable de ce qu’il fait. Les surveillants étaient mes potes.

M. VION a participé à une émission sur M6 présentée par M. DELAHOUSSE, dans laquelle il émet des propos mensongers.

Tous les portables dont on m’a fait cadeau je les ai refusés, car ce sont des mouchards.

CARLOS s’en prend au garde des Sceaux de l’époque, M. PERBEN, qui a des mœurs spéciales selon lui.

Puis, il parle de sa vie en prison. J’arrive à la Santé et on me frappe. J’aimerais savoir pourquoi on me frappe à mon âge ! Il dénonce les conditions auxquelles il est soumis : menottes dans le dos.

Je n’ai honte de rien ! Je n’ai jamais trahi, je n’ai jamais dénoncé les miens et je ne le ferai jamais. Je dénonce l’ignominie,  la trahison, la lâcheté et la cruauté.

Les gens qui donnent leurs ordres au juge BRUGUIERE et aux avocats généraux doivent répondre devant la justice, la vraie justice humaine.

Ce procès, c’est une propagande contre CARLOS et la cause palestinienne.

Il fait état d’un document écrit par BRUGUIERE où il est dit que CARLOS a refusé toutes expertises psychiatriques. J’ai vu un faux psychiatre à  la Santé, M. DUBEC. Je connais les gens et rarement je me trompe sur ce qu’ils sont. Là, j’ai vu un vrai taré. M. DUBEC a écrit un livre en disant des conneries sur mon compte et j’ai porté plainte contre ce dernier devant le Conseil de l’Ordre des médecins.

Puis il parle de son père qui a fait comme lui une grève de la faim et qui avait réussi à faire sortir plusieurs prisonniers. Il regrette de l’avoir arrêtée à cause de son diabète.

S’appuyant sur ces notes prises au cours du procès, il s’adresse à chaque intervenant.

Je vais commencer par reprendre les paroles, les propos tenus par les avocats des parties civiles lors de leurs plaidoiries. On y trouve de tout, le meilleur comme le pire.

Le premier avocat qui est venu à la barre, c’est mon cher ami SZPINER, je l’aime bien, il est courageux, un vrai militant sioniste.

Me SZPINER c’est l’avocat de la mosquée de Paris.

ME SPZINER parle de pacte entre mon organisation et les services de l’Est, c’est faux !

BADINTER, grand humaniste hypocrite et héritier par mariage des fondateurs du Drugstore, de la première agence d’information en France et des renseignements sionistes, a fait supprimer la peine de mort mais le système est devenu encore plus répressif. Il n’y a plus de quartier de haute sécurité mais les nouveaux quartiers d’isolement c’est encore pire.

L’amnistie de M. ROUILLAN, c’est une stratégie sioniste.

Me SZPINER est un type d’expérience, il n’est pas l’avocat de CHIRAC exclusivement, mais est l’avocat de l’Élysée.

M. CHIRAC est un bon français, qui aime bien son pays. Son gouvernement a connu plus de succès que d’échecs.

Puis il parle de l’association « SOS Attentats » créée par Mme RUDETZKI.

Il interpelle les parties civiles et précise que ces dernières veulent savoir la vérité. Pourquoi ces attentats ?

Me SZPINER n’a pas confiance dans les magistrats qui ont condamné BREGUET et KOPP à 4 ans et 5 ans de prison.

Il parle de  Jean – Louis DEBRE et reconnaît que ce dernier avait le sens de l’État. « Moi je respecte tous les gens qui sont prêts à tout pour leurs pays, mais au sens noble ».

Concernant l’attentat de la rue Marbeuf et la participation des Syriens, il dit que c’est eux mais ne balance pas. Pourquoi les Syriens ne sont pas poursuivis si je suis un pantin des Syriens. Les patrons syriens pourquoi ne sont-ils pas là ?

Puis il commente les propos tenus par  Me KERAMIDAS et revient sur le terme « assumer ». « Assumer, c’est très important ».

Il demande au Président la permission de commenter les plaidoiries des avocats des parties civiles.

Je regrette le fait de n’avoir pu questionner KLEIN et M. GOIBURU MENDIZABAL lors de leurs auditions, « témoins que j’étais le seul à connaître ».

Me ALESSI est sincère et ne me semble pas manipulée. Elle a dit : « le terrorisme,  c’est la guerre des lâches ». Or les inventeurs du terrorisme ce sont les révolutionnaires français.

J’assume la responsabilité politique et militaire de toutes les actions commises par l’Organisation des révolutionnaires internationalistes (ORI) et le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Il réaffirme, cependant n’avoir aucun lien avec les quatre attentats pour lesquels il est jugé. Il dénonce un procès bâclé.

