Mardi 22 novembre – 11ème journée

Présentation des investigations postérieures à 1991.

L’audience commence à 9 h 48.

La Cour statue sur le fait de passer outre l’audition de Mme WAGNER prévue normalement le 5 décembre.

La défense reproche l’ancienneté des faits.

Me RIPERT formule une opposition.

Audition de M. Michel GUERIN

Inspecteur général de la Police nationale, il évoque l’itinéraire de CARLOS et la façon dont la DST a traité les informations fournies par les services de renseignements des pays de l’Est.

Dans un premier temps, il revient sur le parcours terroriste de CARLOS.

À Moscou, endroit où il fait ses études, CARLOS rencontrait Rifaat Abul AOUN, représentant  du FPLP lui conseillant de suivre un stage d’entrainement dans un camp militaire jordanien.

En juillet 1970 il arrive au Proche Orient et fait la connaissance de  Georges HABBACHE fondateur du FPLP en décembre 1967 à Beyrouth et de Wadi HADDAD, responsable des opérations extérieures de cette organisation. Ce dernier serait à l’origine des détournements d’avion du 6 septembre 1970.

Le FPLP serait le déclencheur des combats entre l’OLP et l’armée jordanienne.

Le FPLP avait des liens étroits avec des membres d’organisations révolutionnaires.

CARLOS intègre le FPLP et est envoyé en Europe, il a pour mission d’établir des repérages pour la préparation de futurs attentats.

En 1972, HABBACHE décidait de concentrer toutes ses actions à l’encontre d’Israël et de mettre fin aux opérations extérieures.

En juin 1976, le détournement d’un avion d’Air France en Israël est revendiqué par le FPLP, de même s’agissant du détournement d’avion à Mogadiscio en Somalie.

Le 28 juin 1973, Mohammed BOUDDIA est assassiné à Paris.

CARLOS commence sa carrière de terroriste en décembre 1973.

Il est soupçonné :

- le 30 décembre 1973, de tentative de meurtre perpétrée contre Josef SIEFF, responsable des magasins Marks and Spencers à Londres, l’arme utilisée a été découverte le 27 juin 1975 à la suite des événements de la rue Toullier à PARIS.

- le 24 janvier 1974, d’avoir lancé un engin explosif dans les locaux de la banque Hapoalim à LONDRES.

Le 13 septembre 1974, il aurait participé à la préparation de la  prise d’otages de l’ambassade de France à La Haye, opération menée par les membres de l’Armée Rouge Japonaise afin d’obtenir la libération de leur camarade YOSHIAKI interpellé le 26 juillet 1974 à Orly. L’Armée Rouge Japonaise  était une organisation partisane de l’action directe qui resta active jusqu’à  la fin des années 80.

Le 15 septembre 1974, une grenade est lancée à l’intérieur du Drugstore Publicis – Saint-Germain à PARIS, provenant du même lot que celles abandonnées par le commando japonais avant leur départ.

Les 13 et 19 janvier 1975, deux attentats eurent lieu à ORLY contre des avions de la compagnie israélienne El Al par le commando de « Mohamed BOUDIA » du FPLP.

Parmi les auteurs se trouvent des membres des Cellules Révolutionnaires, notamment WEINRICH, dont l’objectif était de « mettre à bas la société capitaliste ». La lutte passait par de petites actions, car il pensait que pour un État, il serait plus difficile d’arrêter une multitude de petits groupes qu’une grande structure monolithique.

Les opérations d’Orly ont été contrôlées par un dénommé « Salem » (alias de CARLOS) et financées par « André » (alias de Michel MOUKHARBAL, libanais, arrêté le 22 juin 1975 dans son appartement, on retrouvait des notes de frais écrites de  la main de CARLOS).

Le 27 juin 1975, CARLOS assassinait deux inspecteurs de police M. DOUS et M.DONATINI et Michel MOUKHARBAL membre du groupe CARLOS et informateur dans un appartement de la rue Toullier à PARIS. CARLOS s’enfuit en Belgique puis rejoigne Berlin Est.

Le 30 juin 1975, lors d’une perquisition chez une de ses amies où il s’est réfugié, on retrouve une grenade du même type que celle retrouvée sur les lieux de l’attentat du Drugstore Publicis à Saint Germain.

Le 21 décembre 1975,  CARLOS, KROECHER, TIEDEMANN et KLEIN participent à la prise d’otages d’ ministres de l’OPEP à Vienne. Le versement d’une rançon de 20 000 000 dollars versée au commando est contesté par le commanditaire HADDAD. Ce fait marque le début d’une scission au sein du FPLP. CARLOS décide de quitter le groupe en mai 1976 refusant de prendre parti entre les différents au sein du FPLP.

CARLOS crée alors sa propre structure en 1977 : l’Organisation des Révolutionnaires Internationalistes. Le but de son organisation est de lutter contre l’impérialisme, le sionisme et le colonialisme.

En 1978, Wadi HADDAD meurt et  le FPLP éclate en plusieurs sections.

CARLOS quitte l’Irak, où il s’établit puis rejoint le Yémen et la Syrie.

Al ISSAWI, membre de l’ORI, entre en contact avec les services secrets syriens et notamment avec SAID HATHAM.

Fin 1979,  la Syrie apporte un soutien considérable au groupe terroriste en lui fournissant des armes, du matériel et des faux documents administratifs.

Le 19 décembre 1979, le journal AL WATAN AL ARABI fait paraitre une interview de CARLOS. Interview est contestée par CARLOS.

Le 19 juin 1980, le journaliste qui a réalisé l’interview, M. AL JUNDI est  grièvement blessé par balle par AL ISSAWI, le commanditaire serait CARLOS

Dès 1981, des réunions entre le groupe terroriste et les services secrets roumains ont lieu. Elles ont pour objectif d’obtenir un soutien de la Roumanie au groupe en échange de menaces, pressions sur les opposants au régime roumain.

Ainsi les 3 février et 4 décembre 1981, des opposants roumains et  un ancien ministre roumain reçoivent des colis piégés.

Le groupe CARLOS rencontre l’organisation basque ETA à Budapest, l’objectif est de leur livrer des armes en échange d’une aide logistique. Chaque attentat devait avoir une justification politique pour l’ETA. Luc GROVEN est le principal entre les deux organisations.

Le 19 décembre 1981, un attentat contre AL WATAN AL ARABI est évité (colis piégé, lire supra). Selon M. GUERIN, cette tentative n’est pas à attribuer au groupe de CARLOS, mais il reconnait que des repérages ont été faits par ce groupe.

Le 19 janvier 1981, les époux DE MARCELLUS commettent un attentat a lieu contre une centrale nucléaire en France, il est établi que le lance-roquette a été fourni par l’ETA.

Le 16 février 1982, le couple BREGUET et KOPP est interpellé à Paris, il ressort des investigations une éventuelle préparation de deux attentats : l’ambassade du KOWEIT situé rue de Lubeck et le siège du journal AL WATAN, situé rue Marbeuf . En effet, ont été retrouvés dans un carnet de notes appartenant à WEINRICH les deux mentions « Lubeck «  et « Marbeuf ».

Le 15 avril 1982, un couple d’ambassadeurs français LES CAVALLOS était retrouvé assassiné à Beyrouth.

Le 22 avril 1982 s’ouvre le procès de BREGUET et KOPP.

Le 3 mai 1982, un attentat est commis contre le consulat français à BEYROUTH

En décembre 1983, CARLOS décide de quitter la Roumanie pour se rendre en Hongrie.

Le 25 aout 1983, un attentat est commis contre la Maison de France à Berlin. On découvre dans les notes manuscrites de WEINRICH que les explosifs ont été fournis par Nabil SRITTAH, (membre de l’ambassade de Syrie).

Le 1er septembre 1983, dans une lettre adressée au ministre de l’Intérieur allemand, CARLOS revendique cet attentat. Cette lettre est signée au nom de l’organisation de la lutte armée arabe, lettre identique à celle du 25 février 1982 envoyée au ministre de l’Intérieur français, M. DEFFERRE.

Le 31 mai 1983, WEINRICH est arrêté pour son implication dans l’attentat contre la Maison de France.

Le 31 décembre 1983 a lieu le double attentat de la gare Saint Charles de Marseille et le TGV « le train « le Valenciennes » assurant la liaison entre Marseille er Paris.

Le 1er janvier 1983, un attentat est commis contre le centre culturel français à Tripoli, il est  revendiqué par l’Organisation de la lutte armée arabe et fait référence aux martyrs de Balbeeck.