La chronologie parle d’elle-même, on a lu la liste d’attentats perpétrés entre 1980 et 1984 presque un par jour à cette époque. Certains ont été payés par les États pour arrêter ces attentats.

Dans notre culture, on ne tue pas ses frères sauf pour laver l’honneur de la famille.

Au Venezuela, on a condamné à mort des traitres de la guérilla, des types qui étaient passés de l’autre côté.

Me TIXIER a dit que nous ne voulions pas que l’arrêt de la Cour d’assises soit motivé, mais c’est le contraire, on a demandé que tout soit motivé tant sur la forme que sur le fond.

C‘est les gens qui ont monté ce dossier qui doivent être poursuivis.

J’ai du respect pour les parties civiles car elles sont exploitées. Je reconnais que ce sont des victimes innocentes, officiellement ce sont des dégâts collatéraux pour reprendre les termes utilisés par les USA.

Vous les magistrats vous avez été nommés donc on ne peut rien vous reprocher mais ce procès est un complot de l’anti France.

Me TIXIER  a dit : « M. RAMIREZ vous parlez trop ».

Mais tout politique est bavard ! C’est caractéristique, il faut baratiner.

Je n’ai jamais contesté l’attentat de la rue Marbeuf. Je ne me déclare ni innocent ni coupable, je n’ai rien à dire. Il ne faut pas détourner ce que j’ai dit.

Me HAZAN n’a pas l’expérience de Me IWEINS et de Me SZPINER. Il a parlé de moi comme étant une starlette, ma vie mon combat il en parle comme une série B américaine. Il ajoute que je suis narcissique et paranoïaque.

J’ai été vendu par l’État soudanais pour des pétrodollars saoudiens comme WEINRICH par l’État yéménite, donc il faut un peu de paranoïa.

Je n’ai jamais dit que « l’ami de mon ennemi est mon ami » ; les gens qui ont tué le « Rabin » d’Israël sont les ennemis de rabbin et ce ne sont évidemment pas mes amis.

Quand vous avez été affamé et entouré de camarades qui buvaient de l’urine, vous êtes amenés à kidnapper des femmes pour boire de l’eau d’un puits. La plupart de mes camarades sont morts et moi je suis là ! ça me touche encore quand je pense à ça. Évidemment que je suis très humain mais je ne veux pas le montrer. J’ai vu des horreurs dans ma vie et personne dans cette salle n’en a vu autant.  J’ai le droit d’avoir des opinions et de les exprimer.

J’ai dit que j’étais toujours pour CHIRAC mais quand SADDAM est mort je savais que la politique de CHIRAC aurait moins de succès.

Les déclarations de KOPP, il ne faut pas les prendre au sérieux, car on ne peut pas témoigner de ce qu’on n’a pas vu. Ses déclarations sont du bidon. Pourquoi n’est-elle pas poursuivie ? Moi je suis poursuivi alors que j’étais à des milliers de kilomètres.

S’agissant du carnet de BREGUET, on n’en a vu que de mauvaises photocopies. J’ai demandé l’orignal à maintes reprises et je ne l’ai jamais obtenu. On aurait pu voir que graphologiquement les mentions rue Lubeck et  rue Marbeuf ne sont pas écrites par la même personne.

En France, on ne trouve rien, aucune preuve matérielle, on ne trouve rien de rien. Tout est bidonné.

On dit que je ne reconnais rien mais j’ai reconnu des choses sur Berlin, j’ai répondu bien des choses et en détail.

Me HAZAN n’était pas content que j’aie parlé de l’argent des victimes exploitées.

On dit que je nie les faits mais je ne les nie pas, je me réfère aux faits réels. Je m’en tiens aux faits !

Je n’ai pas fait un pas en avant depuis mon arrestation.

On en arrive à quelque chose de bien.

M. IWEINS a parlé pendant 12 min et m’a qualifié de guignol rocambolesque et de romantique gauchiste, son discours est ridicule aujourd’hui. C’est le procès des archives des pays de l’Est.

Vous avez dit que j’étais un lion vaniteux d’un côté et une autruche de l’autre. Une espèce de schizophrène en somme.

On n’arrêtait pas les mères des révolutionnaires mais Bruguière et précisément un de ses subordonnés de l’époque, M. RICARD, a signé un mandat contre ma mère.

On paye un prix dans sa vie personnelle, je porte la poisse aux gens que j’aime car j’ai à mes trousses tous les services de renseignements secrets de tous les pays. Mais si je devais le refaire, je le referais comme ça. Je n’ai honte de rien, je n’ai jamais trahi, je n’ai jamais dénoncé.

Oui je regrette pour ma famille, mes enfants, mes épouses. Si vous n’aimez pas la famille, vous n’aimez personne !

Après on arrive aux propos tenus par Me MIQUEL.