En septembre 1984, le groupe CARLOS perd tous ses soutiens et décide de quitter la Hongrie et se replie en Syrie. En 1991, devenu indésirable, le groupe se délite peu à peu et CARLOS s’installe à Khartoum au Soudan.

Pour résumer, l’itinéraire terroriste de CARLOS compte deux périodes :

Dans un premier temps, il  œuvre dans les rangs du FPLP.

Puis dans un deuxième temps, il construit son groupe et agit en qualité de donneur d’ordre, « commandant unique ».

L’Organisation bénéficiait de nombreux soutiens dans divers pays : en Syrie, au Yémen et en Libye.

- S’agissant des archives provenant des pays de l’Est, elles ont permit, selon M. GUERIN, de confirmer des informations dont il disposait déjà.

Il avoue les avoir accueillies avec réserve. Cependant, ces documents étaient probants, car les services qui établissaient ces documents usaient de moyens techniques importants (les chambres d’hôtel du groupe faisaient l’objet d’écoutes téléphoniques, de surveillances étroites et les notes de WEINRICH recelaient de nombreux renseignements) et ils disposaient d’un large réseau d’informateurs.

De plus, le MSF allemand échangeait des documents avec les services hongrois.

Selon M. GUERIN, il existe deux types de documents, les documents contenant des informations opérationnelles provenant de compte rendu de surveillances, d’écoutes téléphoniques et de photographies qui sont incontestables et d’autres documents des notes d’analyses et des informations collectées dans la presse occidentale qui doivent faire l’objet d’études et de réserves.

Le 16 mai 1994, le juge d’instruction, M. Jean-Louis BRUGUIERE, confie à la DST l’analyse de ces documents. Au vu de la densité des documents, M. GUERIN a affecté un fonctionnaire à temps plein à la lecture de ces documents.

M. GUERIN revient sur les différents sigles utilisés par le groupe CARLOS. Il s’interroge sur le fait que l’appellation ORI n’a jamais été utilisée dans aucune revendication, ni lettre. Au contraire, il fait observer que les lettres de revendication sont établies au nom de deux autres appellations : Le « Bras de la révolution armée » et l’ »Organisation de la lutte armée arabe ».

Le Président constate un décalage entre le parcours terroriste de CARLOS et sa réalité judiciaire : il ne fait l’objet que d’une seule condamnation.

Pour M. GUERIN, beaucoup de ces actions étaient prescrites lorsque les informations sont apparues.

Question du Président : comment la DST a-t-elle été réceptionnaire de ces documents, expliquez-nous le processus de remise de ces archives ?

Réponse : en 1990, l’Assemblée nationale hongroise reconnait que la Hongrie a accueilli le groupe terroriste sur son territoire. Le 6 juillet de cette même année, la télévision hongroise diffuse un film où deux agents expliquent à CARLOS et WEINRICH qu’ils doivent quitter le pays. Ce film a d’ailleurs été diffusé par Antenne 2.

La défense de CARLOS s’insurge contre les documents fournis par les pays de l’Est, qui ne sont pas signés ou des photocopies de photocopies ou retranscriptions d’écoutes. Elle reproche le manque de matériel original.

M. GUERIN dit avoir été réticent au départ et avoir accueilli avec suspicion ces documents, mais affirme avoir rapidement su qu’ils étaient vrais.

Le Président rappelle que dans sa décision de 2004, le tribunal de Berlin qui a acquitté WEINRICH considérant ces documents pas suffisamment probants.

La DST ne voit pas l’intérêt d’une éventuelle manipulation de ces documents.  Les pays du Pacte de Varsovie étaient complètement étrangers au terrorisme, ils ont découvert le terrorisme avec le groupe CARLOS.

Question de Me SZPINER : quel serait l’intérêt d’une manipulation?

Question de l’Avocat général, M. J.F. RICARD : les notions de collaboration et de coopération des services de renseignements avec le groupe CARLOS vous apparaissent-elles appropriées ?

M. GUERIN rappelle que l’Allemagne de l’Est avait une attitude ambiguë en ce qu’elle restituait à WEINRICH, l’explosif pour lequel elle l’avait arrêté.

Il considère qu’à partir du moment où le pays procure des facilités et une aide logistique, on peut parler de collaboration.

Cependant, il convient que le terme « complicité » serait plus adapté à la réalité, car la notion de collaboration insinue une participation active.

L’Avocat général remarque une sorte d’accord tacite entre les services de renseignements et CARLOS. Ainsi, les  seules limites auraient été de ne pas commettre d’actions sur le territoire de ces pays et de ne pas agir directement depuis ces États afin de ne pas attirer l’attention sur les démocraties populaires. L’Avocat général rappelle l’existence d’entretiens qui avaient lieu entre les services secrets de ces pays et le groupe CARLOS. Etaient -ce de véritables discussions ?

Réponse : les entretiens avaient deux buts :

- recevoir des informations de la part du groupe afin de mieux connaitre ses habitudes et l’état d’esprit de ces membres. WEINRICH et KOPP étaient des interlocuteurs privilégiés.

- prendre la température pour essayer d’encadrer le groupe.

Question de l’Avocat général : les membres du groupe CARLOS savaient-ils qu’ils faisaient l’objet de surveillance ?

Réponse : ils le savaient et s’en doutaient, car ils mettaient constamment dans les appartements de la musique pour faire une contre-mesure aux écoutes téléphoniques.

Question de l’Avocat général : avez-vous la conviction que ces documents sont vrais ?

Réponse : ce sont des vrais, cela ne fait pas l’ombre d’un doute au vu de la somme de documents recueillis.

Question de M.RICARD : quel était le comportement des pays de l’Est lors de la transmission des pièces ?

Réponse : la Hongrie s’était montrée réticente au départ car elle voulait mettre un voile définitif sur les agissements passés des services précédents qui pouvaient être accablants pour les services secrets hongrois et se tourner vers la réconciliation.

Autre question : y a-t-il une implication des services secrets syriens dans l’attentat de la rue Marbeuf ?

Réponse : sur leur implication, je ne dispose d’aucunes indications sur l’attentat de la rue Marbeuf. Mais à l’époque nous savions que des repérages nombreux avaient été effectués par BREGUET et BERTA KHONER et que la voiture ayant servi à l’attentat avait été louée par  Mme GOTTING, alias Tina.

Le journal AL WATAN AL ARABI était connu pour ses positions pro irakiennes. Ainsi, il pouvait être considéré comme une cible éventuelle pour les services de renseignements syriens, mais le témoin rétorque ne disposer d’aucunes informations sur une possible participation syrienne sur les attentats.

A la demande de la défense, de M. RIPERT, le Président ordonne qu’il soit donné acte de ce que M.GUERIN a indiqué que « la voiture ayant explosée lors de l’attentat du 22 avril 1982 a été louée, au nom de STADELMANN, par Mme GOTTING ».

Question de L’Avocat général, M. BRAY : le nom de SARKIS SARKIS cela vous dit quelque chose ?

Réponse : Oui c’est quelqu’un qui avait de l’argent et qui avait prêté son appartement de Budapest au groupe. Puis il s’était brouillé avec CARLOS.

Question de M. BRAY : et M. ABU SHAM ?

Réponse : le nom de M. ABU SHAM n’évoque rien pour moi.

Et M. Fouad EL KOURY ?

Réponse : c’était une personne très importante pour CARLOS.

Question : vous avez dit que CARLOS était le chef de l’organisation ? Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

Il ressort de l’ensemble des informations et « tout le monde est unanime », que CARLOS était le chef du groupe.

Question : le prénom « Michel » utilisé à de nombreuses reprises est-il un moyen de signer les actes du groupe ?

Réponse : oui, je pense qu’il y a quelque chose comme cela

Me COUTANT PEYRE invoque l’égalité des armes et demande une suspension d’audience.

L’audience est suspendue à 12 h 24.

L’audience reprend à 14 h 10.

Question de Me COUTANT-PEYRE à M. GUERIN : quelle est la source du film ?

Réponse : je n’ai ni lu de livre, ni regardé la trilogie d’Olivier ASSAYAS. Mes sources proviennent uniquement de mon service.

Question de Me COUTANT-PEYRE : cela ressemble aux propos de de VILLERS.

Réponse : cela vient pourtant de mon service.

Question de Me COUTANT-PEYRE : le procès a lieu 30 ans après les faits et 17 ans après l’enlèvement de CARLOS par vos services. Comment la remise des archives s’est-elle produite ? Est-ce que les services est-allemands, roumains et hongrois vous ont contacté pour vous donner des informations ?

Réponse : Jusqu’en 1990, nous n’avions pas ces informations. Après les élections législatives en Hongrie, les autorités hongroises ont révélé la présence du groupe CARLOS sur leur sol. Nous avons pris contact avec les nouveaux services organisés après les élections.

Question de Me COUTANT-PEYRE : ce n’est pas un échange d’informations entre les services judiciaires puisqu’il n’y a pas de loi hongroise qui autorise cet échange d’informations. Il a donc été effectué hors cadre légal. Etait-ce la même chose pour les archives allemandes ?

Réponse : nous n’avons pas eu de contact avec la Stasi qui a volé en éclats avec la chute du mur de Berlin. Nous les avons obtenues en agissant sur commission rogatoire du juge d’instruction.

Question de Me COUTANT-PEYRE : est-ce la CIA qui vous les a transmises ?

Réponse : non absolument pas. Je vous ai dit que ces documents (surveillances, écoutes téléphoniques, photos de carnet) étaient authentiques. Ils n’ont pas été manipulés.

Question de Me COUTANT-PEYRE : est-ce une preuve scientifique ?

Réponse : je n’ai pas parlé de preuves scientifiques.

Question de Me COUTANT-PEYRE : les bandes d’enregistrement ayant été détruites, comment avez-vous eu la preuve de la réalité de ces informations ?

Réponse : je parle d’informations vraies, mais pas de preuve au sens strict. Ce n’est pas à moi de dire si ces documents constituent des preuves. Seul un juge peut le dire.

Question de Me COUTANT-PEYRE : est-ce que vous avez vu les documents originaux ?

Réponse : personnellement non… Me COUTANT-PEYRE l’interrompt : « voilà, c’est tout ce que je voulais savoir ».

Me VUILLEMIN parle d’informations erronées.

Question de Me VUILLEMIN : à propos des notes de la « Securitat », vous avez admis qu’il n’y avait aucun original. Vous n’avez jamais vu les bandes des écoutes et les retranscriptions des sonorisations provenant de la Hongrie. Pourtant, un film était diffusé à la télévision hongroise et repris sur Antenne 2 sur lequel apparaissaient Ilich RAMIREZ SANCHEZ et des officiers de sécurité. Comment a-t-il pu être réalisé ?

Réponse : le film diffusé par la télévision hongroise et par Antenne 2 était tourné par les archives hongroises. Sur ce film, des agents secrets demandent à CARLOS (allias Ilich RAMIREZ SANCHEZ) et Steve (allias Johannes WEINRICH) de quitter la Hongrie.

Ce n’est pas quelque chose de clandestin, au contraire !

Question de Me VUILLEMIN : les personnes parlent différentes langues, connaissez-vous le traducteur ?

Réponse : bien sûr que non.

Question de Me VUILLEMIN : est-ce que vous connaissez les adresses des lieux où ont été effectuées les écoutes et les sonorisations ?

Réponse : c’est indiqué sur certains procès-verbaux d’écoute.

Question de Me VUILLEMIN : on ne voit jamais les adresses sur les enregistrements d’écoutes effectuées par les autorités hongroises. Dans un rapport, il est indiqué que les nombreuses notes prises par Johannes WEINRICH étaient presque indéchiffrables. Vous parlez de documents saisis ce qui est faux.

Réponse : de quels documents parlez-vous ?

Des documents hongrois, précise l’avocat.

Réponse : ils nous ont été transmis par les autorités hongroises.

Question de Me VUILLEMIN : a priori, ce sont des photocopies, idem s’agissant des notes de Johannes WEINRICH. Vous évoquez les notes originales des services hongrois. Y a-t-il eu des originaux ?

Réponse : sûrement.

Question de Me VUILLEMIN : où sont-ils aujourd’hui ?

Réponse : nous ne savons pas, ils ont disparu.

Question de Me VUILLEMIN : dans un rapport transmis le 20 novembre 1994, au juge BRUGUIERE sur l’attentat du Capitole, vous évoquez plusieurs lettres de revendication. Pourtant, vous vous focalisez sur une seule lettre signée par « l’Internationale Terroriste Ami de CARLOS. Nous exigeons la libération de Bruno BREGUET et Magdalena KOPP, sinon nous avons des projets plus désastreux ». À ce titre, l’Avocat général a fait remarquer la semaine dernière que les revendications étaient fantaisistes et je partage tout à fait son avis. Pourquoi avoir privilégié cette lettre plus qu’une autre ?

Réponse : il y a malheureusement beaucoup de revendications après un attentat, celle-ci a été considérée comme étant la plus plausible.

Question de Me VUILLEMIN : vous dites dans ce rapport « Ilich RAMIREZ SANCHEZ est responsable de l’attentat du Capitole qui a fait cinq victimes. L’attentat devait se tenir à la rencontre de deux trains. Dans ce second train, devait se tenir un ministre ». De quel ministre s’agissait-il ?

Réponse : je ne sais pas. La presse a dû en faire écho.

Question de Me VUILLEMIN : dans son audition, le conducteur du TGV dit « le Capitole », M. MOLINIER, nous a confié que le train n’accusait aucun retard. Par conséquent, à l’heure à laquelle la bombe a explosé, les deux trains ne devaient pas se croiser. Qu’en pensez-vous ?

Réponse : ce n’est pas à moi qu’il fut en parler, mais au groupe C79.

Question de Me VUILLEMIN : CARLOS a-t-il envoyé une lettre de revendication avec l’empreinte de ses deux pouces ?

Réponse : oui. Mais, vous allez me dire que ce n’est pas vrai.

Question de Me VUILLEMIN : il existe un doute sur les archives. Or, soit les archives sont fiables à 100%, soit elles ne le sont pas. Elles ne peuvent pas être sûres à 60 ou 80%.

Réponse : dans ce bas monde, qu’est-ce qui est fiable à 100 % ? Votre plaidoyer par exemple…

Question de Me VUILLEMIN : selon un rapport du 15 mai 1997, « les éléments communiqués par Magdalena KOPP ainsi que les informations obtenues de l’Allemagne de l’Est permettraient de penser qu’Ilich RAMIREZ SANCHEZ, Johannes WEINRICH, Ali AL ISSAWI et Christa FROHLICH seraient impliqués dans l’attentat de la gare Saint-Charles mais aucun rôle précis n’a pu être attribué à chacun ». Vous ne semblez pas certain de ce que vous avancez ?

Réponse : on ne connaît pas l’emploi du temps minute par minute des membres du groupe, mais il y a des indices permettant de déduire leur participation à l’attentat. Voilà pourquoi on utilise le conditionnel.

Question de Me VUILLEMIN : dans votre rapport concernant l’attentat commis dans le TGV Marseille-Paris dit « le Valenciennes », vous utilisez mot pour mot la même phrase que celle que j’ai évoquée dans ma précédente question sauf qu’il manque le dernier morceau de la phrase, soit « aucun rôle précis n’a pu être attribué à chacun ». J’en déduis donc que vous avez pu établir le rôle précis de chacun ?

Réponse : précisément ? Non.

Question de Me RIPERT : vous dites ne pas avoir vu la trilogie d’Olivier ASSAYAS. Pourtant, vous semblez avoir oublié la troisième partie du film sur l’arrestation de CARLOS. Vous avez joué un rôle dans cette arrestation ?

Réponse : l’objet du procès n’est pas là, me semble-il. Notre structure avait pour mission de localiser CARLOS et d’évaluer la menace qu’il représentait. Mon rôle s’arrêtait là.

Question de Me COUTANT-PEYRE : la DST est-elle pourvue d’un service d’action ?

Réponse : non.

Le Général RONDOT a dit l’inverse, objecte-t-elle.

Réponse : il fait partie de la DST ? Jusqu’à preuve du contraire, il ne me semble pas.

Question de Me RIPERT : ce n’est pas à vous de dire quel est l’objet du procès. Qui s’est occupé de l’arrestation de CARLOS ? Je vous rappelle que le refus de témoigner est une infraction.

Réponse : ce n’est pas mon service. Je pense que l’on évoque un enlèvement. Pensez-vous que l’on puisse enlever quelqu’un dans un pays souverain ?

Question de Me RIPERT : je n’ai rien retrouvé dans le dossier : pas de mandat d’extradition, pas de mesure d’expulsion. La défense ne s’inquiète-t-elle pas de telles pratiques ? Savez-vous ce qui s’est passé ? Vous ne voulez rien dire ?

Réponse : la question n’est pas là. Ce n’est pas que je ne veux rien dire, c’est que je ne peux rien dire. Je vous dis simplement que ma mission se bornait uniquement à le localiser.

Question de Me RIPERT : qui peut nous renseigner ?

Réponse : je ne sais pas.