Il a dit que j’étais un tueur professionnel, un mercenaire.

Je suis un cadre militaire du FPLP. CARLOS tout le monde le connaît.

Quand je dis que je ne suis pas le chef, ce n’est pas pour diminuer ma responsabilité. Je le redis : « je ne suis pas le chef, je suis un des chefs ».

Les opposants libyens ce sont des Bédouins, ils rendent la justice par des tribunaux révolutionnaires.

Vous avez perdu le fil de votre pensée M. RAMIREZ SANCHEZ, ironise le Président.

Le bâtonnier IWEINS  a commis une faute grave, il a couvert une grave falsification alors qu’il avait l’obligation de contrôler l’audition d’ISSAWI avant le procès. J’attends des explications. Je suis très déçu, je ne m’attendais pas à cela de la part d’un bâtonnier de Paris de couvrir une telle énormité. C’est une affaire d’Etat mais ce n’est pas l’Etat français.

La plus méchante des avocats ici,  c’est Me DEBRE.

Les terroristes sont d’abord des criminels. Tuer n’importe qui, c’est plus que criminel c’est une maladie mentale :  la psychopathie.

Je pense que Me DEBRE ne peut comprendre ces affaires politiques internationales.

Sur le plan moral, j’ai des leçons à donner. Je pourrais avoir une maison à Washington. Mais voyez-vous, je n’ai pas accepté de recevoir de l’argent de l’Algérie ni d’autres pays.

Je suis trop tolérant. Mon père était séminariste donc on a le sens de la parole donnée, de l’engagement. J’ai des regrets permanents pour la souffrance de FROHLICH car c’est à cause de mon erreur qu’elle a fait 5 ans de prison. Elle n’était pas membre de l’organisation. On voulait absolument la libérer. On aurait pu l‘aider à s’évader. Mais elle n’a pas voulu.

Me COUTANT PEYRE est une femme exceptionnellement bien.

Me LENDRES dit que je ne suis pas capable d’accepter la réalité. Mais j’affronte la réalité tous les jours.

Je ne vais pas rentrer dans les explications,  c’est le travail de mes avocats mais je vais répondre aux interrogations des avocats des parties civiles.

Me BERTIN est déçu car il estime que je n’ai pas de considération pour les victimes.

CARLOS  compare MITTERRAND à MACHIAVEL et dit qu’il est prêt à tout pour garder le pouvoir.

L’argent c’est pour la lutte. On a des camarades en France et la police les connaît.

Le juge BRUGUIERE a officieusement fait garder des armes par la DST dans le Quartier Latin.

On est dans un procès historique et il n’y a pas de scellés, au moins dans le procès de la rue Toullier, il y avait un scellé ! Posez-vous des questions, il n’y a rien ici ! Je suis en prison depuis 17 ans et demi pour une affaire prescrite.

Je ne me sens pas comme une victime mais je suis un martyr vivant et j’ai survécu grâce à Dieu ; j’ai eu une révélation coranique. Dieu est avec nous ! Un communiste peut être chrétien ou même musulman.

Je n’ai pas besoin de me réinsérer socialement. On me dit parler avec la presse, ce n’est pas bon pour ta réinsertion. C’est honteux de ne pas me laisser parler avec les journalistes.

On dit qu’il y a des passeports mais où sont-ils ?

Il y a eu un sabotage grossier de la part des hauts fonctionnaires vénézuéliens car mon  avocat vénézuélien qui me suit depuis le début et qui était déjà venu en 1994 n’a pas pu venir à ce procès.

CARLOS s’en prend à l’Avocat général : « il n’y a rien, M. BRAY ! Rien ! » Vous n’arrivez pas aux chevilles de BREGUET c’est un  « bon homme » pas un terroriste ni un mercenaire.

Il regrette des amalgames de mauvais étages établis par les avocats généraux entre les courriers adressés aux Ministres Jungersen, Defferre et Zimmerman.

KOPP n’était pas intelligente, elle a juste déposé une lettre.

JOINET et KESSOUS étaient honnêtes, je suis convaincu qu’ils ont dit la vérité. Mais pourquoi le préfet GRIMAUD n’a-t-il pas été appelé à témoigner ? M. RICARD, cette lettre était un rappel. Bien sûr que c’est GOTTING qui a loué la voiture, ce n’est pas Christa FROHLICH la police française le sait.

Concernant la libération des policiers espagnols quinze jours avant les attentats du 31 décembre 1983, c’est intéressant. Ce sont des êtres humains, moi-même je suis basque. Mais le peuple basque persécuté, fragmenté, interdit même pendant des années de parler leur langue. Par contre, les Basques français, on les libère !