Question de Me RIPERT : avez-vous des nouvelles de M. AL ISSAWI ?

Réponse : non, pas depuis que nous l’avions localisé en Jordanie.

Question de Me RIPERT : était-il libre ?

Réponse : il me semble.

Question de Me RIPERT : la DST a perdu sa trace. Comment est-ce possible ?

Réponse : la DST avait pour but de protéger le sol national. À compter de 1990, il y a eu des attentats en France. Certes, le « groupe CARLOS » était important, mais ce n’était pas la priorité. Après avoir perdu sa trace, la DST ne s’est pas acharnée. Nous ne savons pas où il est actuellement.

Question de Me RIPERT : Vous disiez que votre rôle était de traquer CARLOS. Or, selon vous, AL ISSAWI est l’un des quatre chefs de l’organisation, pourquoi ne l’avez-vous pas recherché ?

Réponse : nous l’avons recherché, mais ce n’était plus la priorité. Il était impossible de mettre une armée de fonctionnaires à sa recherche.

Question de Me RIPERT : l’avocat de l’une des parties civiles a dit la semaine dernière à ma grande surprise, qu’à partir de 1981, les organisations terroristes avaient toute facilité de circulation en France. Je suis très étonné. Les organisations terroristes ne pouvaient absolument pas faire ce qu’elles voulaient sur le territoire français. Quelle était la cible de l’attentat de la rue Marbeuf ?

Réponse : il s’agissait du journal « Al Watan ». C’est un objectif très ancien puisqu’un dossier avait été constitué par Ali AL ISSAWI dès 1979. Le journal était donc un objectif du « groupe CARLOS » et, plus particulièrement, d’Ilich RAMIREZ SANCHEZ. Un travail d’approche a été fait.

Question de Me RIPERT : quelle était la finalité des rapports des services secrets d’Europe de l’Est ?

Réponse : tout était noté. Les notes et rapports rédigés par les autorités de l’époque nous fournissaient des informations directes et confidentielles.

Question de Me RIPERT : le but était-il d’informer les dirigeants ?

Réponse : les informations émises par les autorités est-allemandes et hongroises permettaient de contrôler le groupe qui posait problème et qui menaçait la sécurité des pays dans lesquels il séjournait.

Question de Me RIPERT : voyez-vous un rapport sur le plan juridique entre un rapport d’informations et une preuve ?

Réponse : je reviens sur cette notion de preuve. Les rapports d’informations que les autorités de police envoyaient aux autorités politiques étaient succincts. Et sauf erreur de ma part, il y en avait peu. Je ne comprends pas pourquoi vous me parlez de preuve.

Question de Me RIPERT : vous n’êtes pas un peu indulgent à l’égard des services secrets de l’Europe de l’Est et de leurs dirigeants ? J’ai l’impression qu’ils étaient au courant de ce qu’il se passait, ce qu’il pouvait se passer et ils n’ont pas prévenu la DST. Vous ne leur en voulez pas ?

Réponse : effectivement, la présence du groupe « Separat » leur posait problème. Il y a eu une réunion en avril 1982, après les attentats entre les services roumains et les services est-allemands. En mai 1981, le HBD (service hongrois) leur a demandé de quitter le territoire. Si au départ, il pensait que le groupe pouvait leur apporter quelque chose, ils se sont aperçus du contraire. M. RAMIREZ SANCHEZ est parvenu à rester. Mais après l’attentat de mars 1982, ils ont été progressivement expulsés des pays d’Europe de l’Est. Il n’y a pas d’indulgence de ma part.

Question de Me RIPERT : vous avez dit ce matin que ces États n’étaient pas au courant des attentats. Je trouve qu’il y a une indulgence, vous les preniez donc pour des niais ?

Réponse : figurez-vous Maître que le traitement du terrorisme et le contre-espionnage sont deux choses différentes. Il y a une culture du terrorisme. Un pays qui n’a pas subi d’action terroriste sur son territoire ne peut pas comprendre l’ampleur qu’elle suscite et ne peut pas lutter contre.

Question de Me RIPERT : ce matin, l’Avocat général a fait part des contradictions existant dans certains rapports. Mes confrères se sont interrogés sur leur validité, quand, où et pourquoi ils ont été rédigés. Ces documents sont analysés à titre de preuve aujourd’hui. Or, je m’interroge sur leur fiabilité. La synthèse est composée des informations extrinsèques recueillies en Europe de l’Est et des conclusions déduites par les agents des services secrets. La synthèse est-elle fiable ? Il y a des rapports qui sont fait à partir de documents d’origine incertaine. Par exemple, à la côte D2012, il est indiqué que Christa FROHLICH aurait placé la bombe dans le TGV dit « le Capitole ». Mais vous n’avez pas honte d’écrire des « cochonneries » pareilles ?

Réponse : nous avons recueilli et analysé les informations obtenues à droite et à gauche, le travail sur les archives n’a pas cessé d’être fait.

Le Président rappelle que Christa FROHLICH a fait l’objet d’un non-lieu dans l’attentat du « Capitole ». Qu’en pensez-vous ?

Réponse : je ne suis pas persuadé que Christa FRÖHLICH n’ait pas participé à l’attentat du Capitole. Elle était en France à ce moment.

La Cour n’est pas saisie de l’implication de Christa FROHLICH dans l’attentat du Capitole, rappelle le Président.

M.GUERIN rappelle ce qu’il a déjà dit ce matin. Je n’ai pas dit que Christa FROHLICH avait ou non commis cet attentat, mais j’ai des soupçons sur son implication.

Me RIPERT lui rappelle l’article 331 dernier alinéa du Code procédure pénale « Les témoins déposent uniquement, soit sur les faits reprochés à l’accusé, soit sur sa personnalité et sur sa moralité ». Vous n’êtes pas là pour nous dire ce que vous pensez !

Question de Me RIPERT : qu’elle se soit trouvée à Berlin ou à Budapest en avril 1982, c’est certain. Mais est-ce que quelqu’un a reçu une confession compromettante à son égard ?

Réponse : Il y a la réponse dans votre question.

Question de Me RIPERT : concernant l’attentat de la rue Marbeuf, une voiture a été louée le 19 avril 1982, à Ljubljana. Vous aviez reconnu à tort l’implication de Christa FROLICH. Qu’avez-vous à dire sur cette question ?

Réponse : il est établi que la voiture a été acheminée par Wilhelmine GOTTING. La photographie sur le passeport au nom de Margrit STADELMANN établissait qu’il ne s’agissait pas de Christa FROHLICH. Les deux jeunes femmes étaient relativement semblables, nous avons commis une erreur. Je pensais que vous nous féliciteriez de l’avoir reconnu.

La mauvaise foi, cela ne vous fait pas peur, commente Me RIPERT.

L’Avocat général J.F. RICARD note que c’est l’accusation elle-même qui a reconnu qu’il ne s’agissait pas de Christa FROHLICH. Les avocats de la défense ne s’en sont pas aperçus !

Mme RIPERT nie cette affirmation. Selon lui, les juges instruisent uniquement à charge. Avez-vous la preuve que les deux jeunes femmes effectuaient des missions ensemble ? Pourquoi n’avez-vous jamais reconnu que la voiture avait été louée par Wilhelmine GOTTING ?

Réponse : si vous me demandez si Christa FROHLICH était dans le coffre, je ne le pense pas. Elles étaient très proches. La photographie sur le passeport de Margrit STADELMANN était celle de Wilhelmine GOTTING. Nous nous sommes trompés, nous avons commis une erreur.

Je suis incapable de vous énumérer les missions qu’elles auraient commises ensemble. J’en ai seulement la conviction. La vie du groupe a été très longue et dépasse largement les quatre attentats.

L’Avocat général fait remarquer à la défense que la copie du passeport de Margrit STADELMANN provient des services d’Europe de l’Est, il faut leur donner la même valeur que les autres documents.

Question de Me VUILLEMIN : mais nous jetons la suspicion sur leur authenticité ! Nous n’allions pas tomber dans ce traquenard ! Nous n’avions pas besoin de ce document pour prouver l’innocence de Christa FROHLICH !

Question de Me RIPERT : je n’avais pas besoin de la photographie du passeport de ma cliente pour prouver son innocence ! Elle est restée cinq ans en prison à tort, la justice n’en a eu que faire ! On se raccroche à cette culpabilité dont on sait qu’elle n’existe pas. Est-il possible que vous ou vos collègues ayez dissimulé quelque chose sur la culpabilité de Christa FROHLICH ?

Réponse : je prends votre question comme une insulte. Bien sûr que non.

Question de Me RIPERT : vos collègues ont étudié un CD où apparaissent tous les faux documents remis aux membres du groupe. Effectivement, il y a le « listing » des membres du groupe avec tous les faux documents qui leur ont été remis. Ce « listing » est incomplet, il y manque le nom de Wilhelmine GOTTING et le faux passeport dont elle se servait au nom de Margrit STADELLMAN (côte 3547). Est-ce que cela vous dit quelque chose ?

Est-ce que Wilhelmine GOTTING a été écartée des recherches effectuées par la DST ? Reformule le Président.

Réponse : Si elle ne figure pas, c’est que nous n’avions pas les documents. Je ne vois pas pourquoi nous l’aurions écartée de nos recherches.

Tout simplement parce que c’est Christa FROHLICH qui a été accusée, commente Me RIPERT.

L’Avocat général J.F. RICARD : les passeports et permis de conduire ont été remis par les autorités roumaines en 1998. Dans cette liste, il y a les documents la concernant. Si vous prenez des rapports datant de 1994, forcément que vous n’y trouverez pas ces documents.

Question de Me COUTANT-PEYRE : pourquoi avez-vous interrompu vos recherches à l’encontre d’Ali Al ISSAWI ?

Réponse : je vous réponds qu’avec les attentats commis dans les années 1994-1996, le « groupe CARLOS » n’était plus la priorité. Je ne sais pas quelle est la structure qui s’est chargée de la surveillance du groupe par la suite.

Me SZPINER : concernant Mme FRÖHICH, il faut lire tout ce qui a été écrit. La note de la DST de 1994 figurant à la côte D3561 fait état des documents attribués à « Heidi » (allias de Christa FROHLICH) : des passeports, des « driving licence »… Dans cette note, il n’est pas fait état du passeport de Marie ZIMMERMAN et Margrit STADELMANN…

CARLOS prétend que « la Cour donne la parole à des incompétents ».

« Vous êtes le seul professionnel », ironise le Président.

Vous avez fait ma biographie avec des erreurs, prétend-il. Il a listé toutes les observations qu’il voulait formuler. Il parle de beaucoup de choses sans lien avec les quatre attentats…

Il affirme que le « groupe CARLOS » était composé d’une direction centrale composée de six membres. Mais il refuse d’en donner les noms.

Me COUTANT-PEYRE souhaite formuler des conclusions sur l’audition de Magdalena KOPP. « Je rappelle que l’oralité des débats prime devant la Cour d’assises. Je m’aperçois que durant ces six semaines pesantes, les trois quarts des témoins sont décédés ou souffrent de trouble de la mémoire ou ne viennent pas témoigner. Il serait regrettable que le Président fasse la lecture des rapports ou auditions des témoins.

Concernant les archives, elles ont été transmises par les États d’Europe de l’Est en dehors de tout cadre légal. On ne connaît pas les traducteurs de ces écoutes et sonorisations. Si le procès n’est pas en mesure d’être conforme au principe de l’oralité des débats, il ne peut pas se poursuivre. Nous n’accepterons pas de passer outre ce principe. Nous demandons à la Cour d’écarter des débats les documents contraires aux principes d’administration de la preuve.

M. le Bâtonnier IWEINS : il n’y a pas lieu d’écarter les éléments des débats. La preuve est libre. Elles sont vraisemblables que cela vous plaise ou non. Depuis le début du procès, CARLOS se vante d’avoir circulé dans de nombreux États d’Europe de l’Est. Il se « promenait » avec des armes et chacun sait que, si cela était possible, c’est uniquement parce qu’il bénéficiait de la protection des autorités étatiques qui, en échange, souhaitaient savoir à tout moment ce que le groupe préparait.

L’Avocat général s’étonne d’avoir à rendre des réquisitions sur quelque chose qui a déjà été tranché par la Cour. Je ne pense pas qu’il faille prendre de nouvelles réquisitions. La Cour s’est déjà penchée sur la recevabilité des pièces. La défense affirme que ces pièces ne sont pas recevables, mais, en même temps, ils en examinent le contenu.

Me RIPERT reparle des archives comme des « poubelles de la Stasi ».

Me COUTANT-PEYE mentionne la légalité intrinsèque des preuves. Les preuves doivent être légales et loyales. Il n’y aucun nom, aucune date, rien sur les circonstances dans lesquelles les enregistrements ont été établis. Il y a certaines nullités qu’une Cour d’assises doit constater afin que soient expurgés du dossier, ce sont des « documents pourris ». Je n’ai aucune confiance dans les magistrats instructeurs français, ce sont tous des « magistrats à l’Outreau ». Les magistrats ne cessent de « casser les éléments positifs » que j’apporte. Dans le mémoire que j’ai déposé, à la page 72, le dossier établit et recèle d’informations concernant l’innocence de Christa FROHLICH aussi bien concernant le passeport au nom de Margrit STADELMANN (impliquant Wilhelmine GOTTING) que l’expertise de ses doigts. Elle aurait soi-disant déposé la bombe dans le Capitole, acheminé la voiture en France et envoyé la lettre de revendication. Tout est pourri dans tout ce qui est fait par les magistrats. Il faut écarter ces documents fallacieux. C’est le seul moyen pour la justice de sauver son honneur !

L’audience est suspendue le temps pour la Cour de statuer sur les conclusions déposées par les avocats de la défense. Elle reprend à 18 h 50.

La Cour rend deux arrêts incidents :

Dans le premier arrêt : Mme WAGNER, témoin cité par l’accusation, est retraitée de ses fonctions d’expert en graphologie. Elle a déclaré dans un courrier ne pas pouvoir déposer sans avoir relu les rapports qu’elle avait rédigés à l’époque. Elle doit donc consulter les archives. En revanche, le Laboratoire Scientifique du PKA avait émis la possibilité qu’elle soit remplacée par un membre du BKA.

La Cour juge que son audition n’est pas indispensable à la manifestation de la vérité. Il sera donc passé outre son audition.

Dans le second arrêt, le Président rappelle qu’au regard du principe de l’oralité des débats, tous les modes de preuve sont admis et doivent pouvoir être discutés librement et contradictoirement comme le rappelle un arrêt de la Cour de Cassation du 27 octobre 2010. Or, selon l’article 427 du Code de procédure pénale, « les infractions peuvent être établies par tout mode de preuve. Le juge décide d’après son intime conviction. Il ne peut fonder sa décision que sur des preuves qui lui sont apportées au cours des débats et contradictoirement discutées devant lui ». La Cour verse aux débats les documents des services secrets hongrois et est-allemands lesquels seront débattus contradictoirement. Par conséquent, la Cour rejette la demande des avocats de la défense.

Audition d’Eric BELLEMIN-COMTE

 

Au moment des faits, il occupait la fonction de Commissaire Divisionnaire. Il prête serment. Il a des notes avec lui et demande à la Cour s’il peut les conserver. Me RIPERT fait observer que M. GUERIN a longuement témoigné et lui demande d’être bref.

Il était sous les ordres de M. GUERIN. Il a travaillé sur les archives des anciens services secrets sur commission rogatoire du juge d’instruction ayant trait à l’attentat de la rue Marbeuf. Il s’agissait d’un travail long, fastidieux et technique. Ils ont travaillé avec objectivité. Il affirme qu’il n’y a pas de travail d’analyse de pure conjecture sans une lecture stricte des documents étudiés.

Cette documentation provenait de la « Stasi section 22-8 » du MSF Ministère de la Sécurité Allemand chargée du suivi du terrorisme. Les auteurs des rapports étaient MM. VOIGT et BOROTOWSKI, officiers en charge du suivi du groupe dit « Separat ». Le dossier qu’il devait retranscrire contenait 21 classeurs placés sous scellés.

Il s’agissait d’une « matière riche », provenant uniquement du travail opérationnel des services est-allemands. Cette documentation expliquait comment la « Stasi » encadrait et surveillait le pays. Les documents portaient sur des passages aux frontières (entrée et sorties des territoires) et sur des fiches individuelles avec des données biographiques.

En 1980, le MFS avait décidé de placer certaines personnes sous haute surveillance. En effet, il surveillait les activités du groupe sur leur territoire et procédait à des écoutes téléphoniques, à des sonorisations des chambres d’hôtel ainsi qu’à des perquisitions clandestines.

Il étudiait également les notes de synthèse sur les activités du groupe et sur la chronologie de leurs agissements.

Les services secrets allemands conservaient des contacts avec les membres du groupe notamment avec Johannes WEINRICH lequel, d’ailleurs, indiquait sur ses carnets tous les rendez-vous avec les officiers.

Ils procédaient à des échanges de messages et de dossiers avec les États partenaires, membres du Pacte de Varsovie.