M. RICARD, si elle est responsable, c’est perpétuité pas quinze ans ! Mais il y a des circonstances aggravantes, Christa FROHLICH a quelque chose à voir avec l’attentat de la rue Marbeuf. Je serai complice comme étant le donneur d’ordre. « Dangerosité absolue », « CARLOS, leader absolu » selon l’Avocat général. Ce sont des exagérations pour donner de la consistance à l’accusation.

Sur le dossier lui-même, il faut que vous assumiez Me RIPERT. Me VUILLEMIN, vous avez défendu PAPON alors qu’il était contre tout le monde et, maintenant, vous défendez CARLOS.

Il a disséqué tout le dossier, c’était très bien, chacun a fait son travail. Et après, Me BOZONET, avec son accent impeccable, a parlé quinze minutes du volet suisse de l’affaire et de la manière dont Jean-Louis BRUGUIERE a essayé de manipuler Marina Berta KOHNER. Il a fait un bon travail. Je le connais depuis 1995. Et ce matin c’était une question politique avec les avocats turcs que je connais depuis 8 ans. Me SLIMAN c’est un proche je le connais depuis 1994.

J’ai essayé de traiter avec respect vos interventions mais c’était un peu dur avec les Avocats généraux.

Je vais maintenant parler des États socialistes. La guerre n’est pas finie, elle continue. C’est évident que les services de renseignements de ces pays avaient peur de nous. Ils donnaient des ordres aux ambassadeurs, ils n’aimaient pas les gens comme nous. Mais nous sommes des mercenaires, des tueurs à gages. Mais, on était leurs héros, leurs sous-fifres, c’était paradoxal. Ils voulaient se débarrasser de nous car ils ne pouvaient pas nous contrôler. Nous avions l’habitude d’avoir des informations de la part des indics. La plupart n’étaient pas des agents doubles.

Toutes les archives de la « Stasi » c’est du « bidon », c’est pour les Américains.

Concernant la Tchécoslovaquie, on ne se mélangeait pas beaucoup, les officiers nous « cassaient les pieds » mais on pouvait acheter du matériel.

Les Bulgares sont des gens sympas.

La Roumanie, Ceausescu m’avait donné un million de dollars. Nous avions de bons rapports avec les Roumains, nous avions préparé la guerre de 1973. La délégation roumaine venait nous voir quand nous étions sur leur sol. Nous gardions de bonnes relations avec eux. Ils ne nous ont jamais demandé des attentats contre des opposants. Ils nous ont proposé de l’argent mais nous avions refusé. Ils ont personnellement demandé la tête d’un Général, un traitre. Ceausescu voulait sa tête, c’est la seule chose qu’ils nous ont demandée. C’était un coup magnifique, nous avions été reçus au Kremlin.

CARLOS en Roumanie n’existe pas. Nous étions les invités du Président de la République. J’ai dit à BRUGUIERE qu’il n’y avait pas de dossier CARLOS à Bucarest mais, par contre, il y a un dossier RONDOT.

En tout cas, on veut nous considérer comme des « sous-merde » mais, au moins, accusez-nous avec de vraies preuves, du vrai matériel. Mais depuis que je suis à la « Santé », on s’est acharné sur moi, je suis arrivé ici comme une merde !

Nous avons passé six semaines un peu inutiles, pourquoi rien n’a été fait pour trouver un petit peu de la vérité. Dix-sept ans et demi que je suis là. Je crois que ni M. RICARD, ni M. BRAY n’ont fait leur travail, O. BRAY c’est une « petite opérette espagnole ». Personne n’a été poursuivi pour les attentats en France. Il faut les poursuivre « in abstensia ». (NDLR, par contumace).

Mon intervention était assez claire quand j’ai commencé. Vous avez parlé de responsabilité personnelle mais votre motivation est limitée. Ce qui vous reste c’est l’intime conviction, je sais ce que vous pensez. Il n’y a rien. L’affaire du « Capitole » n’est pas signée. Et vous pensez que j’en suis responsable.

L’honneur de la magistrature est de reconnaître qu’il n’y a pas de scellés, pas de documents français.

Je vais vous dire quelque chose et je pense que tous les combattants du monde pensent comme moi.

Il lit alors le testament de Kadhafi rédigé trois jours avant sa mort en étouffant un sanglot. Cet homme a fait plus que beaucoup de révolutionnaires pour son peuple. Il a donné tout au peuple. C’était un « homme bon ».

« Vive la révolution, Allah Akbar » clame CARLOS après cinq heures de discours.

Les soutiens de CARLOS, membres du groupe «  New black panther party » se manifestent dans la salle.

CARLOS finit de parler à 18h50. Le Président clôt les débats après avoir rappelé les obligations incombant à la Cour. La Cour composée de 7 magistrats professionnels se retire pour délibérer et rendre son verdict.

 


 


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