Il insiste sur les relations du MFS avec la Hongrie avec laquelle les échanges étaient très fructueux. En effet, elle commençait à transmettre, à partir de 1985, des documents au MFS à des fins d’exploitation. Les États échangeaient ainsi des informations sur les membres du groupe et convenaient d’une ligne commune à adopter.

Dans les notes individuelles, le nom des officiers était parfois en blanc sur le procès verbal. Pour des raisons de sécurité, ils se contentaient de signer manuellement.

Ces notes retracent le parcours historique du groupe. Ilich RAMIREZ SANCHEZ en était le chef incontestable. Il bénéficiait du soutien logistique et d’une aide avec d’autres groupes afin de mener certaines actions terroristes. Ces notes ne font pas de distinction entre le groupe et Ilich RAMIREZ SANCHEZ. Le groupe était fédéré par lui et autour de lui. Elles relatent sa personnalité. M. RAMIREZ SANCHEZ éprouvait un sentiment très fort de supériorité et s’exprimait dans un langage révolutionnaire.

Les services secrets allemands faisaient preuve d’une grande méfiance à l’égard du groupe en raison du caractère « incontrôlable » des membres et de son chef.

Concernant la description du groupe, il cite trois cercles. Le premier cercle était composé de CARLOS autour desquels étaient rassemblés :

-          Johannes WEINRICH, comptable et archiviste du groupe qui assurait les contacts avec les services de la « Stasi » avant que leurs relations ne se dégradent.

-          Ali AL ISSAWI, membre très important décrit comme co-dirigeant du groupe et membre opérationnel en lien direct avec les services syriens.

-          Magdalena KOPP, chargée du contact avec les autres groupes terroristes et du repérage de certains lieux jusqu’à son arrestation, le 16 février 1982. Elle est décrite comme une experte en falsification.

-          Christa FROHLICH, ancienne membre des « Cellules Révolutionnaires Allemandes » (dites « RZ »).

-          HAYDAR ABDUL KARIM qui aurait quitté le groupe en 1981.

Dans le second cercle, figuraient notamment :

-          BRUNO BREGUET qui avait participé dès le début des années 1970 à des opérations terroristes pour le compte du FPLP. Il avait rejoint le « groupe CARLOS » et avait séjourné à plusieurs reprises en Hongrie entre 1981 et 1982. Au sein de l’organisation, il était chargé du contrôle des armes stockées sur le territoire helvétique.

-          Giorgio BELLINI,

-          Marina BERTA-KOHNER

-          Wilhelmine GOTTING

Dans le 3e cercle, il recensait entre autres :

-          Les époux DE MARCELLUS chargés de remettre au groupe du matériel et des télécommandes. Il serait impliqué dans l’attentat du 18 janvier 1982.

-          Luc GROVEN.

Puis, les rapports établissaient un panorama entre les relations du groupe CARLOS et d’autres organisations :

-          L’ETA : participation de Luc GROVEN très engagé dans la cause basque. Il fournissait des armes notamment au « groupe CARLOS ».

-          La PIRA : aide logistique de la part du réseau d’Ilich RAMIREZ SANCHEZ,

-          L’ELA : organisation grecque « très dure » qu’Olivier de MARCELLUS a mis en lien avec le « groupe CARLOS »,

-          Des organisations palestiniennes telles que le FPLP, le FPLP-OS et le FATAH.

Le « groupe CARLOS » était en lien avec les services du Monde arabe. Dès qu’il s’est éloigné de l’Irak en 1978, il a bénéficié de liens privilégiés avec la Syrie moyennant la commission d’attentats. Toutefois, il a conservé des liens étroits avec le MSR de l’Armée de l’Air. La Syrie leur fournissait une aide logistique significative (fourniture de faux documents, de documents diplomatiques de complaisance, d’armes et d’explosifs). Le réseau diplomatique syrien, sous couvert de la valise diplomatique, remettait au groupe des armes. Nabil SCRITTAH sera lui-même très impliqué dans les activités du groupe. Les services syriens demandaient notamment au « groupe CARLOS » de commettre des attentats contre des opposants au régime ou contre la France.

Il bénéficiait également du soutien du Yémen (camps d’entraînement, fourniture et stockage d’armes et d’explosifs via la valise diplomatique).

La Libye était également un interlocuteur non négligeable. Elle leur fournissait du matériel, des télécommandes notamment, moyennant la commission d’un certain nombre d’opérations (repérages…).

Quant à l’Irak, le « groupe CARLOS » entretenait un lien particulier avec cet Etat qui s’est distendu au fil du temps. Les services irakiens auraient demandé des prestations à Ilich RAMIREZ SANCHEZ qu’il n’aurait pas voulu effectuer. Face au risque de représailles, le groupe a quitté Bagdad. D’ailleurs, la fausse interview de CARLOS par le journaliste AL JUNDI, publiée dans le journal « Al Watan » n’était qu’une tentative de déstabilisation pour que le groupe revienne dans le giron irakien.

Il bénéficiait également d’un vaste réseau en Europe de l’Est.

Le groupe transitait en ex-RDA à l’hôtel « Le méridien» ainsi qu’au « Palace Hôtel ». À partir de 1977 et 1978, il pouvait y stocker des armes et des explosifs.

Les relations entre le groupe CARLOS oscillaient entre tolérance (blanc seing de Moscou) dans un but de déstabilisation du Monde Occidental et méfiance. En effet, ces États toléraient la présence du groupe à condition qu’il ne commette pas d’attentat sur leur territoire. Pour ce faire, ils procédaient à des surveillances, des contrôles aux frontières, des sonorisations et des fouilles domiciliaires. La Roumanie apportait un soutien au groupe notamment dans la fourniture de matériel.

Néanmoins, les relations ont évolué. La tolérance a fait place à la méfiance de la commission d’un attentat sur leur territoire. Les Etat agissaient dans un souci de visibilité des éventuels projets d’actions terroristes en Allemagne de l’Est ou en France.

Les services allemands ont pris leur distance, les relations ont évolué. Johannes WEINRICH avait des contacts, mais Ilich RAMIREZ SANCHEZ lui avait ordonné de ne pas tout dire aux services secrets par crainte qu’ils ne puissent aboutir dans leurs projets. Ils ont été priés de quitter le territoire, mais les membres du groupe revenaient sous couvert de passeports syriens.

La Hongrie était privilégiée pour des réunions et pour le stockage d’armes. Ils étaient également en contact avec les services secrets.

À partir de 1981, la Hongrie et l’Allemagne de l’Est ont coopéré et adopté une ligne commune face à la menace que pouvait représenter le « groupe CARLOS ».

À partir de 1982, le groupe s’est retiré en Roumanie après avoir été sommé de quitter la Hongrie et l’Allemagne de l’Est. La Roumanie est devenue le sanctuaire principal du groupe moyennant la commission d’attentats contre les opposants au régime. Notons que CHRISTA FROHLICH est  arrêtée, le 18 juin 1982, à Rome, avec des explosifs provenant de Roumanie.

Le groupe avait également des contacts avec la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie et Cuba. Les relations avec cet Etat ont été rompues en 1980 même si le groupe restait en contact avec M. ROQUE, diplomate cubain en poste à l’Ambassade de Berlin-Est, à qui il aurait confié « l’attentat du sud de la France c’est nous ».

La documentation était volumineuse. Elle comprenait des notes opérationnelles du groupe, l’inventaire des explosifs, des armes, des télécommandes…

Le MFS avait également saisi des envois d’armes provenant du Yémen qui soutenait l’action du groupe. Les armes étaient également stockées dans d’autres pays. Elles étaient destinées aux activités du groupe qui les échangeait avec d’autres organisations terroristes dans le cadre d’une entraide logistique.

Dans ces documents, figuraient également des informations sur les finances du groupe. En effet, Johannes WEINRICH était chargé de consigner l’intégralité des dépenses du groupe (de la vie quotidienne, des déplacements en train sur la période de 1982 et 1983).

Concernant les documents et pièces d’identité, le groupe s’adonnait à une fraude importante (passeports diplomatiques de complaisance, documents falsifiés et fabriqués par la Syrie, documents volés et falsifiés par le groupe). Un invent            aire de ces documents est dressé par les autorités hongroises et Est-allemandes.

Grâce à l’analyse et la lecture technique de ces documents, nous avons pu déduire la participation de CARLOS dans l’attentat de la rue Marbeuf. Il avait un contentieux avec le journal « Al Watan » et, dès 1979, il avait l’intention de commettre un attentat contre les locaux de ce journal en raison de l’interview de Jassan Al JAOUI, objet d’une tentative d’attentat le 18 juin 1981. Nous avons retrouvé un dossier de préparation de l’attentat impliquant Johannes WEINRICH. En effet, à partir de 1979, un travail de repérage du site était constamment effectué aux abords des locaux du journal « Al Watan » sis rue Marbeuf (notamment sur les allers et venues du directeur). En outre, de nombreux séjours à Paris de Magdalena KOPP, de Giorgio BELLINI et d’Ali AL ISSAWI étaient recensés en 1980 et 1981.

Les analyses de la documentation précisent également que Mme KOPP et M. BREGUET étaient sur Paris dans le but de commettre deux attentats. Le contenu de leur valise appuie également cette hypothèse. À partir de leur arrestation, Ilich RAMIREZ SANCHEZ s’appuyait sur une stratégie de pression sur les autorités françaises dans le but d’obtenir la libération de ses camarades.

A partir du 22 février 1982, les membres du groupe se réunissent afin de rédiger une lettre de menace qui semble être un ultimatum. Qui aurait pu poster cette lettre ? Au départ, nous pensions qu’il pouvait s’agir de Marina BERTA KOHNER mais cela ne « collait » pas avec ses entrées et sortie du territoire. Christa FROHLICH pouvait davantage avoir posté cette lettre. À l’issue de cet ultimatum, une série d’attentats avait été envisagée mais l’arrestation de Christa FROHLICH a modifié les projets du groupe.

Le groupe est poussé hors d’Allemagne de l’Est et de Hongrie. Ils s’installent en Roumanie. Malheureusement, nous y avons obtenu moins d’informations sur les entrées et sorties des membres du groupe et sur leurs réunions.

Il est important de préciser le rôle de Christa FROHLICH. Elle aurait utilisé de nombreuses identités d’emprunt (Marie ZIMMERMANN, Beatrix ODHENHAL, Margrit STADELMANN). Selon le MFS, elle aurait déposé la valise remplie d’explosifs dans le train dit « Le Capitole ».

Selon les notes de Johannes WEINRICH, le groupe semble s’être lancé dans une série d’actions (cinq attentats étaient prévus). L’attentat de la rue Marbeuf s’inscrivait dans cette vague d’attentats. Le groupe voulait poursuivre une « sale guerre privée » contre la France jusqu’à la libération du couple BREGUET/KOPP.

Il est fait mention des démarches effectuées par Jacques VERGES auprès des autorités pour obtenir leur libération. L’ex-RDA va refuser son entrée sur le territoire.

Le 16 juin 1982, Christa FROHLICH est arrêtée à Rome en possession d’une valise chargée d’explosifs. Dans ses notes, Johannes WEINRICH parle d’un « accident », d’un « manque de chance ».

Concernant l’attentat contre la Maison de France à Berlin-Ouest, commis le 25 août 1983, le MFS implique Johannes WEINRICH avec l’aide de la Syrie. Il a d’ailleurs été condamné pour ces faits à la réclusion criminelle à perpétuité en 2004.

Les notes du MFS font état de repérages et de la volonté constante du groupe de s’attaquer aux intérêts français y compris à l’étranger.

Me RIPERT : « Monsieur est grand manipulateur, j’ai 300 questions si voulez que l’audience se finisse à 3 h du matin ».

On va déjà commencer, indique le Président.

Question du Président : le Tribunal de Berlin a examiné ces pièces qu’il a jugé recevables. Dans sa décision du 23 août 2004, mais a écarté la responsabilité de Johannes WEINRICH dans les attentats commis en France. Est-ce que vous ne vous êtes pas demandé à un moment si elles n’avaient pas été manipulées sachant que certains rapports contenaient des erreurs ?

Réponse : j’insiste sur l’objectivité de notre travail, nous avons étudié les documents écrits sans parti pris. Bien sûr, nous avons émis des hypothèses en ce sens, mais elles nous paraissaient douteuses : il s’agissait d’activités de surveillance stricte et de notes de synthèse sur l’état des connaissances. Les services secrets faisaient par ailleurs des rapprochements avec les informations recueillies dans les coupures de presse.

Je vois mal ces services « s’intoxiquer eux-mêmes » ou même manipuler des pièces s’exposant ainsi à la constitution d’éléments à charge à leur encontre. Il aurait été ainsi prouvé qu’ils étaient au courant d’actions terroristes qu’ils auraient laissé faire.

Question du Président : certaines notes sont signées, d’autres non, pourquoi ?

Réponse : on peut imaginer que c’était la pratique.

Question du Président : pourquoi s’appelait « Separat » ?

Réponse : à cause de la séparation du FPLP.

Question du Président : l’attentat contre le journal « Al Watan » a-t-il été commis en raison de la fausse interview qu’il aurait publiée ?

Réponse : je ne sais pas, mais cette fausse interview avait été fomentée par les autorités irakiennes pour forcer la main d’Ilich RAMIREZ SANCHEZ.

Question du Président : je n’ai pas trouvé dans le dossier concernant Mme FROHLICH la fausse identité « Margrit STADELMANN ».

Réponse : vous avez parfaitement raison. Dans la documentation roumaine, figurait une photocopie d’un passeport au nom de Margrit STADELMANN. Il était établi à tort qu’il s’agissait de Christa FROHLICH. En réalité, Wilhelmine GOTTING se dissimulait derrière cette fausse identité. Il s’agissait d’un rapport d’étape dans lequels les rédacteurs ont retranscrit leurs connaissances à un moment donné.

Question du Président : qui a posté la lettre de revendication ? Mme BERTA-KOHNER ou Mme FROHLICH ? Il y a des doutes sur ce point.

Réponse : il s’agissait d’une synthèse de cette chronologie à un moment donné. Parfois, les auteurs se livraient à un jeu d’hypothèses. Il y avait des doutes sur certains détails, mais ils se fondaient sur les informations qu’ils avaient à un moment donné.

Question de l’Avocat général : nous avons entendu M. GUERIN ce matin, il a mentionné des éléments d’enquête. Ces deux types de documents ont une force différente. Vous faites une distinction ?

Réponse : oui, il y a une distinction à établir. Les rapports effectués à partir de la matière brute ont pu servir à la consignation de certaines informations (documents écrits de la main de CARLOS ou JOHANNES WEINRICH) ont une valeur probante plus incontestable.

Question de l’Avocat général : il résulte des archives du MFS qu’elles sont composées de documents hongrois. Vous n’avez pas participé à la commission rogatoire de 1997 sur l’étude de ce point, mais avez-vous eu vent de pièces venant de l’Allemagne de l’Est et transmises aux autorités hongroises.

Réponse : je n’ai pas eu connaissance des archives hongroises, je ne peux pas vous dire.

On trouve une masse de documents, précise le Président. Y avait-il une hiérarchie entre les services ? L’Allemagne avait-elle une supériorité par rapport à la Hongrie ?

Réponse : je ne peux pas vous le dire précisément. Je pense que la Hongrie a eu besoin des services allemands pour la traduction des notes et rapports.

Question de l’Avocat général : peut-il s’agir d’un montage ? Toutes ces pièces peuvent-elles être fausses ? Peut-il s’agir de faux documents ? Les services allemands auraient-ils pu prendre « pour argent comptant » les documents transmis par les services hongrois ? Auraient-ils pu les abreuver de faux documents ?

Réponse : il y a eu des réunions entre l’Allemagne de l’Est et la Hongrie. Ils n’avaient pas intérêt à falsifier les documents. Elles représentaient des pièces à charge contre eux-mêmes puisqu’ils étaient au courant des activités terroristes du groupe. Je n’en vois pas l’intérêt. Je me l’imagine mal.

Question de l’Avocat général : il y avait des réunions régulières : les Hongrois recevaient des informations de la « Stasi » qu’ils inséraient dans leur documentation. Peut-on imaginer que l’Allemagne de l’Est aurait pu intoxiquer les services hongrois ?

Réponse : non. On sentait une grande méfiance sur les problèmes que risquait de leur apporter ce groupe.

Question de l’Avocat général : peut-on imaginer que la Bulgarie ait pu échanger des informations avec ces pays ?

Réponse : non.

Question du Président : je souhaite évoquer le cas de Christa FROHLICH (fiches à la côte 5942, 5943 et 5947) et les fausses identités que l’on lui a attribuées. Il n’y avait pas de trace de celle établie au nom de Margrit STADELMANN.

Réponse : non.

Question de l’Avocat général : les faux documents retrouvés sur Christa FROHLICH ont-il les mêmes références que celles figurant dans les archives est-allemandes ? Cette corrélation vous évoque-t-elle quelque chose ?

Réponse : j’ai évoqué ces documents qui liaient les membres du groupe sous leur pseudonyme. Les fiches manuscrites sont des fiches opérationnelles qui ont été copiées lors des fouilles clandestines. Elles étaient consignées. Il y a une convergence entre ces informations et les données que l’on retrouve dans deux bases distinctes.

Question de l’Avocat général : vous avez travaillé sur la question du couple BREGUET/KOPP ?

Réponse : non.

Question de l’Avocat général : d’après le travail que vous avez fait, le vol des papiers de Mme KOPP était-il connu des services français ?

Réponse : je ne sais plus.

Quel est les sens de votre intervention à cette barre ? demande Me RIPERT.

Réponse : elle vise à présenter le travail technique effectué sur commission rogatoire du juge. Nous avons consigné et effectué une synthèse à partir des archives.

Question de Me RIPERT : J’avais l’impression que vous exposiez des faits avérés, mais faut-il croire toutes les conneries de la « Stasi » ?

Réponse : il y a eu des soucis d’interprétation de la part des services secrets hongrois et est-allemands, mais nous sommes restés vigilants tout au long de notre étude. Je rappelle à nouveau qu’il s’agissait de documents à usage interne. Il aurait été aberrant de falsifier des documents pour leur propre usage.

Question de Me RIPERT : que s’est-il passé début 1982 ?

Réponse : certains membres du groupe hongrois ont séjourné à Berlin-Est et à Budapest

Question de Me RIPERT : les services secrets est-allemands ont-ils effectué des fouilles qui se sont avérées fructueuses au cours de cette période ?

Réponse : non je ne crois pas.

Forcément il n’avait rien, lance-t-il.

Question de Me RIPERT : faut il croire sur parole les agents de la « Stasi » ?

Réponse : je ne demande pas que l’on croie sur parole les agents de la « Stasi ». Il ont été interrogés.

Question de Me RIPERT : Parlons du « rôle important de Christa FROHLICH » ? Vous avez dit qu’elle avait porté la lettre à l’ambassade de La Haye ? Or, elle était à Budapest.

Réponse : les services hongrois ont dû communiquer avec les services allemands puisqu’ils se réunissaient.

Question de Me RIPERT : c’est une pure hypothèse, une invention de leur part ?

Réponse : il y a une différence entre invention et hypothèse ?

Question de Me RIPERT : c’est une hypothèse inventée ? Y a-t-il une preuve qu’elle ait déposé la bombe ? Qu’elle ait utilisé le passeport au nom de STADELMANN ?

Réponse : ils ont effectué un rapprochement entre les deux identités à ma connaissance au regard du travail effectué à l’époque.

Je vous ai traité de manipulateur et j’avais raison vous accusez CHRISTA FROHLICH de trois accusations sans aucune preuve ! Il fait un parallèle entre les services du renseignement français et la Stasi ce qui provoque de virulentes remarques de la part du témoin et compare leur travail à la   parole d’évangile des résidus de poubelles ». Pour qui vous prenez-vous ? vous n’avez pas honte de valoriser ces rapports de défendre la « Stasi ».

Réponse : les officiers est-allemands ont été interrogés, ils ne savaient rien. Ils auraient soi-disant eu des informations de la part de la Hongrie.

Me RIPERT : vous avez parlé d’erreurs sur certains points de détails. Il compare ces derniers avec les propos de M. LE PEN lorsqu’il avait jugé les chambres à gaz de « détail de l’histoire » ce qui provoque la colère du témoin et de l’Avocat général O. BRAY.

Réponse : Nous nous sommes fondés sur les connaissances de l’époque.

Dites une suspicion, une élucubration, mais pas une connaissance ! hurle Me RIPERT.

Question de Me VUILLEMIN : vous avez mentionné à peu près deux cents fois le terme « notes ». Vous avez rédigé un rapport de synthèse à partir de notes, de notes de synthèse, de rapports…

Réponse : nous avons examiné feuillet par feuillet les documents qui nous ont été transmis. À l’issue de notre travail, nous avons fait un rapport de synthèse. Mais toutes les enquêtes se terminent par un rapport.

Question de Me VUILLEMIN : vous semblez alléguer de la véracité des documents sur lesquels vous avez travaillé. Mais avez-vous eu entre les mains du « matériel opérationnel » ?

Réponse : tout d’abord, je vous remercie d’avoir souligné le fait que j’attribuais la paternité de ces documents aux services du MFS ou aux services hongrois.

Deuxièmement, nous nous sommes fondés sur les supports écrits et dossiers transmis par les services, mais hélas, il ne s’agissait que de retranscriptions.

Question de Me VUILLEMIN : vous avez dit que les notes de synthèse faisaient état des « connaissances du groupe à un moment donné ». Mais est-ce suffisant ?

Réponse : je n’ai fait que retranscrire les documents que j’ai eus en ma possession. Je n’ai pas d’appréciation personnelle à donner.

Question de Me COUTANT-PEYRE : vous savez ce qu’est le blanchiment ? J’ai cité certaines jurisprudences de la Cour européenne qui ont condamné les États pour dont la justice s’est fondés sur des preuves obtenues illégalement. Comment définissez-vous un procès-verbal ?

Réponse : un procès-verbal est un acte authentique. Vous parlez de pièces illégales, mais elles n’ont pas été obtenues illégalement.

Cela reste à prouver, lui rétorque Me COUTANT-PEYRE. D’ailleurs, le travail mené par la Stasi serait considéré comme illégal en France. Quand vous dites que les procès-verbaux sont des pièces authentiques, est-ce que vous ne procédez pas là à un blanchiment ?

Réponse : c’est une matière brute obtenue par la justice française de manière légale.

Le travail de la France vaudra une condamnation de la Cour européenne, conclut Me COUTANT-PEYRE.

Le Président donne la parole à CARLOS le priant d’être bref dans ses observations.

Pourquoi « bref » ? s’étonne CARLOS. Vous êtes jeunes, RIPERT et moi sommes les plus vieux.

Question de Carlos : vous parlez l’allemand ?

Réponse : non.

Question de CARLOS : vos collaborateurs parlent-il l’allemand ?

Réponse : non, mais nous nous sommes entourés de traducteurs.

Question de CARLOS : s’agissait-il de traducteurs assermentés ?

Réponse : oui.

Question de CARLOS : vous avez dit à un moment que le groupe CARLOS était devenu incontrôlable.

Réponse : c’est ce qui figure dans les archives.

Observation de CARLOS : tout ce fatras de notes, ce sont des notes subjectives faites par des gens qui ne nous aimaient pas.

Réponse : ces États sont passés de la tolérance à la méfiance. Donc, dire qu’ils vous aimaient serait un mensonge.

Question du Président à CARLOS : la « Stasi » a-t-elle mis à votre disposition des appartements à Berlin .

Réponse : nous avons refusé.

Question de CARLOS : vous avez dit que Johannes WEINRICH était un informateur de la Stasi ?

Réponse : je n’ai pas dit cela. J’ai dit qu’il était en contact avec la Stasi.

Question de CARLOS : vous avez dit que Johannes WEINRICH avait avoué à la Stasi qu’il s’apprêtait à commettre un attentat. Pourquoi aurait-il fait cela ?

Réponse : je n’ai pas dit cela, je ne sais pas comment la Stasi a obtenu cette information. Peut-être que la « Stasi » a intercepté des informations.

Le Président précise que Juan Miguel ROQUE RAMIREZ, diplomate en poste à l’Ambassade cubaine de Berlin-Est, aurait transmis à la Stasi cette information.

Il l’interroge sur les notes de WEINRICH. Il notait toutes les dépenses de la vie quotidienne. C’est une pratique assez habituelle dans certaines organisations palestiniennes. Nous avons retrouvé les pièces d’un puzzle, mais bien sûr, aucune indication « noir sur blanc » quant à l’éventuelle commission d’un attentat.

Il y a quelque chose qui me gêne dans ces informations : il n’y a rien qui concerne la France. C’est curieux.

Vous nous l’avez dit au moins cinq fois aujourd’hui, commente le Président exaspéré.

Tous les pays avaient des agents de renseignements de contre-espionnage, après la Seconde Guerre mondiale, par exemple la Tchécoslovaquie.

M. BELLEMIN-COMTE note que son service a retrouvé la trace de déplacements d’agents français à cette période.

Le Président le coupe : M. RAMIREZ-SANCHEZ, vous n’allez pas relater l’histoire du contre-espionnage jusqu’à aujourd’hui.

L’audition de M. RIOU se tiendra demain.

L’audience est suspendue à 21 h 55. 

Comments are closed.